‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 27 sur 36 · IR CO · texte numérisé non relu

IR CO

Le 69 —

__ Avant d’aller plus loin je voudrais faire justice de cette idée si vivace et vieille comme lui, de Gilles de Rais criminel parce que démonomane.

Admissible au moyen âge, cette explication sommaire ne saurait résister à nos conceptions actuelles sur le psychisme des malfaiteurs. Bossard subit le pli professionnel, présume le fait si établi qu'il ne le discute pas, en est convaincu, mais — ren dons-lui cette justice — n’a pas d’affirmation agressive.

Huysmans, au contraire, « travaillé » par une conversion proche et voulue, qui altère malheureusement l'intégrité de ses jugements, s’emporte pendant tout une page contre « tous les Lombroso de la terre »,s’acharnant à nier l'évidence et arrive à cette étonnante conclusion de se demander si on est démonomane parce qu'on a une lésion cérébrale, ou si on a une lésion parce qu’on est démo- . nomane.

J'ai déjà trouvé un argument dans l’apparente antinomie de certaines dates, en voici un autre plus précis et à coup sûr presque irrévocable puisque émanant — en toute sincérité— de Gilles luimême c’est une lettre-supplique — déjà citée — adresée à Charles VII au moment de son procès.

« Souventes fois je me lamente et me reproche - d’avoir laissé votre service, mon très vénéré Sire, il y a six ans, car en y persévérant je n'eusse point tant forfaict. Mais je dois néanmoins confesser que je fus induict à me retirer en mes terres de Rais

ee

par certaine furieuse passion el convoilise que je ressentois envers votre propre dauphin tellement que je faillis l’occire un jour comme j'ai depuis occis nombre de petits enfants.»

Cela se passait en 1434, Prelati et les sacrifices humains sont de 1439, soit cinq ans plus tard, c’est net et mathématique. Donc, sans équivoque possible, meurtres et démonomanie n’ont que des rapports de même origine, productions maladives, filles au même degré d’un cerveau entaché de morbidité.

Donc Gilles était, en partie du moins, dément ; cela paraît actuellement bien établi (1).

Fou soit, mais de quelle folie ? Avant desolutionner définitivement cette délicate question, il me reste encore, mettant soigneusement avant la charrue les bœufs, à déterminer les causes profondes ou immédiates qui ont dû influer sur l’apparition desa morbidité, en propres termes constituer l’étiologie de sa psychose et je dois commencer par explorer, vainement d’ailleurs, son passé atavique.

Que savons-nous de précis sur l’hérédité de Gilles de Rais ? C’est bien simple : rien. Bien qu’à vrai dire la désinvolture de sa mère se remariant sitôt son veuvage puisse laisser perplexe, il n’y a pas lieu d’éterniser les dessus des développements évidemment spéculatifs.

Puisque nous en sommes réduit à des supposi-

1. Il y a quelques années M. Salomon Reinach tente d’innocenter com-

plètement Gilles en s’appuyant sur un document provenant de la famille de la Trémoille,

Page 1