Evangile de Luc, XV
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mais s'en sent incapable et il entend toujours les flots du Rhône : le suicide solutionnerait toutes les questions.
«Je regardais toujours l’image, écrit-il (1), et je sentis mon cœur précipiter ses battements, mes bras se tendirent vers un Sauveur que j’espérais, mes genoux touchèrent le sol, des larmes abondantes inondèrent mon visage, et de ma gorge contractée par une violente émotion sortit enfin ce mot que je criai à Dieu avec un profond repentir : Pardon !... »
Le jour même (22 février 1891), il signe un engagement d'abstinence totale entre les mains de M. Greene, membre bien connu de la section de la Croix Bleue de Lyon.
Depuis quelque temps ce dernier l’entourait de sa sympathie et s’efforçait de lui faire connaître Jésus-Christ.
Depuis Loiseau n’est pas retombé une seule fois. Ceux qui le suivirent depuis ne signalent pas une rechute. Un accident de ce genre l’aurait disqualifié pour la propagande anti-alcoolique
à laquelle il s’est livré. Il a cherché au contraire à montrer que
l’abstinence totale, même pour ancien buveur, est chose faisable.
Cet homme — que l’on s’attendrait à voir enfin mourir de cirhose — rentra après son relèvement en possession de ses facultés et resta longtemps employé à la Bibliothèque de Lyon. Il a quitté la vieille masure qui l’abritait auparavant, suintant l’humidité, la misère et le vice, pour habiter un appartement spacieux et bien éclairé ; ses meubles vermoulas et délabrés ont été remplacés par un mobilier convenable ; il a brûlé sa bibliothèque de romans malsains et de recueils de chansons de mauvais goût. | I devint toujours plus un militant dé la lutte anti-alcoolique ; il savait dépeindre avec un pittoresque inimitable les misères de l'existence du buveur et les joies d’une vie transformée : il par-
ticipa utilement à de nombreuses campagnes de tempérance.
«Rien d’humain, écrit-il (2) lui-même en 1913, n'avait pu m'’arra-
cher aux étreintes de la terrible passion qui m'avait dominé pour ainsi dire dès le berceau. Dieu fit, sans effort, ce que l’homme n’avait pu faire, et voilà plus de vingt-deux ans qu'il me soutient de sa main puissante. »
H. Loiseau mourut le 17 février 1916, âgé de soixante-quinze ans, après vingt-cinq années de fidélité absolue à l’engagement d’ab-
.Stinence totale et d’apostolat fécond en sauvetages.
à, 1. H. Loiseau, op. cit., p. 266. 2. Ibid., p. 267.