ES
A PAMAC TOY (7400 IL Al
Les institutions appelées injustement chrétiennes étant écartées, il en reste un nombre considérable auxquelles on ne peut faire les mêmes critiques qu’au scientisme, mais qui ne sont, pas plus que lui, génératrices de transformations morales, qui sont encore indifférentes au point de vue thérapeutique.
Le contrôle, l'observation des résultats concrets des transformations morales, est déjà difficile sur un individu donné, mais il devient contradictoire et incertain quand on considère l’ensemble des chrétiens... l'Histoire ne nous montret-elle pas le Christianisme couvrant toutes les morales, tous les crimes, tous les esclavages et toutes les guerres ? Cela est parfaitement vrai, le Christianisme n’apparaît comme une puissance de rénovation morale que chez un petit nombre de ceux qui portent le nom de chrétiens (r).
D. — Religion utile
Indiquons les caractères essentiels de la forme de Chris-
tianisme qui seule est un agent de transformation morale.
Ces caractères peuvent se ramener à deux principaux:
I. — Le sentiment religieux ne compte des succés thérapeutiques que là où il revêt un caractère personnel,
Nos guérisons appartiennent à l'Armée du Salut, aux pionniers missionnaires et évangélistes ; nous n’en avons point trouvées dont puissent se réclamer les églises proprement dites, ni ceux qu'on appelle des « gens d’ Eglise, chez lesquels, le plus souvent, la conscience est faussée par une confusion qui s'établit très facilement entre les intérêts de la morale et ceux de leur clocher » (2). Nos relèvements ont été opérés par une religion essentiellement individuelle ; elle trouve d'ailleurs sa place dans des cadres collectifs et sociaux, dont on ne saurait contester l'importance, mais elle est « quelque chose de plus fondamental que les systèmes théo-
1. F. Leenhardt, le Christianisme et la méthode expérimentale, p.13. 2. Ibid,, p. 23.
logiques et que les institutions ecclésiastiques. Les églises, une fois établies, continuent à vivre grâce à la tradition; mais à l’origine tout fondateur d'église doit son autorité à la communion directe qu’il entretient avec son Dieu... Cette communion directe est la racine de toute religion (1) »..
En fait, nous ne trouvons de cas de guérison, de relèvement, qu'à l'actif des milieux réalisant le plus possible le type de l’église chrétienne primitive, et de ceux qui furent des apôtres et non des hommes d'église et de tradition. Qu'est-ce que cette « Armée du Salut » qui nous a si souvent occupés ? C’est, comme son nom l'indique, une organisation à type militaire, dont le but est la délivrance et la préservation morale de tous les individus et surtout des plus pervertis. Elle utilise des moyens toujours très simples : la musique, le chant, elle frappe par ses uniformes ; ce sont là des contingences, car elle travaille avec la plus sérieuse, la plus infatigable énergie ; elle entreprend les besognes qui répugnent à la plupart des autres institutions chrétiennes, et cela avec des succès nombreux et durables, inconnus précisément de ces dernières. On peut critiquer son organisation, ses procédés parfois bruyants et enfantins — en réalité ils sont d’une profonde psychologie — ses victoires réfutent toutes les critiques. « Elle constitue une communauté dont les membre sympathisent naturellement et vibrent à l'unisson. Les malheureux peuvents'y réfugier loin des misères et des injustices et goûter Les satistactions morales que la société impitoyable leur refuse au dehors (2). » Et ceux qui ne viennent pas à elle, elle va les chercher... et dans les pires bas-fonds. On peut lui appliquer ces mots de Renan sur l'Eglise primitive: « La petite Eglise chrétienne dut sembler un paradis. Cette famille de frères, simples et unis, attira de toutes parts des affiliés. » (3) Les mêmes appréciations s'appliquent aux sociétés d’abstinence. Les réunions y sont d’une étonnante liberté. Et quant aux missionnaires, véritables pionniers, en Europe ou dans les contrées sauvages, ils ne s’en vont pas