CHAPITRE II
OBSERVATIONS
Les citations précédentes dénotent dans les milieux médi-
<aux un état d'esprit plus libéral qu’autrefois. Elles justifient
notre essai d'établir la valeur de la psychothérapie religieuse. Nos observations confirmeront ces opinions et montreront en outre si elles sont ou non suffisantes. Ces observations (1) seront des cas d’alcooliques, de fumeurs d’opium guéris de leur passion, de prostituées relevées de leur vice, de criminels, véritables monstres humains, devenus doux et vertueux, de sauvages civilisés dans le sens véritablement moral du terme, C’est volontairement que nous avons choisi ces cas, entre beaucoup d’autres de différentes catégories, car ce sont ceux dont la cure présente le maximum de ditficulté et met en évidence de la façon la plus tangible, la plus incontestable, la valeur de la méthode employée.
A. Alcooliques
Les trois observations suivantes sont empruntées à Rogues de Fursac que nous citons textuellement. Il les a recueillies au pays de Galles lors du mouvement religieux qui s’y produisit en 1905. « Tous sont des mineurs dans la force de
1. Nous ne parlerons pas des améliorations morales chez des sujets non tarés, intoxiqués ou dégénérés. Elles relèvent exclusivement de la morale et non de la psychothérapie. Nous apprécions au plus haut point, que des individus, sous une influence religieuse, se guérissent de la colère, de la méchanceté, du mensonge, etc. Ces résultats sont du plus haut intérêt et les nombreux exemples qu'on en pourrait apporter seraient — autant que les nôtres — démonstratifs de la puissance régénératrice du sentiment religieux, mais dans un autre ordre d'idées.
LD E l'âge detrente-cinq à cinquante ans, grands, bien développés, solides, les mains calleuses, rien du pseudo-mystique
névrosé et débile, avide de sensations nouvelles que nous présente de temps à autre notre vie moderne (1). »
OBSERVATION I
«Il était, dit-il, un buveur impénitent. Il avait conscience de son abjection etilen souffrait. Par moment le remords l’étreignait et l’image de sa jeunesse où il menait une vie morale, familiale et religieuse l’obsédait. Il a été converti à un meeting d’Evar Roberts. Sa conversion a été soudaine. Il a confessé ses péchés. donné sa testimony et en sortant s’est fait inscrire comme membre d’une congrégation. 11 y a de cela dix-huit mois. Depuis il est resté sobre et passe pour un chrétien exemplaire (2). »
OBSERVATION II
«Il y a bien plus de trente ans que je me suis grisé pour la première fois... Je pouvais prendre quinze verres de whisky et @e la bière en proportion sans marcher de travers. il n'a jamais été complètement irréligieux…
... Un dimanche, invité par un ami à prendre un verre de: bière, il accepte... Maïs la bière ne lui fit aucun plaisir... Les. deux amis, s’en vont après avoir fait ensemble une partie du chemin. L'ivrogne éprouve un sentiment d’angoisse très pénible. Le remords le harcelle. Enfin il passe devant une chapelle et se sent poussé à y entrer, il résiste un moment, dépasse la chapelle, revient, hésite encore et finalement entre. Le service bat son plein. La congrégation chante. Il éprouve comme une détente, tombe à genoux, pleure et prie longuement. La conversion est accomplie... Quand je rentrais, ajoute-t-il, c'était la terreur dan la maison. Mes enfants, en m'entendant sacrer et vociférer secachaient et disaient : «le père est encore ivre », ce qui, nature!lement m’exaspérait davantage. Maintenant tout est changé.
Quand je rentrerai chez moi ce soir je trouverai les petits au coin,
de la rue et au lieu de se sauver ils viendront m’embrasser (3). >»
1. Rogues de Fursac, Un mouvement mystique contemporain, p.61. 2. Ibid., p. 61-62.