Procès ecclésiastique . Confession de Gilles
2. D’ailleurs l’onanisme et la pédérastie furent de tous temps en honneur chez les jeunes nobles de l’ancien régime, témoin cette perle dans les Confessions de Bouchard : « Le duc d'Orléans enfermait cing ou six garces, une heure à deux avec ses pages pour les empêcher de se besogner ni branler ; la pique. » Je n’invente rien. Je cite textuellement. |
l’âme en croissance est susceptible de contracter des flétrissures et des déformations, définitives par la suite, Gilles reçut ainsi l’obscur levain. d’où sortira plus tard la fermentation meurtrière, que se déposa . en lui le germe d’abord inerte, mais qui plus tard réveillera quelque mystérieux legs ancestral, demeuré, sans cela, latent.
: Après son mariage, son entrée dans le monde, aucun détail ne nous est fourni sur lui ; pour en trouver j'ai vainement fouillé dans. son histoire. Tous occupés à énumérer ses glorieux faits d'armes, ses biographes ne souflent mot de sa vie privée, et la vive lueur de sa gloire martiale masque ses imperfections. |
De telle sorte que, psychologiquement, il paraît impossible de relier entre elles les parties si diffé- rentes de sa vie et d'expliquer par quelles transitions l'enfant sensuel, mais brillant, devient, quinze ans plus tard, le fastueux criminel.
Cependant, en -examinant minutieusement Gilles à sa glorieuse époque, on peut, dans celte tête en apparence solide, relever des faiblesses qui en paraîtront d'autant plus surprenantes.
‘À côté du jeune capitaine, petit-neveu de Du Gues clin dont la science tactique semble avoir passé en lui, paraît le seigneur gonflé plus quede raison de sa noblesse et de sa naissance ; dès ce moment nous le voyons donner dans un faste exagéré, susceptible, quand il croit en jeu ce qu'il regarde comme son
prestige, des pires folies, des dépenses les plus inconsidérées. . ;
Déjà en lui s'affirme cette tendance à l’exaltation entière, ce manque de pondération aggravé d’une foi absolue en sa puissance et qui le lancera aveuglé sur la piste incertaine des plus vaillantes utopies à la conquête absurde de l’inaccessible.
Huysmans établit une ingénieuse proposition attribuant dans les déviations ultérieures du Maréchal une réelle part des responsabilités à ses rapports avec Jeanne d'Arc ; essentiellement il avance que ce côte-à-côte a surchauffé sans mesurele mysticisme de Gilles, attisant l’exaltation de cette âme. si ardente, détruisant le fragile équilibre de cet esprit instable et le laissant prêt à tous les courages, à tous les héroïsmes les meilleurs, comme les pires.
Je me rallie, pour ma part, à cette manière de voir, mais en réduisant l'efficacité réelle de ce compagnonage à celle d’une simple cause prédisposante, d’une de ces influences de milieu . auxquelles j'ai fait allusion au début de ces pages et qui, réunies, ont contribué à déraciner Gilles.
Il nous en faut maintenant examiner une autre, et non des moindres : son genre de vie. Tous ses biographes nous le montrent menant joyeuse vie et bonnes noces en son château, se consolant en des nuits d’orgie de ses expériences manquées ou fétant, le broc en main, ses espoirs nouveaux. Lui-mèême, au cours de son procès, déclare, tout contrit, que vers ses crimes ne lui ont pas manqué les exhortations
persuasives d’une table choyée sans mesure : soignés et plantureux étaient ses menus, corsée la.carte des vins. Dans une page superbe d’allure et curieuse d’érudition spéciale, Huysmans a reconstitué ses éléments de ces terribles godailles, je ne puis la reproduire en entier, mais elle est vraisemblable et l’on peut, sans risquer d’errer, se représenter facilement l’état d’âme des convives, après une nuit passée le ventre à table, après un défilé de plats incendiaires, tassés avec des rasades de « boissons affolantes qui fouettaient la luxure des propos et faisaient piaffer les convives à la fin des repas dans ce donjon sans châtelaine, en de monstrueux rêves » (1).
Si, conformément à l’idée émise par Kraft Ebing, il faut admettre qu’ « une vie sédentaire, luxueuse, pleine d’excès, une nourriture animale, de lacoo!l, des épices, etc., ont un effet stimulant sur la vie sexuelle », nous avons là un facteur étiologique de réelle importance.
En ce qui concerne le tempérament du Maréchal, je serai bref, implicitement nous l’avons examiné dans sa vie, ses talents et ses qualités, comme aussi dans ses excès et dans ses crimes ; nous avons trouvé un homme ardent, prompt à l’exaltation, à mal comme à bien faire, voluptueux raffiné cachant imparfaitement un mâle robuste aux puissants ruts.
Je viens de rassembler en quelque sorte le dossier étiologique de Gilles de Raïs, j'ai passé en revue les
1, Huysmans. Zà-bas.
Bernelle i 5
causes diverses qui ont uni leurs influences pour affaiblir en lui la notion du juste milieu, mais ce ne sont là que celles prédisposantes qui l’ont désarmé contre la tentation malsaine, cause déterminante. .
Il nous reste à voir quelle fut celle-ci, dernier obstacle qui fit trébucher l’homme chancelant. Avec Gilles lui-même, voyons-la dans la fatale et pernicieuse lecture la suggestion mauvaise de Suétone et des Cœsars de Rome.
C’est le mécanisme bien simple d’une obsession s’abattant sur un terrain propice mal défendu par une volonté débile ou pervertie, s’enracinant peu à peu ; c’est le triste processus psychique que notre vie moderne calque et reproduit sans mesure des jeunes tarés, futurs escarpes, s’hypnotisant sur une scène, violemment coloriée, de meurtre, à la devanture d'un kiosque à journaux et recevant du fait divers bêtement illustré le choc pernicieux qui tôt ou tard leur mettra — irrésistiblement — l’eustache au poing.
C’est aussi celui de ces névrosés, d’ailleurs honnétes, qui traversent indemnes l'existence jusqu’au jour parfois lointain où un choc souvent insignifiant réveille la névrose latente et en fait des délinquants (1). |
1. Dans son livre des Demi-fous, œuvre d'imagination, mais documentée scientifiquement et sur les conseils du professeur Lacassagne, de Lyon, Michel Corday met en, scène un de ces malades. C’est un taré, parfait honnête bommé, négociant probe et bon père de famille, qui arrive près de la quarantaine et reçoit alors le choc en voyant dans un square le lait jaillir du sein d’une nourrice et après deux ans de lutte doit fuir à l'étranger, objet
Et maintenant quelle psychopathie, quelle névrose libérant en Gilles de Rais pis que la bête ancestrale causa l’immonde éclosion des viols et des meurtres ?
D’importantes donuées nous manquent à ce sujet, mais dans tout ce qui nous est parvenu sur lui nous trouverons des éléments peut-être suffisants pour tenter la solution du problème posé.
Dès l’abord nous pouvons éliminer les démences caractérisées, la manie, les délires systématisés, l’hystérie, de même que le délire onirique, la dépression confuse des intoxiqués. Rien dans la vie et les actes du Maréchal ne rappelle ces différents types morbides.
De mêne nous écarterons la paranoïa des auteurs allemands, nettement caractérisée par ses qualités affectives exaltées, ses tendances ambulatoires et dont le schéma est le trimardeur vagabond que chanta Richepin (1).
Plus délicat sera le départ d’entre, Pépilepsie d'un côté, la dégénérescence de l'autre, car sur plus d’un point les actes de Gilles REA relever de l’une et de l’autre.
Gilles de Raïis était-il Une ? Un point d’abord se précise : c’est que jamais ledit sire ne présenta d'attaques convulsives, de crises comitiales. La preuve en est aisée. S’il était tombé du haut-mal la
d'une plainte à la suite d'une tentative de viol sur une fille inconnue de
lui, qu’il a abordée dans un bois.