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ferme des appuis, le plus sûr des soutiens. Allez-vous par une doctrine déterministe, des conceptions monistes, chez des sujets habitués depuis leur enfance à croire, sans raisons peut-être, mais par la foi et par sentiment, habitués à trouver dans leur foi un motif de vie et une ligne de direction, allez-vous remplacer ce qui constitue le cadre même de leur personnalité? Il n’en est rien. De telles pratiques nous semblent même dangereuses et presque immorales. 11 vaut mieux que le malade pense — et cela n’a rien de ridicule — que vous êtes un croyant comme lui, plutôt que de le priver de ce ciment moral que constitue une conviction idéaliste ancrée...
«.. le plus sûr garant contre toutes les petites, voire contre toutes les grandes causes émotives, c’est de se constituer soit une éthique, soit un idéal philosophique ou religieux... La vie montre tous les jours que ceux-là sont bien plus résistants aux soucis, aux chagrins,aux vicissitudes diverses qui ont su objectiver en dehors d'eux-mêmes un idéal, dont la réalisation progressive fait l’unité de leur existence (1). »
« Les hommes religieux, écrivent MM. Camus et Pagniez, et principalement dans les périodes de persécution, ont fourni des exemples qui n’ont pas été dépassés.
« Plusieurs d’entre eux arrivaient graduellement d’abord à supporter la souffrance physique et morale avec patience puis avec résignation ; ils pouvaient en outre souffrir non seulement sans que la douleur s’accompagnât d'aucun signe extérieur, mais encore ils parvenaient à remplacer les signes habituels de la souffrance par ceux de l'indifférence et même de la joie.
QEt nous ne parlons pas ici de malades atteints d’anesthésie ou de perversion de la sensibilité et qui doivent exister chez les hommes religieux comme parmi les autres, nous parlons d'hommes ayant une sensibilité normale, et la meilleure preuve qu'on en puisse donner, c’est qu'ils souffraient réellement car plusieurs traduisaient leurs souf-
1. J. Déjerine et E. Gauckler, les Manifestations Jonctionnelles des psychonévroses, p: 550-554.
frances par des plaintes et par les caractères de la douleur, quand leur volonté se trouvait en défaut,
Il y a là, au point de vue qui nous intéresse, un exemple remarquable d’inhibition volontaire de mouvements réflexes douloureux : c'est la domination la plus complète du physique par le moral (1).»
€ Il n’est pas tout à fait exact, écrit Pierre Janet, que l'esprit humain puisse vivre intelligemment sans croyances
plus ou moins religieuses sans systèmes plus ou moins phi--
losophiques. Beaucoup de personnes en sentent la nécessité et réclament des «bases philosophiques pour apprécier la vie ». L'essentiel n’est pas de détruire les croyances fausses ou naïves mais d'aider le sujet à atteindre les idées en rapport avec son degré d'intelligence ou de culture (2). »
Le professeur Grasset écrit : « La foi et la prédication
: agissent comme moyens de psychothérapie naturelle (3). » Et encore : « la science n’a pas le droit d'interdire la foi à ceux qui veulent et qui peuvent l'avoir à ceux qui disent comme Maxime du Camp : « dans le labyrinthe de la vie le meilleur fil conducteur est encore la foi » ou comme Taine : «le vieil Evangile, quelle que soit son enveloppe présente,est
1. J. Camus et Ph. Pagniez, Isolement et psychothérapie, p. 142. 143. Nous sommes heureux de citer ces deux auteurs et d’avoir ainsi l'occasion d’exprimerla gratitude que nous avons à leur égard.
M. Camus, le premier, nous a montré, au moment de choisir notre carrière, la valeur morale que veut avoir une vie de médecin; il nous a été un guide bienveillant et avisé au cours de nos études et a toujours élevé nos pensées vers une sphère de désintéressement, de ‘conscience et de devoir. M. Camus nous a encouragé et aidé à traiter le sujet que nous avons choisi pour notre thèse. Sa mort est pour nous un véritable deuil.
Nous regrettons de n’avoir pu être l’externe de M. Pagniez que pendant quelques mois. C’est de son service que nous gardons les meil-
: leurs souvenirs de notre vie d’éludiant. Nous nous rappelons ses visites du main. pleines d'intérêt où chacun se sentait à l’aise. La sympathie, l’accueil affectueux que nous avons toujours trouvés auprès de M. Pagniez nous sont allés au cœur.
2, Médications psychologiques, 1H, 248.
3. Cité par D'Perrier, Le sentiment religieux a-t-il une origine pathologique ? p. 61.
A.-S. Lortsch a
encore le meilleur auxiliaire de l'instinct social » à ceux en un mot qui croient trouver dans la religion ce complément d'information qui satisfait leur « désir de connaître le pourquoi des choses»désir dontSpencer reconnaît qu’il tourmente incessamment l'esprit humain (Halleux, L’évolutionisme en morale, 185-188-1090) (1). »