‹ La Psychothérapie ReligieuseChapitre 45 sur 93 · Charcot, La foi qui guérit, p. b · texte numérisé non relu

Charcot, La foi qui guérit, p. b

racles et les moyens de rep:oduire plus régulièrement les mêmes effets (1). »

« Les moyens psychologiques dont elle dispose [la psychothérapie scientifique] ne lui permettent pas toujours, dans l'état actuel de la mentalité moyenne de l'humanité, de rivaliser avec les résultats thérapeutiques découlant de la foi religieuse. Et cela ne doit pas nous étonner ; qu’on s'imagine en effet, tous les facteurs d'ordre moral qui concourent au succès d’une cure religieuse : le malade y est préparé par une longue attente, par l’insuccès des traitements médicaux, par les récits merveilleux des guérisons obtenues dans an lieu de pèlerinage par la vertu d’une puissance divine miséricordieuse. Il se trouve placé dans une atmosphère psychique toute nouvelle, où il est soumis à des actions sensorielles et affectives qui modifient profondément sa personnalité. Il a pour ainsi dire abdiqué sa mentalité personnelle pour s'approprier les caractères d'une mentalité collective, où prédominent ces tendances psychiques de nature automatique, comprises sous le nom de suggestibilité. Le malade ne s’appartient plus, il n’est plus qu'une parcelle de cette âme collective emportée vers les sommets vertigineux de l’exaltation religieuse. Sa pensée, fixée jusqu'alors sur l’objet unique de sa maladie, se libère et se laisse entrainer sans effort par un courant affectif commun vers la guérison désirée et attendue. On comprend, dès lors, que non

seulement des troubles de caractère psychogène, mais même des symptômes d’affections organiques, puissent se dissiper de façon à donner au malade tout au moins l'illusion d’une guérison complète » (2).

Certaines de nos guérisons sont pour beaucoup d'auteurs, tributaires de la suggestion exclusivement.

« La thérapeutique morale consiste donc à suggérer des idées, des motifs qui, une fois acceptés par le sujet, s’opposent au besoin physique de boire. Les sociétés d’abstinence n’agissent pas d'autre façon, en créant un milieu

1. Pierre Janet, Médications psychologiques, I, 38. 2. L. Schynder, professeur agrégé à l'Université de Berne, Les Limites de la Psychothérapie, p. 23-24.

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dont les tendances générales et les habitudes finissent par s'imposer à tous ses membres : des brochures, des sentences, des images, des chansons, ajoutent à l’idée abstraite du but à atteindre, l’action constante, l'influence suggestive, et facilement admise par les mentalités simples, de signes tangibles et d'arguments concrets (1). »

« De tout ce que j'ai entendu, écrit Rogues de Fursac, un fait capital se dégage, c’est que l'Armée du Salut agit moins en produisant des conversions qu’en plaçant le converti dans un milieu qui est pour lui une «sauvegarde. L'homme a besoin d’appartenir à un groupe, il ne peut s'empêcher de subir des suggestions, et celles-ci sont évidemment d'autant plus puissantes que l'individu est plus faible » (2),

La suggestion peut d’ailleurs n'être pas seule en cause, n'être que le moyen par lequel surgiront dans le moi conscient des idées qui dormaient, jusque-là inconnues dans le moi subconscient. |

Subconscience. — M. H. Delacroix, qui peut être pris présentement comme un des représentants les plus en vue et des plus autorisés des théoriciens purement naturalistes, s'exprime ainsi :

Après tous les travaux psychologiques de ces dernières années, il n’y a plus à démontrer l'existence et la portée du subconscient ; nous avons vu qu’il rend compte de tous les caractères que les mystiques attribuent à leurs visions et paroles intérieures.

« Le sujet admet la réalisation progressive en lui d'un Dieu intérieur qui s'empare de lui, le pénètre et le transforme... mais ce Dieu n’est qu'un Dieu intérieur, ce divin, c'est le Oetoy ey ruty, le divin en lui; il est encore de la nature et de l’activité psychologique, puisque les mystiques ne sont pas maîtres de ces états,... puisqu'ils dépassent la nature par La valeur de leur contenu et par leur puissance d'action, il faut les rapporter à une cause étrangère (3) ».

1. Triboulet Mathieu Mignot, Traité de l'Alcoolisme, p. 366-367. 2. Rogues de Fursac, Un mouvement mystique contemporain,

3. H. Delacroix, Les Grands mystiques chrétiens. Etudes d'histoire et de psychologie du mysticisme, p. 62.

Cette cause étrangère n’est pour notre auteur que les forces subconscientes. Siles mystiques concluent à la transcendance de leurs états, et les rapportent à une activité supérieure, à l’action divine, c'est par l'ignorance du travail intérieur de l’activité subconsciente,

Rogues de Fursac qui fait intervenir, nous l'avons vu, la suggestion, explique aussi par le travail subconscient les guérisons de mineurs alcooliques dont il a entendu les récits au Pays de Galles et que nous avons rapportés plus haut.

«Toutes ces conversions revêtent la forme d’une crise soudaine et inattendue...

« Voilà un ivrogne qui se grise presque quotidiennement depuis près de trente ans. Tous les efforts prodigués pour le guérir sont restés vains. La famille, l'opinion publique, la société, la loi même, ont épuisé sur lui toutes leurs suggestions et toutes leurs sanctions. Lui-même,à diverses reprises, a pris des résolutions solennelles et a tenté la lutte. Tout a été vain. Or, tout à coup, sans que rien le fasse prévoir, une révolution se fait chez cet individu. Il traverse une crise dont il sort régénéré. Il devient un homme religieux, moral et sobre. I1 a perdu même le désir de boire, et le goût de l’alcool. Quelques heures ont suffi à réaliser ce que des années n’ont pu faire. Tout effet suppose une cause. Nous pouvons interroger le sujet et son entourage, refaire minute par minute l'histoire des derniers jours qui ont précédé la crise, nous ne-irouvons que des faits ordinaires, des influences banales auxquelles il s’est trouvé cent fois exposé et à La fin un petit fait insignifiant qui paraît avoir été le point de départ de la conversion : un cantique entendu dans la rue, un vague conseil donné par un ami etc... Est-ce suflisant pour expliquer une transformation aussi profonde, aussi radicale ? Evidemment non...

« Nous savons que, au-dessous du travail superficiel et apparent de la vie consciente, un second travail se produit, intimement uni au premier,beaucoup plus actif,bien qu'inaccessible à l'introspection, et susceptible de se continuer silencieusement pendant fort longtemps. Un jour vient cependant où les transformations qu'il fait subir à la per-

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