CHAPITRE PRiEHIEIt
« Mais enfin, moDsieur I
• cevez-TOUs pourquoi Gueulard ne me > laisse plus dormir en paix une seule nuit?
. Vous avez fait des roede» avec Griiloie ?
. — Oui , mademoiselle , j'en si fait encora
• vue la nuit dernière, ainsi que j'ai eu
• l'honneur de tous le dire tout A l'bQure.
r> — £t TCHis n'avei rien aperçu, iiieft;d^ ■ couvert? — Pas l'ombre d'uo iodirjdu, » mademoiselle- — Pourquoi dooic Gueu-
• lard »'achame-t41 k crier toutes les nuits?
• — SbdeiooiselW I qui tous dit que c«
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s 1\ PtCELtl
» chien n'est poiot alleint d'un catarrhe, » dont les crises se renouvellent toujours » Tersla même période de temps? — Bah!...
■ vraiment... vous penseriez... Au f^it, j'ai 1 eu toi^-temps une chatte qui toussait n comme unepoitrinaire: ce chien peut bien n être enrhumé ; alors il faudrait lui faire
■ prendre quelque chose d'adoucissant, — » Oui, mademoiselle; par exemple, au lieu » d'os à ronger, si on lui donnait des boui> lettes de gomme? — C'est parfaitement
■ trouvé ! vous direz à Grilloie d'en acheter n pour Gueulard. »
' Le moyen proposé par M. Baisemon ne induit pas l'effet qu'on espérait : Gueulard ï-c^se d'avaler de la gomme , et il fait encore plus de train , parce qu'on lui supprime 606 ôs: Le& habitant de la maison sont sur les dents'; toutes les nuits ils sont réveillés, eÀ'qÉand par hasard le chien se tait , Virginie-né manque pas d'avoir un accès desomnailftbiilisrae. Il n'y a plus moyen de reposer MiUs lé toit de mademoiselle Betlavoine : Perpétue ma^t et jjluDit , Grilloie se casse
BI.BULEVILLS. •
chaque jour davantage, H. Baîsemoa.lui- TnéiQe a perdu quelque chose de sa ifAba.-. dite. Quant à Virginie, elle s'impatiente de ce que ses amoureux se borneot à. faine aboyer le chien , et se dit : « Si c'est pouc ■ cela qu'ils m'ont suivie jusqu'à Senlis, cq » n'était pas la peine de se battre sur I4.
» route, n
H. Baisemon , fatigué de faire des rondes de nuit et roulant peut-être essayer de dormir le jour, venait de se dire atteint de maux de reins qui l'empêchaient de bouger.
Depuis trois jours , il gardait le lit, où Perpétue lui portait régulièrement le matin et le soir une rôtie au sucre; puis elle le frottait arec zèle , afin de redonner de la souplesse à ses reins, et sans exiger qu'il gardât 80n caleçon. Perpétue était une fille sagCf mais les plus sages sont souvent les plus dévouées, et savent immoler leurs scrupules pour secourir ceux qui souffrent. Pour les bonues sœurs attachées au service des hospices, il n'y a plus de sexes, et Perpétue en disait autant, en frottant le gros Baisemoo,
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- ' Sais TOili que Grilloâé fl'a»ise smsi d'êtrtf mHlaâe, d'avoir des douleur», de Qê plus pouvoir faire son service. Pour celui-là, on M GODteatera de le laisser couché; on ne lui portera pas de rôtie et on n'ira pas le ffotterj pourtant le vieux jardinier arait vingt ans de plus que Baîsemon, et il travaillait h la terre , ce qui est plus fatigant que de se chauffer devant une cheminée; mais c'est ainsi que beaucoup de gens pratiquent l'fau'' manité. Ils sont serviabtes, complaisant pour ceux qu'ils aiment , durs et iasensibieS pOur les autres , et ils crwent avoir de grandes qualités!
Lorsque Grilloie a déclaré d'un ton lamentable qu'il est hors d'état de se lever.
Perpétue va trouver sa maîtresse. Mademoi* selle BelUvoine était alors dans son salon avec sa nièce, à laquelle elle ftisait confectionner un sirop dont elle voulait faire prendre  H. Baisemon , sirop composé d'absinthe, d'anis, de cannelle et de sucre, et qoi était souverain pour les maux de f'eins; mais daoB lequel Virginie pissait de temps k au-
■E lIlLEVItLE. B
tre quelques pincées de sel et de poivre pour Ib plus grande jouissance de fiaîsemon.
« Âh ! mademoiselle t toïU bien une n autre affaire! » s'écrie Perpétue en entrant dans le kiIoq.
« — Qu'est-ce donc, Perpétue? est-ce que s ce pauvre Baisemon se sent plus mal? — ■ rfon, mademoiselle; grâce au ciel, cet ex- " cellent homme ne souffre pas plus... il a » pris sa rôtie ce matin, il m'a dit même n qu'il commençait à se retourner ud peu . . . H ça reyient tout doucement. Mais ne voilà- » t-il pas que ce vieux Grilloie s'avise d'être » raatadeaussiï—'GommentI Grilloie, mon » jardinier? — Oui, mademoiselle ; quand » je suis allée m'ioformer ce matin pourquoi » il ne venait pas , ce vieux pleurard m'a n dit : « Je ne peux pas me lever, j'ai mal « partout!...,» Et puis c'est qu'il tousse , il » crache I que c'en est dégoûtant ! ... il aura » tropbu, l'ivrc^nel... — Ahî mon Dieu!...
» Grilloie au lit.... mais c'est fort désagréa- K Me. — C'est ce que je lui ai dit : Notre > maîtresse ne vous paie pas pour que vous
■ restiez dans votre lit , vieille brute! mais
> bath! ça o'est plus bon à rien. — Et ce
• pauvre Gueulard, comment va-t-il?-^0hl i> Gueulard se porte bien le jour ; vous sai> vez , mademoiselle , qu'il ne crie que la » ouït. Avec tout ça, me voilà seule pour
• trotter dans la maison et au dehors.... je il suis sur les dents aussi moi!.... je mai^is
• que c'est effrayant ! je danse dans mon co- « leçon!... on n'a plus de repos ici!... et
I s'il arrivait quelque chose la nuit , qui esti> ce qui nous défendrait à présent que nos deux hommes sont sur le dos? — C'est n vrai. Perpétue, nous serions exposées & » tout.
n — Ma tante , <• dit Virginie, ■ si vous le
• vouliez , j'irais faire les courses , acheter » les provisions. . . — Non, ma nièce, non, cela
• ne serait pas convenable ni décent; voua
II ne devez point aller au marché ni sortir
• seule... vous êtes appelée à un rang trop
« élevé pour vous occuper de ces menus dé- ' Il tails.... — Mais vous me faites bien faire
> du sirop , ma taule. — C'est différent , ma
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nièce , ce sirop est pour administrer à un • malade. On a tu des chaBoinesses , des ^ abbesses , des princesses , panser elles- I mêmes des blessés [ o'est le but qui sanc-
> tifie tout. Mais voyons, Perpétue, com- < ment allons-nous faire? c'est très-embar- ' rassant. — Mon Dieu ( il n'y a qu'à prendre
> du monde de plus : aussi bien , c'était ' d^à indispensable, ce vieux Grilloie n'est ' plus propre  rien i — Gonnaissez-rous
> quelque servante honnête, de mœurs irré- ' prochables ? — Oh ! il ne faut pas prendre
■ de femmes I je n'en veux pas d'autre
'• pour servir ici que moi!... Ahben oui !,.. n une servante!... qu'il faudrait former, ou » qui me laisserait tout à faire !... d'ailleurs " je n'en veux pas ici avec moi ! si vous en n prenez une, donnez-moi mon compte, » je m'en vais !... — Allons, allons, Perpén tue, calmez-vous... c'est pour tous aider !■ que je vous offre cela.^-M'aider !.., je n'ai ■• pas besoin qu'on m'aide dans ce qui me B regarde ! je crois que je fais assez tnen
> mon service : mais nous avons besoin
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8 u pnciUE
• d'hotnmes pour nous défeûdre et reiller n sur nous ; cor le tintamare de dos ùuits - me rend toute peureuse!... ce n'est pas " nue femtne qui nous protégera ; elle crie- K ratt aussi, Tollà tout; et puis est-ce que " je m'accorderai avec une autre serrante?...
■ — Hais enfin, où trouver un serviteurfi-
■ dèle, honnête, probe? — J'vaisvous dire
■ ce que m'a déjà proposé la fruitière , man dame Beuré ; c'est deux frères , deux jeu- >> nés gens l)ien honnêtes , qui arrivent de n leur pays... de la Lorraine, je crftis , et H qui cherchent à se placer et se contente-
I » ront des gages qu'on leur donnera. Mail dame Beuré en répond ; il parait qu'elle > connaît leur famille. — Mais, Perpétue, » deus stirviteurs de plus, c'est beaucoup.
» — Ah ! nous trouverons bien A les occu- K per ; l'un sera pour le jardin, l'autre pour N l'écurie, la bas^e-cour, la maison!... et
• par la suite, s'ils ne vous conviennent pas," » vous les renverrez. — £h bien ! dites à n cette fruitière de m'envoyer ces deux gar » çons... si je leur trouve de la décence, de
DE miETTlU.
» la tenue.... s'ils me plaisent enfin, noas » verrons. — J'vas tout de suite aller chez » madame Benré. »
Perpétue qui tient beaucoup à avoir de»
Iionimes pour veiller sur elle , parce qu'elle £e flatte d'avoir encore quelque chose à conserver, va sur-le-champ chez la fruitière, et cfille-ci lui dit : •■ Avant une heure les » deux Lorrains sercmt chez vous. » £t dès que la servante a tourné les talons, madame Beuré fait avertir Godibert et Doudoux. Ces messieurs > moyennant quelques écus , avaient mis la fruitière dans leurs intérêts; et la bonne femme, qui n'avait pas toujours vendu que des pommes, leur avait dît : « Je ■ vous introduirai dans la maison. » En effet, uneheure ne s'était pas écoulée que les deux amoureux , revêtus de longues blou* ses bleues , la léte couverte d'une perruque rousse et d'un chapeau à grands bords , frappent chez mademoiselle Bellavoine.
Perpétue sourit en les voyant entrer. Godibert et Doudoux , qui savent comment il faut se conduire pour être admis chez la
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vieille tante , conunenceot par saluer avec respect la serTante.
•• Vous êtes les deux Lorraint , les deux .1 frères qui roulea entrer en service , n'est- » ce pas? — Oui, mademoiselle, si vous
■ voulez bien le permettre, — Oh! madame H Beuré tous a bien recommandés ! venez , > je vais vous^ présenter à ma maîtresse, ■
Les deux jeunes gens sont introduits devant mademoiselle Bellavoine ; ils restent à la porte, debout, les yeux baissés, ayant l'air de ne point oser faire un pas. Virginie, qui les a reconnus du premier coup d'oeil , est obligée de porter un mouchoir à sa bouche pour ne pas rire de leur tournure. Mademoiselle Bellavoine se tourne vers sa nièce et lui dit; «Allez à votre chambre, mon en-
■ fout ; il n'est pas nécessaire que vous soyes * présente à l'interrogatoire que je vais faire » subir à ces deux hommes, h
Virginie s'inclme et se lève ; mais ea passant près des jeunes gens , elle trouve moyeu de leur dire : •> Ah ! que vous êtes laids D comme ^a ! »
■ Approchez.... approchez, » dit made-
moîselle BellaToine en faisant si^e aux soidisant Lorrains d'aTancer. tandis que Perpétue se penche vers l'oreille de sa maîtresse pour lui dire : ■ Ils ont l'air timides comme » desnonnesl... c'est une trouvaille, made- » moiselle! — Taisez-yous, Perpétue;....
» eh bien I avancez donc... jeunes gens , je
■ TOUS le permets. — Ah, madame!... — Je » ne suis point madame , je suis demoiselle.
i> — Faîtes excuse , mamzelle , je sommes si » peu avancés pour notre âge !... — Il n'y » point de mal. Vous désirez donc tous plaît cer? — Oui, mamzelle. — Que savez-vous y faire? — Nous ferons tout ce que vous vou- » drez, mamzelle.
» — Ils ont du zèle , «■ dit tout bas Perpétue, 'i moi, je les dresserai au service:
» — Silence donc , Perpétue ! Vous êtes » Lorrains? — Oui, mamzelle, de Nancy.
* — Vous êtes frères ? — Oui, mamzelle , « de père et de mère. — Que font vos pa-
■ rens? — Rien, mamzelle. — Comment - rien? — Ils sont morU. — C'est diflférent j
■ et comment vous nommez-vous ? ■
Les deux jeunes gens se regardent : ils
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IS ' lA TVCKLU
n'avaient pas pensé k se pourvoir d'an DOmi c'est À qui ne répondra ' pas , et Perpétue marmotte encore : •> Ils n'osent pas parler t . . . H Toilà des jeunes gens bien élevés au moins. ■ Enfin Godibert s'écrie : » Notre père s'ap-
■ pelait Thomas , je me nomme Jean, et » mon frère Pierre.
Il — C'est bien, dites-moi, tous n'arez pas
■ la prétention de gagner beaucoup ? • — Ce
■ qui TOUS fera plaisir, mamzelle, et quant )• il ce que de la probité, ohl touc pouTez » être en repos ! — Oui , madame Beuré a n répondu de la TÔtre; mais cela ne suffit B pas ; je dois tous prévenir d'une chose, V JeanetPierre:pourrester^moiiserTiceil i> faut mener une vie exemplaire, ne jamais
■ jurer, ne jamais prononcer de ces Tilains Il mots!... qu'une femme ne doit pa« en-
■ tendre, et surtout a'aToir aucune coimais- » sance, aucune amourâtef-.. — Ah, mam- <t zeile! est-ceque j'avons jamaispenséÀça!
• — A la bonne heure ! si tou» ne pensez ja- » mais à ça tous resterez chez moi; maisdu
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M BELUTILLE /""X 1 1
n moineTit que tous penserez jf ça, je vous
> mcttru à la porte. — Ça suffit, mamzelle.
» — Vous, Jean, tods traraillerez au jardin, j> et Pierre sera employé dans la maison et » A la cuisine. Atcz-toustos effets?— Ooi, ■■ œamzelle , j'avons chacun not' petit pa-
■ quet, — En ce cas, vous pouvez rester a diez moi; Perpétue va vous installer et • vous montrer où tous «mcberez. ■
. Godibert et Doudoux saluent de nouveau jasqa'i terre et suivent Pei^étue, qoi va trotillant devant eux, en disant: «Venexavee . moi, Jean et Pierre... je vais vous mettre » sur-lé-champ à la besogne.... Ohf c'est » que nons en avons pai^dessus la tète ici... » Hais j'aurai soin que vous soyez bien A nourris,., c'est moi que cela regarde; et B si voua êtes dociles , eiacls k vt)8 devoirs ,
■ TOUS ne vous repentirez pas d'être entrés » cbez nous. Tenez, Jean, vous coucherez
■ là... dans cette petite chambre pu reznle-
> chaussée; elle donne sur le jardin, cela » Toussera commode pour votre besogne., r « Pierre aura sa chunîpre en haut, dans les
. „x;cKv^k'
14 L* FDUUB .
<• mansardes , au-dessus de notre r^ssear « M. . BaîsemoQ , digne homme, qui est- » indisposé pour le moment ainsi -que
■ notre vieux concierge. Jean , . voici le l' jardin, il y a beaucoup à faire U! Vous u connaissez - TOUS à tailler les arbres, A
■ planter , à soigner les légumes ! — Oh » oui! manizelle. — C'est bien : toos me » cueillerez du persil et de la ciboule, j'en
■ ai besoin pour le dtner. Piëcre, voici deux R pigefflis que tous allez plumer, car j'ai n beaucoup à faire ; ensuite tous balaierez » etfitotterezaTecsoialegrandescalier.Moi,
■ je Tais alLet frotter ce pauTre M. BaisemoD, <• notre régisseur , et savoir s'il remue un n peu plus qu'hier.
Perpétue est éloignée; les deux jeunet gens se r^ardent eu riant.
« Nous Toici-dans la place 1 » dit Godibert. « — Oui , et nous avons eu déjà l'in- » effable bonheur de voir Vir^niel...
» fille incomparable! à Armide! ô Circé!...
1 — Elle nous a dit que nous étions vilains « comme ça. Le principal c'est que le gros
......Ccglc
SB BULITILLS. IS
• régisseur et le vieux Grilloie ue nous re- I connaisseat pas pour ceux qu'ils ont tus 1 sur la route. — Ces gens-là n'ont pas des K yeux de lynx ! — Ils sont tous les deux
• malades eu ce moment, cela nous donnera I le temps de nous reconnaître Ça ne
• m'amuse pas beaucoup d'aller cueillir du ». persil et de la ciboule pour cette TieiHe 1 bavairâe! — Ni moi de plumer des pigeons ' et de frotter l'escalier! — IHaisnous som-
• mes près de ta petite, c'est l'essentiel I — « Virginie!.... 6 quatrième Grâce! â n dixième Muse! à... — Monsieur Doudoux,' » il n'est pas question de tout cela. Rappe- .. iez-TOus nos conventions : mademoiselle •> Troupeau nous dira quel est celui qu'elle " préfère de nous deux... alors l'autre s'en ■ iraj mais jusqu'à ce que nous trouviona - l'occasion de forcer la petite i se déclarer, » point de tentatives pour la voir seule et » lui dire des douceurs au détriment de son » rival. — C'est convenu..... — C'est enn tendu. »
Les deux jeunes gens renouvellent une
j^omeau qae chacun d'eax a fintention de De pas teDÏr ; car ib pensent d^à k se pro« , curer en secret une entreTue-aTcoVit^ûie 5 mais c'est presque toujours ainsi que cela se pratique. Ou pnnnet, (Hi jure même : oela n'engage à rien.
(^oiipie habitant sous le HKârne toit que Virginie, it n'était pas tîacile de se trourer seul avec elle ; sa tante la gardait presque eoDStammeut Ji ses eàtéa , et te temps était trop £roid pour aller se promener au jardin.
11 faut, pendantplnsieurs jours, se contenter de se lancer de tendres regards lorsque l'on n'est pas obserTé; maisPerpétueue laisse pas un moment de rc^s aux nouveaux serviteurs, elle est sans cesse sur leurs pas ; il finit que l'un loi épluche des légumes, que l'autre lui feaàs du bois on lui allume sou feu ; et cela commence à ennuyer beaucoup les jeanes gens qui sont obligés d'obéir.
Le «rop que mademoiselle Bellavoine a fait prendre â Saisemon cause & celui-ci des coliques qui le forcent à garder le- lit hnit jours de plus; mais Gueulard avait cessé
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» BILtEVatE.
d'aboyer depuis que Jean et" Pierre étaient à la maison, et Perpétue ne cessait de dire à sa maîtresse: «Voyez-vous, mademoiselle, » c'est parce que nous avons à présent deux n défenseurs vigoureux que tes tapages noo- « tûmes ont cessé. Ah! j'ai eu là une bien » heureuse idée de vous faire prendre pour ■■ domestiquescesdeux L(«'raiiis! ilsnesont " pas très-habiles pour plumer les volailleâ " et éplucherlesIégumesjmaisilssoDtdoux > et respectueux , que c'en est édifiant f
I, — Oui, j'en sub assez satisfaite, » répond la vieille fille , •■ je ne les entends ni » jurer, ni dire de vilains mots , et ib sont '• remplis de zèle; car jene puispas mere- » tourner que je n'aperçoive l'un des deux u frères derrière moi; mais je ne sais pas H s'ils portent descaleçons :1e leur avez-vous ■I demandé, Perpétue? — Pas encore, ma- D demoiselle . — ' Vo^s aurez soin d'en placer » UD sar chacune de leurs couchettes , en ■ leur disant que cela entre dans ma livrée.
« — Oui, mademoiselle. — J'espère que ces » lorrains plairont aussi à.l'eslimable Bai-
IS l* KCIILI
!• semon. — Cela vaut bien Dueux que ce » TÏeux Grilloie qui gémit toujours dans son
■ lit, l'ivrogne! Mademoiselle, quand il sera - guéri, il faudra le mettre 4 la porte; ilya » méote bien des maîtres qui ne l'auraient » pas gardé malade ; mais vous êtes si bien-
■ fiiisaote, mademoiselle, tous poussez » quelquefois cela trop loin ! — C'est vrai , n Perpétue, je consulterai Baisemon à cet !• égard. »
Un matin , Virginie trouve l'occasion de s'échapper et de courir au jardin; elley est àpeine queGodibert est prèsd'elle^ et prend sa petite main qu'il baise avec ardeur, en s'écriant : « Abf mademoiselle, il fautbeau- <• coup vous aimer pour se décider à rester » ici , à racler un jardin et à éplucher des
■ (^ous pour une maudite servantje qui est '< sans cesse sur mon dos!
» — Comment, monsieur Godibert, vous » pensez encore à moi? — Vous êtes mon R chef de file, mademoiselle, je neveux » obéir qu'à Totre commandement; mais il » y a îd un autre jeune homme qui prétend
Bl BILLITlLtl. IS
» que TOUS l'aimez aussi? — Il ment. — » Que vous lui arez donné des espérances?
» — Ça n'est pas vrai. — Que tous lui avez » permis de tous suivre? — Qu'est-ce que » cela prouve? — Alors , puisque tous ne » l'aimez pas, je vais le mettre à la porte.
» — NoQ, je ne veux pas que tous mettiez » Jtf. Doudoux à la porte: je veux que vous » restiez ici tous les deux, parce que cela » m'amuse. — Cependant, mademoîseUe...
Il — Voilà Perpétue... sauvez-vous! ■>
Godibert s'éloigne; Virginie rentre à la maison, laissant Perpétue au jardin. Dans l'escalier, la jeune fille trouve Doudouxqui était obligé de frotter; il se précipite à ses genoQx , en s'écriant :
<t Abl mademoiselle! je puis donc enfin » vous parler... je brûle , je meurs, je me ■ desséche ! — Ah , mon Dieu ! monsieur » Doudoux, pourquoi TOUS desséchez-vous?
i> — Parce que j'aurais besoin d'appuyer » mon cœur contre ie vôtre, de mêler mes » battemens à tos pulsations... de trouver » la vie dans tos regards... — Vous parlez
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» toujoarsde manière à ce que je ne too*
» comprenne pas : est-ce exprès?' — Ah F
■ mademoiselle, depuis que je vous ai vue a à Belleville , je n'aipaseuantotedeplai- « sir ! pas un béta de bonheur ! et ce grand « M. Godibert prétend être aimé de vous?
■ — C'est faux f — Il dit que voua le préfe- B rez i moi? — 11 n'en sait rien. — Quec'est » par vos ordresqu'il est ici?.,. ^ Ca ne fait » rien du tout. — Alors je vais lui direqn'il » peut s'en aller. — Mon , je vous défends » de rien lui dire... — Mais, mademoiselle... » — Ma tante m'appelle. Adieu. »
La jeune fille s'éloigne : les jeunes gens ne sont pas plus avancés ; mais ils se promettent, à la première occasion, de forcer Virginie à se déclarer positivement. Cette occasion se présente le lend^ain : Virginie saisit un instant oùsa tante tourne le dos, elle s'échappe et court au jardfn ; elle est bientôt abordée par Godibert. Malbeureusement le joli mois de mai n'était pas encore revenu, il n'y avait ni feuillage, ni ombrage; mais les amoureux s'accommodent de tout : Ior9<-
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n BUlITILtl. St
qu^ est sans témoins, tous lés eiidroits font propices pour donoer «t reoeroîr des baisers; et je De sais pas où I'od néfereit point l'amour loF$qu'<Hi est Tirement pesfédé du désir de le faire!
. Au lieu de perdre son temps k parler de son rirai , et k chercher à savoir quel est celai que Virginie préfère , Godihert entourait de ses bras la taille mignonne de la petite , il embrassait tout ce qui était à sa portée ; et, comme on se défendait mal , il trouvait toujours quelqueslarcias.à faire. Il se dtsait t « A quoi bop la questionner? ai je triom- ■ phe, c'est que c'est moi qu'elle aime f ■ ïlais tout-à-coup uu cri de fureur se fait in- . tendre. C'est Doudous qui , voyant son rirai étreindre Vii^inie dans ses bras , se jette sur lui , le tire par sa blouse , et lui glisse entre les jambes le manche de son balai.
Virginie s'est dégagée et sauvée. Les deux ampureux se livrent un nouveau comb# « se servant l'un du balai. Vautre du râteau.
Perpétue arrive dans le jardin , elle scpréçijHte «ntre les combattans , en s'écri*nt i
" Miséricorde!... est-ce bien possible '..,.
» deux Mres se battre!., ô mes enfans! à » quoi pensez-vous?... qui a pu allumer 1 Totre colère?,., se battre ici!., c'est fort « mal!... je veux qu'on se raccommode...
• mais d'abord, apprenez-moi pourquoi vous » TOUS battiez. »
On ne pouvait pas avouer à Perpétue te motif de la querelle. Godibert et Doudoux baissent les yeux et restent muets.
■ Eh bien, Jean!... eb bien, Pierre!...
" vous vous taisez... vous êtes tout honteux » sans doute de vous être livrés i de teb
■ excès! — C'est vrai, màmzelle. — A la bonne i> heure; mais enfin, pourquoi vonsbatticz-
• TOUS? — Màmzelle.. .c'est que... ce matin,
■ je n'avais que du fromage pour d^eûner...
■ et il prétend, lui, quevous lui avez donné n du raisiné. — Comment! c'est pour une
■ telle bagatelle que vous vous abandonnez « litla colère!., bonne sainte Vierge!... se > battre pour du raisiné!., allons, calmez- •• vqus , demain vous en aurez tous les deux;
■ mms que l'on ne se querelle plus , sittoa
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- je le dis à mademoiselle qui tous renver-
■ rait bien vite. »
Les jeunes gens promettent d'être désormais d'accord, et Perpétue reprend : « Main- » tenant, mes enfans, il fout que tous sait chiez poupquoije venais tous chercher.
Il Notre digne tisseur, M. Baisemou, a H toujours des douleurs intestinales ; le K pharmacien m'a donné pour lui un lare- 1 ment composé ; ce pauvre M. fiaisemon <> ne peut pas le prendre lui-même : je me » serais bien sacrifiée , s'il n'y avait eu pern sonne pour le lui donner... parce qu'il y » a des cas où il faut fermer les yeux ; mais, • comme TOUS êtes ici , c'est tous qui admi-
■ nistrerez le purgatif en question.... Al-
■ Ions, qui est-ce qui monte là haut... le re-
■ mède est prêt, M. Baisemon l'attend. »
Godibert et Doudoux font chacun une grimace épouvantable , et l'ex-cuîrassier s'écrie : u Ah ! sacré mille bombes , ce ne
■ sera pas moi qui donnerai le lavement ,
■ toujours!...
» — Ah! mon Dieu!., qu'ai-je entendu
..-.Cccglc
S4 LA rnciLLi
« )Â! » s'écrie Perpétue, •> quel jurement!.,. Il quels mots!., ah IJean, où aTez>TOUft&p- > pris à dire de ces Tilaines choses ? — Parn doD, mademoiselie , mais c'est que je ne i> veux pas... je ne puis pas faire ce que tous
■ désirez!... d'abord, je c'aijamaissu tenir
■ une seringue.
n — Vous ne voulez pas! rappelez-TOUs , 1 mon garçon que tous êtes ici pour tout « faire. — Tout faire... c'est une façon de H parler; je ne pensais pas que cela irait » jusque là. — Et tous, Pierre, êtea-TOUs H aussi peu cwnplaisant que votre frère?— H Mamzelle , je ne me soucie pas d'étudier « la nature de M. Baisemon; je suis comme i> mon frère, peu familier arec l'instrument » que TOUS m'offrez... — Ah! j'en suis bien K fâchée, mais il faut obéir oupartir d'ici!... ji je suis bonne avec tousj mais je veux qu'on ]• exécute mesordi'es... allons, messieurs, » montez toiis les deux chez ce digne Bai- » semon qui s'impatiente sans doute de ne » pas TOUS Toir Tenir... tous tous aidereX » mutuellement; venez, je tbîs touscod- " duire. »
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■i.iuuntu. Ut
Les jeunes Qem suirent Perpétue tout en ee promettant dene pas faire ce qu'elle exigei La serrante tb s'anner de rtastrument lit^ donné, et marefaei, en le tenant, devant Godtbert et Doodoiu , qu'elle conduit jus* qu'à la cfaambrede Baisemoa. Le g^s bon-' homme était dam son lit. Perpétue entre et pose ce qu'elle tenait enr un siège , en di-^ aant , -■ Monsieur Saitemon , je vaaa nmèoe H nos deux Loiraini, qui Tont tous donner ■ ce que toos saréz bien, h
Baisemon entr'oufre son rideau et regarde dans la chaoïbre; les .deux jeunes gensrenatont d'entrer , ils se tenaient debout en faisaot une moue horrible. Perpétue s'approche de Baisemon et lui dit à l'oreille :
g Comment trourez-TOus nos Lorrains?— ^ <> Hem!... mais... je leur troure l'air bien » sérieux... — C'est le respect' qui les rend n ainsi. -—C'est dommage qu'ils aient tous » les deux les chcTcux rouges. — Est-ce que » TOUS croyez que cela empêche de donner » un lavement? — Non, mais... je n'aime » pas les hommes rouges.... ça me rappelle
% LA rnoLLi
'• les Gouques. — Ce sont de bons garçons ■1 qui seront trop heureux de tous être agréso bles; au revoir, monsieur Baisemon...
n tout est prêt, je vouslaisse... Allons, mes » enfans, tâchez d'être hi&i adroits et de- » satisfaire notre excellent régisseur. »
Perpétue sortet pousse la porte; M. Baisemon referme son rideauen disant :«Mesamis,
■ je Tais me disposer. < Godibert et DtUdoux sont aumilieude la chambre, seregardabt, regardant la seringue et ne boogeant pas. Le rideau s'ouvre de nouveau, et quelque chose d'énorme se présenté à nu sur le bord du lit ; les deux jeunes gens reculent au fond de la chambre, tandis que Baisemon, dont on ne voit pas la-téte, crie : u J'attends la lotion » qui doit édulcifîer mes'lombes et purifier « mes voies; allons, mes bons Lorrains...
■ admovete et promovete. »
Mais Godibert croise ses bras , en disant :
" Le plus souvent t « et Doudoux , en regardant vers le lit, murmure : •• Gela a la
■ figure d'un oméga.
■ — Allons donc , mes bons amis , je rais
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» m'enrhumer!... > reprend Baisemon eu s'agitant sur le bord du Ut. » Finissons-en , • ad rem.
« — Il a raison, il faut en finir, » dit Godiberten allant prendre la seringue; puis se plaçant à l'autre bout de la cbambre et visant Baisemon comme s'il tenait un fusil , il lui crie : « Y ètes-vous. — Vous le voyez >• bien, mon fils! — Alors, attention; je fais » feu ! »
. Et, poossant tle toute sa force, il asperge la nudité de Baisemon qui crie & tue tête : « Mais, ce n'est pas cela.., tous tous » tron^>ez, mes amis, tous n'y êtes pas du » toot. »
Malgré ses cris le gros malade reçoit tout le contenu de l'instrament , après quoi les deux jeunes gens sortent en riant de la chambre, et, pour bien achever leur journée, ils vont dans la cour détacher Gueu-< lard qu'ils chassent à grands coups de fouet hors de la maison.
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