Sinistrari d'Ameno
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Et il y avait à cela une certaine crânerie, d’ailleurs, puisque l’Inquisition tonnait contre de lelles manœuvres appliquant sans faiblir aux bons toqués se laissant prendre et convaincre d’évocations sataniques son unique, mais radical, désinfectant, le Feu : tout en se réservant le droit de les faireau préalable mariner dans le terrible court-bouillon de la question canonique. Les moyens de persuasion employés par celle-ci étaientnombreux et divers, mais certains auteurs (1) préconisent beaucoup la vrille lentement introduite sous les ongles, en recommandant toutefois de ne pas procéder à cette opération après le repas pour éviter à l'intéressé une digestion troublée.
Et l’on se prend à rêver lorsqu'on songe à ce pourquoi ces gehennes étaient risquées. Psellus (2), entre autres, nous donne un aperçu de ces messes noires que, deux siècles après, l’abbé Guibourg reprendra surle ventre de la Montespan. Les principaux ingrédients, à coté des indispensables fétiches et amulettes,sont d'innommables macédoines où figurent en bon rang les excréments des deux sortes, du sperme humain, dusang menstruel liant de la poudre d’os calcinés d'enfant, de la macération de crapaud, d’autres encore avec l’inévitable hostie consacrée pour rehausser le tout d’un piment desacrilège. Les fidèles reniflent le studieux mélange, s’en frottent, en goûtent, en fourrent partout, puis avec des contorsions d’épileptiques, des danses inattendues d’aïssaouas, éruc-
1. Del Rio. — Jean Bodin, De la démolonogie au xvi® siècle. — D’autres
auteurs jésuites, 2. Psellus. De optratiome dæœmonum.
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tent, dans la fumée rauque d’inusités encens, des litanies insanes, d'absurdes Credo.
Les sauces peuvent varier, les plais sont les. mêmes, aggravés parfois d’un meurtre. mais c’est toujours cette même liesse dans l’ordure, cette joie béate d’enfant malpropre salivant d’allégresse en tripotant quelque chose de sale. :
Pour ceux qui, comme le Maréchal, font du satanisme à domicile, la marche à suivre consiste à s’enfermer dans la pénombre d’une chambre déserte, à tracer un rond sur le sol, et, après s’être mis dedans, à adresser au démon interressé des objurgations variées, mais généralement impératives, coupées de psalmodies spéciales et souvent accompagnées de l’offrande malsaine de restes sanglants.
Amusette de détraqués ou superstition souvent cupide de bassesintelligences, il est en somme curieux de constater qu'il ne reste rien, à un examen même superficiel de cette passion qui, après avoir bouleversé le moyen âge, a franchi la série des siècles et persiste encore. aujourd’hui dans le nôtre, dit de lumière et de raison.
Tout autre était l'Alchimie, plus exactement l’Alquémye ou Alkémye, encore nommée l’'Hermétisme et qui se développait depuis un siècle, ou à peu près, au moment où vécut Gilles, bien qu'ayant, à l’origine, été proscrite par les pouvoirs lemporel et spirituel (1).
1. Edit de Charles V menaçant les hermétistes « de la prison et de la hart » el bulle du pape Jean XXII : Spondent pariter quas non exhibent
Son principe était la recherche par tous moyens d’un agent mystérieux, mais dont l’existence n’était par personne révoquée en doute, et dont le bienheureux contact devait transmuer tous les métaux en le plus précieux d’entre eux,et d’un plomb vil refaire de l’or pur.
À première vue cette prétention peut paraître enfantine et l’idée que, de longues années des hommes, par ailleurs graves et sages, s’y sont évertués, s’astreignant pour y réussir à de longues, pénibles -et souvent dangereuses manipulations, peut prêter | à sourire.
Pourtant il y a mieux à faire qu’à caricaturer cette science, sans doute bizarre, mais qui — de toutes pièces — a créé la chimie moderne. Toute une série de chercheurs probes et convaincus ont consacré à ce passionnant sujet toute une existence de labeur : Albert le Grand (1), Raymond Lulle, Alain de Lille, Nicolas Flamel et plus tard Eliphas Lévi et Fabre d’Olivet. o |
Pour trouver le grand magistère, la pierre philosophale, le lion vert, la quintessence de teinture, noms variés de l’agent introuvable, pour mener à bien « la coction du Grand (Œuvre », les recherches portent sur tout, on fouille dans des métaux : mercure,étain, arsenic,salpêtre, nitre ; dans des plantes : chelidoine, pourpier, mercuriale ; et de délirantes imaginations vontinventorier le ventre des crapauds