‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 5 sur 36 · À. Moll. Perversions de l'instinct génital · texte numérisé non relu

À. Moll. Perversions de l'instinct génital

3. Morel. La folie hérédituire (in Gazette hebdomadaire, 1861). 4. Thoinot. Altentats à la Pudeur.

: — 10 — bre moyenâgeuse ; mais ensuite, comme ces plantes isolées, et de cueillette en apparence facile, se révélant, à l’effort, solides de racines mystérieuses longtemps prolongées, on s’aperçoit qu’il est impossible de sonder l'esprit du Maréchal sans soulever par plusieurs points la question de cette âme inquiétante du moyen âge dont l'énigme reste toujours indéchiffrée et dont le mirage séduisit Michelet.

Tout en étant par certains points un prématuré mal à l’aise dans le vêtement trop étroit de son siècle, il semble que Gilles ait synthétisé, en les exagérant, toutes les qualités, tous les défauts de ses contemporains.

Je vais donc tracer une rapide esquisse, forcément insuffisante, de celte âme médiévale, en indiquer les tendances souvent heurtées et contradictoires et,

devant que le monologue du tragédien ne commence,

en brosser rapidement le décor.

La France, tiraillée et meurtrie, semble agonir sous, les crocs des pires chenapans : Charles VIT, problématique roi de France, chassé de son trône par les lâchetés de sa mère, Isabeau de Bavière, et qui se console à Chinon en des orgies sans grandeur, le

due de Bourgogne, mauvais compère et franc larron

et enfin les Anglais, maîtres de près de la moitié du territoire ; la guerre de Cent ans pèse lourdement sur les paysans qui sont équitablement rançonnés et pillés par tous.

À lous les degrés de la société ce n’est que vie in-

.certaine du lendemain, la violence régnant en mai-

tresse absolue chez les grands, escortée du mépris de l’existence humaine à qui répond, la perfidie et la ruse venimeuse des petits.

Dans les villes existe un semblant de police — guet rossé d'habitude et bafoué toujours — dure aux honnêtes gens fourvoyés, mais indulgente à la ribaudaille sans vergogne qui, sitôt le couvre-feu, et . même avant, transforme en bois mal famé le pavé limoneux des rues étroites.

Aux champs règne sans conteste le seigneur, bandit féodal, éerasant de sa poulaine de fer la taupi nière- tremblante et coite des serfs qui sont, eux, moins que rien. Peu chaut au sire dulieu le manant qu’il méprise, il Le considère comme « taillable et corvéable à mercy » froisse et ruine en chasse à courre ses récoltes, rafle ses garcons pour en faire des hommes d’armes, lui viole au besoin sa fiancée et finalement l’écrase, sous prétexte de redevances, de pesantes dimes, tout en se distrayant à le brancher de temps à autre lorsque le malheureux claquedent se risque à braconner des brindilles sèches dans le bois seigneurial ou à y préparer d’astucieux collets.

Et ainsi vu le cours desans jusqu'au moment où Jacques Bonhomme, exaspéré, ameute ses voisins, s'arme de fléaux, de faux et d'épieux, puis, dans le grondement de la J acquerie enfin déchaînée, forçant, malgré l’huile et la poix bouillantes, le pont-levis du noble sire lui rend, en une seule séance, la monnaie, longuement préparée, de sa pièce.

Le plus souvent ces seigneurs étaient d’allègres

brutes que seul domptait le spectre de l'enfer savamment brandi par l'Eglise et si l’infamatio de Gilles nous paraît si énorme, c'est, je crois, beaucoup parce que nous avons oublié les autres.

En feuilletant Michelet (1) nous trouvons deux croquis de ce genre : deux grands seigneurs accomplissant des atrocités l’un sur sa femme, lPautre sur son père, avec le tranquille courage qui fait les vrais héros.

Celui-ci s'empare de son père, le contraint, nupied, à une intempestive promenade dans la neige, puis le verrouille dans une oubliette en attendant que, d’inanition, il décède.

Celui-là, Messire de Giac, après avoir administré à sa femme le sûr viatique d’un vénéneux bouillon, la ficelle au pommeau de sa selle d'armes et la cahote au galop cinq heures durant jusqu’à ce qu’elle trépasse.

Le peuple non plus ne vaut pas cher, tout ce bas monde se tire dans les jambes, s’empoisonne, se vole consciencieusement, ou s’envoie des sorts, car, bien que proscrit, le sorcier est indispensable à tous ; sans cesse, pour contraindre une rétive amoureuse, pour amoindrir le trop florissant troupeau du voisin ou pour « nouer l’aiguillette » de quelque rival, on a recours à lui, quitte, s’il se fait prendre, à l’aller voir brûler.

Tous, grands ou petits, croupissent dans un 6bs-

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