Ibid, p
cendre en moi; je savais que je pourrai devenir comme ces con-
vertis, je sais que je suis sauvé. »
L’ancien ivrogne continua son métier de vendeur de jour-
naux qui l’exposait à une perpétuelle tentation, on voulut lui
donner un autre métier. « Il faut que je montre à mes anciens compagnons, que je suis converti » répondit-il. Il le montra en effet. Ses camarades voulurent lui faire boire, il résista ; on lui jeta des verres de bière à la figure, il tint bon. I1 put bientôt acheter une petite boutique et commencer une vietrès heureuse. On vit l'homme qui avait été le plus abruti, propre, heureux, respectable et le rester jusqu’à sa mort.
I avoua plus tard qu'il avait eu à lutter non seulement contre l'alcool, mais encore contre le tabac Il sentait une impulsion incessante et irrésistible à user du narcotique. La torture n'avait jamais cessé, mais il avait toujours eu la force suffisante pour résister (1).
OBSERVATION V
Daniel Ludwig, bon ouvrier mais fréquentant l'auberge. Marié, père de deux enfants. Assiste régulièrement aux services religieux le dimanche. | }
Perd en quelques mois sa femme et ses deux enfants. Désespéré, se met à boire, puis désireux de se débarrasser de la bois- Son, consulte un médecin qui lui conseille la modération. Fait l'expérience que la modération lui est absolument impossible. Se rend en Suisse, est arrêté par un voisin dans une première tentative de suicide. Se marie, mais ne se corrige pas. Ebauche deux nouvelles tentatives de suicide se taillade gravement le cou avec un rasoir, une autre fois ingurgite du phosphore. Au maximum de l’abrutissement il quitte Neufchâtel pour Zurich, atteint plusieurs fois de délirium, interné dans l'asile du professeur À. Forel où il est étiquetté incurable. S’évade de cet asile, essaie en vain de se corriger.
Reçoit à ce moment la visite d’un pasteur qui lui montra dans le Christle Sauveur de l’homme et le libérateur capable d'’affranchir des plus violentes passions.
Entre à l'asile évangélique de Saïinte-Chrischona (maison de relèvement pour buveurs). « Là, écrit Ludwig, je redevins un homme, j’appris à m’abstenir de l'alcool et à boire avec plaisir de l’eau fraîche, je repris goût au travail ; mais surtout j'appris à aimer la parole de Dieu ; en un mot je devins un être nouveau ».
1. Harold Begbie, Pots cassés. Scènes de la vie réelle pouvant
servir à illustrer l'expérience religieuse de William James, p.
RE
é à ST
À la sortie de l'asile (1879) il signe un engagement de tempérance.
Ludwig fut ensuite (1884-1905) agent de la Société d’abstinence française de la Croix bleue à Paris, il fut nommé officier d’académie en récompense de ses services dans la lutte anti-alcoolique. C’est sa guérison qui contribua pour la plus grande part à amener à l’abstinence le professeur A. Forel et le Dr Legrain.
7 Nous avons connu Ludwig personnellement et nous rappelons fort bien la puissance avec laquelle il montrait les affres par lesquelles passe un buveur et dénonçait l’immensité du péril alcoolique. Ludwig est mort le 5 octobre 1913 après trente-quatre années de persévérance (1).
L OBSERVATION VI
H. Loiseau, né à La Salle près Mâcon le 21 octobre 1841. # Sevré par une parente aubergiste au moyen de biscuits trem-
pés dans du vin. Dès l’âge de sept ans boit souvent du vin en
cachette en quantité appréciable.
4 Fait ses études chez les frères des écoles chrétiennes et à l'école supérieure de Châlon-sur-Saône jusqu’à dix-sept ans, devient excellent dessinateur.
: Interne pendant une grande partie de ses études, use de toutes. les fraudes possibles pour se procurer de l'eau-de-vie blanche, s’enivre souvent avec ses camarades et cause plusieurs scandales publics.
Entre aux Ponts et Chaussées à Lyon en novembre 1858, déjà
à - buveur invétéré, se livre à des voies de faitsur les habitués d’une
auberge, est congédié peu après.
S’engage alors à la Le section d'ouvriers militaires d'administration comme commis aux écritures. Envoyé au camp de Châlons fl en mai 1862, va se coucher, ivre le soir même de son arrivée sous
une pluie glaciale dans un champ d’avoine. Se relève, atteint de
rhumatisme articulaire aigu. Réformé en août 1863 pour endocardite. :
Passe alors deux années de sobriété relative, travaillant avec son père aux Ponts et Chaussées.
Entre au P.-L.-M. à Bourg, mais passe bientôt en tribunal de simple police pour ivresse et tapage nocturne; insolent envers ses chefs, donne sa démission.
Trouve une place de dessinateur à Valence; y consomme vin
1. Extrait de D. Ludwig, C'était un brave homme et de Ferraris : l'Alcoolisme au point de vue social et la Croix-bleue. Thèse de Toulouse, 1922.
SP UNAS
et vermouth en abondance. Envoyé dans un poste isolé (Mauves) il profite de son indépendance : « Je dois avouer, écrit-il (1), que toutes mes journées s’écoulaient dans une demi-somnolence provenant des deux causes suivantes : privation de sommeil et excès de vin, accompagnés d'absorption d'alcool avant et après les repas. »
Devient un objet de scandale dans le pays, est rappelé à Valence et y passe l'hiver de 1863-1868, « me prodiguant (2) dans les bals publics et dans les cafés-concerts, passant ensuite les nuits à jouer et boire dans ma chambre que j'avais transformée en tripot, etqui était hantéepar quatre on cinq compagnons aussi viveurs que moi ».
Doit bientôt entrer à l’hôpital et dissimule quantité de flacons de rhum et de bouteilles de vin entre son matelas et sa paillasse.
Après sa convalescence, se marie en 1869, mais son intempérance reste continuelle, il tente d’en masquer les effets en les attribuant à son affection cardiaque, dont il souffrait de temps en temps, perd son sommeil et tout appétit. Peu après, premier iclus apoplectiforme. Demande son changement pour Lyon, y reste pendant la guerre de 1870, officier de la garde nationale et profite de cette situation pour s’enivrer davantage encore.
Perd un enfant, puis sa femme — se remarie peu après, mais reste intempérant, perd un second enfant — et abandonne deux situations en quelques mois pour se faire auxiliaire dans les bureaux de la mairie de Lyon, au bout de cinq mois se fait voyageur de commerce. S’emploie dans divers ateliers et entreprises, mais ne reste chaque fois que quelques jours en place, s’enfuyant ou étant congédié. Quitte souvent son foyer pour plusieurs jours sans prévenir.
Promet à ce moment de s'abstenir de tout excès alcoolique, mais ne tient parole que quelques semaines. Perd un troisième enfant et «la cérémonie funèbre (3) etles démarches qui la précédèrent furent la première occasion de nouveaux excès ».
Entre à la voirie de Lyon, puis au service d’un géomètre. Le travail sédentaire ne l'empêche pas de satisfaire sa passion car un camarade faisait entrer en contrebande de nombreuses bouteilles, vidées en l'absence du patron.
Occupe divers emplois, mais n’y reste que rarement plus de quinze jours consécutifs ; a parfois des absences et des hallucinations.
Entre pour la quatrième fois aux Ponts et Chaussées. Après une soirée d'orgie, nouvel ictus ; d’ailleurs l’intoxication alcoo-