DB BEL LE VILLE
> It) rue, (levant samaison. Il ciia , il avertit
• l'oncle... Oh! cela fît alors beaucoup de Il bruit !.... mais eusuite le jeune liomme
• quitta Bcllevillc pour voyager, ot ou ne n s'en occupa plus!
" — Etc'estavecAdrienoe que M. Troui> peau le surprit un soir?... — Oui, dans
• la rue... rue de Calais... elle est fort dé-
• série, la rue de Calais, surtout le soir; ) c'est commode pour causer, Quautàl'autre
■ aventure avec le grand cuirasser, neveu Il de Vauxdoréj je puis vous en parler sau vamment ; j'y étais , je fus un des témoins n du fait. Troupeau avait donné une fête , « un grand déjeuner; pour terminer, nous
■ allâmes promener dans le bois de Romain- » ville, les uns à pied, les autres à ânes.
» Adrienne était sur un âne, son grand » cousia galopait'à clievah Mais bientôt ou
• se perdit : on so perd toujours quand ou i> va promener dans les bois. Nous clicri> chions la fille de mon ami Troupeau , la » candide Virginie , bref, nous battions le
■ bois, Troupeau, Vausdoré et moi. Je gui-
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173 LA ruCELLB
>• dais ces messieurs, parce que je connais
H le bois de Komainville comme ma poche...
■ J'y ai ïaitdes miennes, jadis!... Enfin que H découvrons-nous sous un épais buisson , n daus un eudroil très-écarté?... Adrienne * et le cuirassier! — Quelle horreur!... —
■ Abl nous ne vîmes rien de positif..,.
<• Adrienne avait les yeux très-rouges , voilà K toutj ce qu'elle avait fait avant, . . je n'en
■ sais rien ! . . . mais je n'aime pas ii croire le n mal... malgré cela , vous jugez si Vaux-
■ doré fut vexé... etc'estdepuiscejourque
■ madame Troupeau ne voulut pas que sa
■ fille revit jamais mademoiselle Adrienne.
» — Et... sur l'honneur, monsieur, vous » êtes certain de ce que vous dites?. . . — Je » l'ai vu de mes propres yeux... J'y étais :
■ mais je n'en veux tirer aucune supposition
■ contre votre prétendue !..- je m'en garde- H rais bien. Je vous ai dit cela... parce que B je croyais d'abord que vous le saviez....
M et comme M. Doudoux et le grand neveu » sont revenus à Belleville il y a quelques
■ jours , j'avais cru qu'on vous avait dit quel-
DI BBLLETILLE. 176
<• ques mots à leur sujet. — Oui.... je me » rappelle... uu grand jeune homme se din sant neveu de Vauxdoré est Tenu le voir » peu de jours avaut la mort de la tante d'A- » drienne... mais il n'est Tenu qu'une fois.
» — Il a quitté Belleville le lendemain ainsi " que M. Doudoux.... cela a même encore ') fait jaser. On a dit : ces messieurs repar- » tent bien vite parce que M. Auguste Monn trevilte est maintenant près de madcmoi- » selle Adricnne , et qu'ils sont en colère de " trouver la place prise... oh! si vous saviez n comme on est mauvaise langue dans le » pays ! je D'aime pas cela , moi , j'exècre la « médisaoce. J'aperçois un ami qui m'ap- » pelle pourfaireun quatrième au domino...
H pardon si je vous quitte , monsieur Moun treyille.etbieucharmé d'avoir passé quel- >> ques momens agréables auprès de vous. »
M. Keoard s'est éloigné ; Auguste est attéré par tout ce qu'iL vient d'entendre; il sort du café et marche au hasard dans Belleville ; il ne veut qu'être seol pour se livrer à sa douleur; cela fait tant de mal d'appren- 111. i5.
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1?4 là rccELLS
dre que l'on est trompé par celle que l'oa aime , de ne plus trouver que fausseté et perfidie dans des yeux où l'on cherchait, où l'on croyait voir de l'amour.- Ce qui faisait notre bonheur , notre avenir , s'évanouit à cette seule pensée : elle me trompait !
•1 Cette Adriemie que je croyais la fran- .1 chisemême!...» seditAuguste, «avoireu B des amans, des intrigues!... encore si elle n me l'avait avoué.'... Mais non, jamais les " femmes n'avouent ces choses-là!... il faut » toujours qu'elles trompent! Ah! si elles » savaient le mal que cela nous fait quand > nous apprenons par d'autres ce qu'elles
n auraient dû nous confier! Perfide
H Adrienne!...me laisser croire que j'ai son 11 premier amour; alors même qu'elle m'ai- » merait maintenant, puis-je compter sur un Il cœur qui s'est déjà donné si souvent !.... » Ce neveu de Vauxdoré... jeme rappelle à n présent qu'elle s'est troublée lorsqu'il vint
■ voir son oncle pendant que j'étais là
» L'autre, je né le connais pas. Et celle ]< crainte qu'elle manifestait de me voir aller
n cliezM. Troupeau... celte promesse qu'elle » m'avait demandée de ue plus y mettre les H pieds... Ah! jecomprends son motif maia- « tenantl.... ce s'était pas par jalousie.... « DOD...maîseIleredoutaitque, chezsonaan cie[meamie,jen'eiitendisseparler d'elle...
u que l'on m'apprtt pourquoi on avût cessé » de la Toir.... madame Troupeau m'aurait !• dit plus tôt ce que je sais aujourd'hui... » Oh ! oui , c'est pour cela qu'elle m'avait » supplié de n'y pas retourner... hélas! je » volsqueIU.B.enardnerEipoii]tcalomDiée....
» II dit que tout Belleville saitcela... eh bien! " je veux interroger d'autres personnes... je » veux être certain qu'il m'a dit vrai... et n alors je la fuirai pour jamais! je ne serai H pas assez sot pour devenir le mari d'une » demoiselle qui a eu des amans. ■ '
Auguste connaît quelques personnes dans Belleville, il va les voir; il s'informe , il interroge, amène la conversation sur Godibert et le fds de madame Ledoux. 11 est toujours facile de faire répéter les méchancetés, parce . que géuéralemeut les méchancetés fout rire
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176 Là pl'celle
et que nous aimons à nous mo(iuer de nos semblables; chacun lui en dit autant que Renard, les uns en ayant i'air de douter du fait', tes autres eu lui jurant qu'ils araieat ÎDteation de l'aTertir.
Auguste ne peut plus conserTer le moindre doute; il a bientôt pris, son parti : en amour on n'hésite pas lorsqu'on est profondément blessé. Il est rentré chez lui sans aller dire bonsoir à Adrienne ; il s'enferme dans sa cbambre, fait ses apprêts de départ', laisse sur une table l'argent qu'il croit devoir à Vausdoré ; ensuite il écrit deux lettres : une bien courte, bien brève à l'oncle d'Adrienne , une autre' à celle qu'il allait épouser,
Tout cela terminé , Auguste n'essaie pas de se livrer au sommeil , il sait bien qu'il n'en goûtera pas; il attend le jour en pensant à Adrieaue, en maudissant les femmes , et en se promettant de nouveau qu'il n'en aimera plus aucune.
Dès que le jour parait, il sort de sa chambre; il marche bien doucement ; son cœur
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DE BELIER ai E. 177
est serré en passant devant la porte de chez Adrienne; il s'arrête un moment !... il est sur le point d'entrer pour l'accabler de reproches... et lui pardonner peut-être; mais il pense qu'il est plus sage de ne point la Toir. Il descend , ouvre la porte de la rue sans éveiller personne , et sort de chez Vauxdoré en jurant de n'y revenir jamais.
Au bout de quelque temps, les habitans de Belleville sont levés. Vauxdoré attend son déjeuner. Adrienne est descendue au jardin; surpriseden'avoirpasvu H. Auguste la veille, elle le cherche pour savoir ce qui l'a empêché d'aller lui dire bonsoir. Mais le jardin est désert, et Adrienne monte près de son oncle, en disant: «C'est singulier...
» serait-il déjà sorti?... mais sortir sans me ■ voir, et hier au soir non plus... oh! ce a n'est pas possible! il dort encore sans » doate. "
Le déjeûner est servi, et Auguste ne parait pas. ■■ li est peut-être indisposé, » dit Vauxdoré.
L'oncle n'a point achevé sa pensée, que
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178 iA PUCÎLIB
déjà Adrienue a quitté la salle ; elle gravit lestement l'escalier, elle est devant la cham- Lre d'Auguste, qu'elle appelle en frappant à sa porte. Ne recevant point de réponse, elle entre... Le lit n'a point été défait... il n'est donc pas rentré de la nuit... une pâleur mortelle couTre le visage d'Adrienue ; mille pensées funestes a'offrentà son esprit. . . Toutà-coup les deux lettres frappent sa vue....
elle les prend , en voit une pour elle. La pauvre fille devine déjà son malheur, cai' avant de la lire elle tremble, elle est obligée de s'asseoir, elle ne respire plus ; enfin ses yeux dévorent les caractères tracés par sou amant.
Il Vous m'avez trompé) Adriennej d'autres » que moi ont été aimés devons. Je connais B maintenant vos intrigues avec M. Ledoux n et votre cousin Godibert. Si vous m'aviez » ditavecfranchisequ'avant de méconnaître u d'autres avaient eu votre amour , j'aurais w pu peut-être vous pardonner et vous aimer » encore; mais mcjurer que seul j'ai possédé » votre cœur, se donner pour ce que Von
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DIBEtXBTILLE. 17d
■ n'est plus, c'est de la perfidie, et je ne puis " prendre pour épouse celle qui m'a joué à Il ce poiat. Adieu : il tous sera facile de >■ m'oublier, je tâcherai d'en faire autant; » mais , que j'y parvienne ou non , vous ne » me reverrez jamais.
n Auguste MOHTBEVILLE. »
Adrienne est quelques instans sans trouver même'des larmes pour soulager sa douleur.
£Ile regarde toujours cette lettre, elle ne peut que murmurer: « Parti... pour ja- •• mais. . . et il croit que j'en ai aimé d'autres i- que lui... que je l'ai trompé.. . ô mon Dieu ! ■• ïous savez qu'il n'en est rien!... que je » suis innocente! etî} me croit coupable!...
" et je ne le verrai plus ! >•
La pauvre fUle laisse tomber sa tète sur sa poitrine, deux ruisseaux de larmes se font un passage et couvrent son visage sur lequel on lit un morne désespoir. En ce moment Vauxdoré, impatient de ne revoir ni Auguste ni sa nièce, monte aussi chez son jeune locataire; il trouve sa nièce tout en larmes. /•JyToN
189 LA FUCILLl
Il £h bien! qu'est-il donc arrivé?... tu * pleures, Adrienne^ qu'est-ce encore?...
» où est M. Montre villfe?
n — Parti... parti pour faxijoars! « murmure la jeune filte en sanglotant.
Il — Parti!... quand il devait t'épouser...
■ Ah, morbleu! ce n'est pas possible
R Qu'est-ce que cela?... une lettre pourmoi... » Voyons, »
L'oncle ouvre précipitamment le billet k son adresse et iit : » Monsieur , je ne puis
■ plus épouser mademoiselle votre nièce ; » vous en devinerez facilement les motift.
» Je vouslaisse l'argent que je vousdoispour » mon loyer ; quant au piano qui est dans » ma chambre , vous en disposerez à votre
■ gré. Recevez mes regrets et mes adieux. »
•I Vpilà qui est par trop impertinent ! n s'écrie Vauxdoré en froissant avec colère le billet dans ses mains-; u que veut-il dire H avec'ses motifs que .je devinerai ? Eh
■ bien ! Adrienne , vous devez comprendre,
■ TOUS... Quelle est cette lettre que vous » tenez?... C'est de lui sans doute? Voyons « ce qu'il vous écrit. »
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SB IILLSTUII. loi
Vftonjoré s'empare de la lettre que sa nièce tient encore, et qu'elle ne cherche même pas à retenir ; car , dans son accablement, elle semble ne plus voir nienteodre ce qui se passe autour d'elle. Vauzdoré lit ce qu'Auguste lui a écrit ; la colère se peint dans ses yeux ; il revient vers Adrienae , en s'écriant :
«Ainsi, mademoiselie , ce sont encore
■ vos intrigues, c'est votre mauvaise con-
■ duite qui est cause que vous manquez ce
■ mariage... OnaurapariéàM. Moutreville
■ de ce que vous avez fait avec votre cou- R an, avec le jeune Ledoux... Tous voyez » ce qui en arrive I . . . On est toujours puni » de ses sottises I
^ ■ — Mais , mon oncle , je vous jure que D j'étais innocente ; je n'ai jamais eu les
■ intrigues qu'on me suppose 1 . . . — Grands » mots que tout cela ! ... ce n'est pas k moi
■ qu'il faut faire de tels contes t.. .Si jevous » écoutais , vous me diriez peut-être aussi » que TOUS n'avez eu aucune liabon avec « M. Ai^piste , tandis qu'il suffit de vous re-
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■ garder pour se convaincra de votre honte !
n — Ah ! mon oncle , celte faute estbiea » grande sans doute, mais elle est la seule » que j'aie à me reprocher ! — Et moi , qui n avais annoncé dans tout BelleTÎlle que ce
"jeune homme allait tous épouser!
H Comme ils TOnt rire ! comme ils vont en- '< core se moquer de moi!.,. Mais non, je De H veux plus sous mes yeux souffrir un tel » scandale ! c'est ma femme , qui . par sa i> faiblesse, autorisait tos sottises. Je ne H veux plus de tout cela chez moi... Jevi- " vrai seul , en garçon ; au moins , on ne me n montrera plus au doigt, et je n'aurai pas » une fille-mère chez moi. Vous m'avez en- » tendu, mademoiselle?faitesvotrepaquet, i> partez! débarrassez-moi devotreprésence, » et du spectacle de votre honte ! »
Après avoir dit ces mots , Yauxdoré quitte briisquement la chambre ; il court prendre sa canne , son chapeau , et se h&te de sortir de sa demeure.
Adrienne n'a pointessayé de calmer la colère de son oncle ; tout occupée de la pensée
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qu'Auguste l'abandonae, il luisemble qu'elle ne saurait être plus malheureuse , et elle supporte presque avec indifférence toutes les autres peines qui Tiennent l'accabler.
Cependant , de l'excès de la souffrance naît souvent un courage qui rend de l'énei^te à notre ame. Adrienne l'éprouve en ce moment ; elle essuie ses yeux, retient ses pleurs, se hâte de faire im paquet de ses effets , et , tout en se disposant à quitter la maison dé son oncle , se dit :
u 11 a voulu que je sois malheureuse...
« qu'importe où je serai maintenant, pourvu » que je puisse pleurer en liberté!... Je sais B travailler... ehbien!je gagnerai pour moi, ■ pour mon enfant t Oh! oui, je passerai a s'il le faut toutes les nuits , afin qu'il ne i> manque de rien... Mou pauvre enfant!
> ah I je ne l'abandonnerai jamais, moi ! et » quand je l'embrasserai , je croirai encore n embrasser son père. ■
Vauxdoré était sorti fort en colère ; il était allé promener son humeur dans les prés Saint-Gervais ; mais l'oncle d'Adrienne u'é-
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tait pas méchfmt , et s'i) ee laissait en^Hirter par un mouvement de vivacité, bientôt son bon naturel repreoait le dessus. Après deux heures de promenade, son. sang estrafraichi, sa tètecalmée , et il se dit : ■ Cette pauvre « fille , je lui ai parlé bien durement !...elle » était déjà désolée de l'abandon de son
■ amant... et , au lieu de tAcher de calmer H son chagrin , je lui ai ordonné de sortir de » chez moi... où irait-dle, sans ar^nt et » dans la posîtioaoù elle est ?... Elle a fait » une faute... est-ce une raison pour la ré- » duire au désespoir , pour lui retirer mon
■ amitié, la seale qui lui reste 7. ■. Est-ce » que je a'ai jamais feit de sottises , moi ?.., » Et quidiablen'ènfàitpa&danscemoDde?
■ et pour ne pas entendre quelques bavards, " quelques faiseurs de propos, je chasserais
■ ma nièce !... je l'exposerais au besoin r&
■ la misère!... Oh! c'est alors que je serais » bien plus coupable qu'elle!... Je n'avais
■ pas le sens commun quand j'ai dit cela...
» pauvre Adrienne ! retournons chez moi , n allons l'embrasser,,, et qu'il ne soit plus
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■ question de départ !.,.. c'est bien assez n qu'elle pleure celui de son amant ! >
Vauxdoré se hâte de retourner vers sa demeure. 11 arrive , il cherche , il appelle Adrienue ; mais il était trop tard : la pauvre iîlle venait de quitter la maison de sou oncle, sans qu'aucun indice pût faire connaître de quel côté elle avait porté ses pas.
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DES CHiPITHES CONTENUS DANS CE TOLDHE.
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