J. Richepin. Les chansons des gueuæ, Le chemineau
chose, difficile à tenir secrète, eût été soigneusement notée par qui de droit et, en un temps où le diable expliquait tout, eût été interprétée comme une preuve matérielle de la possession satanique et le procès n’en fait nulle part mention. D’autre part, un épileptique placé dans les conditions déréglées d'existence où se trouvait Gilles eût vu certainement ses crises se reproduire ou augmenter de fréquence.
Ce point acquis, on pourrait admettre que c’étail de l’épilepsie larvée, forme psychique pure ou au moins frusto-larvée, suivant le mot heureux d'Ardin-Delteil (1), pauvre ou nulle en stigmates physiques. ;
De l’épileptique Gilles a l’orgueil insensé, l’irrascibilité futile et sans motif, la violence aveugle; il en a la tendance à l’exagération religieuse, il en a eu la précocité sexuelle comme ïil en a encore les ruts irréfragables.
La pierre de touche de cette question est, je crois, l'étude attentive de ses meurtres. Sans doute, on peut rapprocher du mal comitial certains détails : lorsqu'il pioche à coups d’ongle répétés dans les yeux de sa victime, lorsque, armé d'un bâton ou d’une pierre, il s’acharne à piler le crâne du petit moribond avec une violence hors de proportion avec le but à atteindre, ses coups scandés de cris et de rires rappellent la frénésie épileptique. Mais lorsqu'on suit pas à pas l'excellente description que donne Ardin-Delteil (2)
1, Ardin-Delteil. Epilepsie psychique. Equivalents épileptiques. 2. Ibidem.
de l'acte impulsif entaché d’épilepsie, de l’équivalent épileptique, une à une des divergences s'offrent.
D'abord l'acte est répété, ne varietur, à intervalles souvent réguliers. Ce n’est pas le cas, Gilles variant ses procédés à mesure de ses caprices.
Cet acte est d’une spontanéité brutale, la décharge épileptique inhibant soudain le contrôle volitionnel, ce point ne concorde pas, non plus que celui-ci : absence de préméditation.
Absence habituelle de complices, aucune précaution pour faire disparaître le corps du délit : la présence et le rôle d’Henriet et de Poictou incinérant habilement les petits corps sur l’ordre donné par Gilles infirment ces deux propositions.
Un point commun est le sommeil de Blob à non loin des restes de la victime, il est vrai que cela peut provenir de ce que Gilles, exténué, s’en remettait sur ses serviteurs désignés plus haut pour l'indispensable mise en ordre.
Un point plus important est la question de la mémoire et de la conscience. Sans doute, le dogme de l’amnésie épileptique n’est pas inébranlable ; Tambu-"° rini(1) a pu écrire : « L’amnesia non e carattere costante dell’epilessia larvata» résumant par là les idées de nombreux auteurs (2) ; mais dans ces casil n’y a pas conscience nette, mais subconscience, c’est l’état second des Allemands ou, selon la jolie expression