IM
.,CcK>glc-
(Ht li FICIUK
un coin de la chambre , en lui disanE tout bas : « Ma £Ue , il faut que tous ayez l'air
I enchantée d'aller chez TOtre tante. — » Puisque ça me déplaît... — C'est égal ; il » faudra surtout vous montrer empressée, » complaisante près d'elle... 11 s'agit d'un H superbe héritage... et d'un mariage plus n superbe encore... — Mais, maman... —
■ Sois contente , ma fille. Je t'assure que tu » t'en trouveras bien.
« — Après tout! se dit Virginie, il ne n vient plus ici de jeunes gens , on ne me B laisse plus sortir, je n'ai aucun amuse-
II ment... Que sait-on? ce sera peut-être
■ plus drôle chez ma tante I... "^ quand » il n'y aurait que ce vilain petit gros n dont je me moquerai , ce serait déjà quel- « que chose !,.. ■
£t Virginie , qui a repris son air naot , dit  sa mère : " — Je vais dans ma cham-
■ bre commencer à faire mes apprêts pour
■ aller chez ma bonne tante... N'est-ce pas, >■ maman? — Oui, ma fille, va... je te re- ■> joindrai. «
'. C=""8fc
■KBKLLBTIIILK. 0?
Tii^^e fait une révéreuce gracieuse & i. Baisemon , et sort Tivement , pendant que le gros homme tâche de se baisser pour saluer.
« Monsieur Baisemon, » lUt Troupeau,
■ TOUS Tenez de voir notre fille... Qu'en pen-
■ sez-Tous?
, >• — Je lui troure l'air aussi respectable - ■ que sesdignes parens! » répondBaisemoa, en s'ioclinaDt.
: i> — Vous êtes bien honnête , monsieur » taisemon , mais nous pouvons à juste tîn tre nous glorifier de notre £Ue !... Cela D ne pense à rien !... cela est doux et docile
■ comme un agneau !,.. Voyez , elle court B en liant se préparera ce départ... Elle H nous quittera sans Terser une larme !....
» Aimable enfant ! c'est le résultat des bons » principes. Quoique nous ne l'ayons jamais i> perdu de vue une minute , nous vous la i> confierons , monsieur , car un homme en » qui notre tante met toute sa coufiance , » doit être un homme autrement fait que » les autres.
". C=""8fc
6B Là. mcELLi
■ — Monsieur, tous êtes trop honnêtei » J'ose vous assurer que madeinoisellc vot».
>• fille arrivera chez sa tante en bon état . . K et telle que vous me l'aurez remise... Hais » je vous avouerai que je n'ai point encore » déjeûné... et...
" — Vous n'avez pas déjeûné , monsieur
■ Baisemon 7 et nous qui ne pensions pas à "TOUS rien offrir t.... C'est l'effet de la » joie !... TOUS allezdéjeûner : nous sommes n si ravis d'avoir recouvré l'amitié de notre
I tante! cette estimable tante... Comment
■ se porte-t-elle ?
H — Bien... très-bien... elle est un peu
■ maigre , mais le médecin assure que c'est " ce qui la soutient. — Tant miens ! Âpro> » pos, ma femme... pendant que Virginie
■ sera chez ta tante, si M. le comte allaitreve-
II nir... Car, tenez, monsieur Baisemon, puis*
■ que TOUS avez la confiance de notre tante , » nous vous devons aussi la nôtre... M'est-ce • pas , ma fi;mme ? — Oui , mon ami , je " pense que nous devons nous ouvrir à mon- » sieur. — Eh bien ! monsieur Baisemon ,
...Cccglc .
m BULivuu. 69
■ Foaa saurez qu'un homme du plus haut
■ rang , on j eune et Doble comte aspire â la
■ main de notre fille-..
» — Diable ! dit Baisemon , « en tournant ses regards Ters la porte. « — C'efit comme
■ BOUS avons l'honneur de vous le dire....
■ le comte de Sennerille désire être notre
> gendre, et faire notre fille comtesse I...
■ par conséquent , je serai grand-père d'un
■ petit noble !... Je suis certain que notre • tante sera enchantée de cette alliance...
■ Notre tante a comme nous des sentimens
■ élerés, n'est-il pas vrai , monsieur Bai-
> semon ?
■ — Oh ! oui... je ne doute pas qu'elle
< n'approuve ceci... mais je... — Mais il
■ faut du mystère... le comte veut que ce
> soit un secret jusqu'au moment où il con-
> dutra ma fille à l'autel... tous compre* « nez?... — Jepense que ce pauvre Grîlloie.
> doit avoir faim aussi... — Àh! c'est juste... » on va vous servir. .; Ua feiinae , va dire à
■ Babelle de mettre le couvert de M. Bai-
> semon , d: d'avoir soin de Grilloie. — Oui,
< mon ami , j'y vais. »
...Cccglc
70 u rirciLLK
HadaUie Troupeau sort ; H. BaisemoD Toudrait bien descendre avec elle dans It ealte à manger ; mais Troupeau le retient eocore.
« Haintenaat , monsieur Baisemon , vous
■ sentez que depuis que j'ai en perspec* I. tive un comte pour gendre , j'ai dû pren- » dre des mesures pour que rien ne pàt » faire manquer ce mariage. Ha fille est » l'innocence même ; malgré cela je me suis
■ dit : a'ilyient encore des jeunes gens citez
■ nous , on pourra supposer que c'est dans
■ l'espoir de faire la cour à mademoiselle n Troupeau et de l'épouser ; alors j'ai tran- N ché dans le vif ; point de jeunes gens » chez moi , et ma fille ne va plus en société
■ où elle pourrait-en rencontrer!... je crois " que c'est agir en père prudent?
• ■ — Je ?ous approuve... mais je désire-
■ rais... — Â présent, monsieur Baisemon.
■ je vais perdre ma fille de vue ; mais je « connais ma tante et la sévérité de ses prio- " cipes... elle ne reçoit pas de jeunes gens,
■ n'est-ce pas?... — Aucun... Allons-nous.-
...Cccglc
BIBILLITILLE. 71
■ —Malgré cela, moasieurBaisemon,jeTOus
■ recommande particulièrement ma fille,
■ non que cette chère enfant ait la moindre
■ idéedemal&ire! Quelquefois le hasard...
1 voussaTez... Quelle vie mène-t-on chez
■ ma tante 7 — On d^eâne habituellement • à neuf heures ; mais aujourd'hui j'ai dé- > jeûné plus tôt, afin de partir de bonne » heure; c'est ce qui &it que je me sens I besoin... — Ah! mille pardons ! monsieur » Baisemon , j'oubliais. . . Venez ; je causerai » ayec vous pendant que vous déjeunerez.
» — Alors je serai tout oreilles. «
Baisemon pousse un soupir de satisfaction, car on descend enfin à la salle à manger. Là , il se met à table , place qu'il affectionne , et où il agit comme quatre. Laissant troupeau lui parler du superbe mariage qu'il espère pour sa fille , Baisemon ne répond que par de petits mouvemens de tète ou des monosyllabes , le temps de reprendre sa respiration et de se Teraer à boire.
' Lorsqu'enfin le gros envoyé a satisfait son appétit et qu'il lui est impossible de rien
...,.„G,„,alc
73 u nicuLx
contenir de plus, il essuie en souriant son énorme boudie , et, se tournant tcts Troupeau , seàible disposé à mettre quelque chose de plus dans la conrersation.
■ Monsieur Bàisemoa, a dit madame Troupeau, •• notre tante nous écrit qu'elle H u'â le plaisir de TOUS connaître que depuis » peu. . . serait-ce indiscret â nous de tous » demander comment tous atcE iait sa con-
■ naissance , et ce qui tous a sur-le-champ » gagné son estime? il faut pour cela qu'elle u ait été à même de Tons apprécier; notre
■ tante ne place paâ légèrement ses a£Fec-
■ tions.
n — Sfadame , je tcus aToir l'honneur de n TOUS narrer la chose.... et la pure vérité n sortira de ma bouche, carjene suis pasà n deux faces. Je suis fils d'honnêtes bour- » geois , qui avaient peu de fortune ; mes
■ parens m'aimaient beaucoup ; mais ils * trouTaieot que je mangeais trop. J'arais à » peine cUx ans que mon père me mît A la
■ porte , en me donnant quinze sous et sa » bénédiction : les quinze sous ne durèrent
Dl BILLEVILLE. 72
T pas long-temps ; mais il est écrit là-haut :
■ Aide-toi, et le ciel t'aidera. Comme j'avait
■ les plus belles dispositioos, et que je pos-
> sédais une figure assez heureuse, un digue
• homme, qui dirigeait une école gratuite,
■ voulut bien me prendre avec lui , et me
• pousser dans l'enseignement. Je fis dans
• cette partie des progrès rapides : à douze « ans je traduisais proprement VÉpt'tome, ' et je donnais le fouet aux élèves sans les " ftiire crier. La réputation quej'aTais ac-
> quise me valut de belles propositions; un » seigneur m'ofirit d'être le professeur de
• son iïls ; j'acceptai. Je mettais tous mes < soins â inculquer à ce jeune homoie des ' principes de sagesse et les règles des pai^
• ticipest... Ce n'est pas ma faute si un beau
> soir il s'enfiiit avec une femme de cbam-
• bre , après avoir volé son père ! mais ,
> comme les hommes sont souvent injustes,
> le père me renvoya brutalement sans me
• donner de gratification!.... la volonté du
■ ciel soit faite eu toutes choses \ Je me dis : " Job en a vu bien d'autres... car lorsqu'il
...,.„G,„,alc
■ m'arrive un malheur, j'ai toujours Job de-
■ vaut les yeux t.. . Je végétai long-temps, • montrant l'écriture , le latin , les belles-
■ lettres. . . Je montrais enfin tout ce que je n possédais!... mais mes ressources s'épui-
■ saient, et mes Tëtemens s'usaient! si
■ bien que je ne sais pas ce que j'aurais fini » par montrer... Je me disais pour me con- » soler : Le prophète Isaïe a marché tout
■ nu ; mais cependant, comme je n'étaispas » prophète , je sonpirais après une culotte.
» J'étais dans cette situation lorsque je vins K k Senlis. Je me promenais assez tristement >> dans une rue où il y a une boutique de fri- » perîe ; je lorgnais en soupirant une belle
■ et large culotte noire , et je m'assis sur un
■ banc de bois, en face de la boutique, pour
■ la regarder plus k mon aise; nulle pensée Il illicite ne m'était venue à l'esprit ; je me » contentais de me rappeler cette maxime :
n Aide-toi , le ciel t'aidera ; mais le ciel ne n m'aidait pas du tout. Tout à coup voilà B qu'en voulant me lever, un clou, que je n n'avais pas vu , me retient par-dérrière ;.
n Buiinui.
> hélas! mon Têtemefit était trop mûr pour » résister! le meilleur morceau de ma cui> lotte reste après le clou , et je ne pouvais
■ plus marcher sans exposer aux regards des
■ passans les indignités de mon individu i 1 Je me dis : Ce clou est un avis de la Pro-
> Tidence ; elle m'ordonne de prendre une
* culotte chez ce fripier , afin de ne point
■ commettre d'attentats aux mœurs. Je m'a- » Tançai donc pendant qu'il ne passait per-
■ sonne ; je décrochai le vêtement néces-
* saire , et je courus dans une allée , où je
* m'en revêtis.
» £a sortant de l'allée , j'étais bien résolu 1 à me rendre chez le fripier , pour lui dire ;
■ J'ai été obligé de vous prendre une cu-
* lotte ; je tous la paierai quand le ciel m'ai-
> dera ; mais je ne sais comment il se fitque
■ je me trompai de chemin , et , au lieu de » retrouver la boutique du fripier , j'étais &
> l'autre bout de la vîUe , et j'allais en sortir » lorsqu'un homme me sauta brutalement
■ an collet, et m'arrêta en disant : Voili
■ mOo voleur ! C'était le fripier. J'eus beau
...Cccglc
76 u ruciLU
K lui dire : J'allais cli«z tous, cet itbbéciUe
» ne voulut pas me croire : il m'emmena {
■ oamemitenprisoQ. Uais ma défense étbit
■ bien simple : je dis aux juges : Oui, mes-
■ slêurs , j'ai préféré me faire arrêter à mon*
■ trer mon derrière... qui de vous n'en eût
■ fait autant? Je m'attendais à élre acquitté :
■ hélas! daDs quel siècle riTons-nous!
H La justice me punit de u'aroir pas laissé <• voir ina turpitude ! on me condamna à un M mois de prison. Je supportai patiemment » oétle nouvelle épreuve , en me disant :
K On a bien mis Daniel dans la fosse aux
■ lions!... et il n'y a que des araignées dans
■ ma cellule. Cependant mon aventure avait » fait du bruit; les âmes charitables me
■ plaignaient ; les femmes surtout ,. qui ain ment tant à exercer la charité 1... Ën6n, » lorsque je fus litwe, on me remit une col-
■ lecte qu'on avait faite en ma faveur, ainsi n que le produit d'une poiile jouJée A mon h bénéfice. J'étais dans, un oabaret, où je M mangeais tranquillement la collecte et la ■r poule ; lorsqu'un vieux paysan vint me
...Cccglc
■ BILUVILLK.
■ troDrer en me ^sant que ii maîtresse dé- » siraîtme.parler. Ce paysan était Grilloie;
* sa maîtresse maâempîselle BellaToînê. Je
■ me rendis sur-le-champ près d'elle. C'est
■ donc TOUS , me dit-elle , qui vous êtes &it » mettre en prison plutôt que de laisser Toit
* aux passans ce qui ne doit jamais être mis
* au jour? Je m'inclinai. Elle me tendit 1a
■ maio, et serra fortement la mienùe, en
* disant : Vous étesundigne homme... voiU >• un trait qui vous ^éve à mes yeux. .. Tenez,
■ monsieur, prenez cette douzaine de csle-
■ çons... ces dix écua*, et venez dtner eree
■ moi. Le lendemain , je me rendis à cette » flatteuse invitation ; j'avais mis quatre ca-
* leçons , les uns sur les autres , pour prou- » veràmabienfaitricelecasquejefaisaisde
■ ses dons; elle parut touchée de cette déli-
> cate attention. Bref, ma conversation , me«
> principes eurent le bonheur de plaire à
■ mademoiselle Bellavoine; elle meproposa » de rester près d'elle , d'être son régisseur^ » d'administrer ses affaires. J'acceptai avec
* reconnaissance; foilà deux mois que j'oc*
...Cccglc
78 LA FDCILLS
» cupc ce poste... dans lequel j'ai repris ud j< peu ' d'embonpoint , et j'ose croire que a Totre tante ne se repent pas de ce qu'elle a » fait pour moi. ■
M. et madame Troupeau ont écouté ce récit avec une profonde attention; ils paraissent plutôt surpris qu'enchantés. Cependant Troupeau, qui a mûrement réfléchi, finit par tendre la main & M. Baisemoo en lui disant : u Monsieur , un homme qui » préfère se faire empriaonuer à montrer » ^n derrière , et cela dans ua temps oi^ la • liberté est poussée si loin , est en effet un
■ homme rare. Vous avez mon estime , moDr i> sieur Baisemon, et je tous confie sans » crainte notre flUe , bien certain qu'avec
■ TouselleneTerrarien d'incivil. Ma femme.
»' monte près de notre fille, surveille ses ]• préparatifs , vois surtout si elle a une pro-
■ vision suËEîsante de caleçons, de fichus, » de guimpes, de pèlerines, afin que chez « notre tante sa tenue soit toujours aussi sé- H vère que décente. »
Madame Troupeau laisse son mari avec
...Gccglc
H BILUnUE.
le ^os Baîseraon et se rend à la cliambre de sa fille. Elle trouve la porte fermée; elle frappe en appelant Virginie, et cdle-ci répond k sa mère : » Ëscusez-moi. . . dans uae n minute je suis à tous. . . je suis en traiu de » changer de caleçon.... le mien était dé- » cbiré... ■
Or, irous vous doutez bien quece n'est pas pour cela quels jeune fille s'était enfermée; TOyons ce qu'elle faisait dans sa chambre.
En remontant chez elle , Virginie a com- ' mencé par se mettre à sa croisée , et cette fois ce n'est pas en vain que ses regards plongent dans la rue de Calais ; un grand jeune homme est comme en faction dcTsat la maison de M. Troupeau. Il n'a plus ni uniforme, ni moustaches, ce n'est plus le .cuirassier Ventre-à-Terre, c'est le beau Godibert redevenu simple bourgeois, mais toujours éprisdescharmesde Virginie; son absence de Belleville avait été beaucoup plus longue qu'il n'aurait voulu. Lejeunemilîtaire , forcé de faire tous les jours des démarches dans les bureaux de la guerre, n'a-
60 u nrcEU.1
vait pa retourner à BelleTiile où d'aiUeurà
il ne voulait reTenir qu'entièrement libre de
661 actions. Enfin, ayant son congé bipD et
dûment légalisé , il s'était hâté de retourner
dans le paya qui renfermait l'objet de ses
pensées.
Il avait été voir son oncle, embrasser sa tante et sa cousine, il avait salué Auguste qu'il avait trouvé là; puis les avait quittés pournea'occuper que de ses amours, et c'est pourquoi Virginie venait de l'apercevoir planté comme un piquet devant la maison de son père-
Après s'être assurée qu'il n'y a personne dans la rue , Vii^inîe se penche en dehors de ta fenêtre et crie à Godibert i m Qu'est-ce » que vous faites là, monsieur?
i> — Ah! mademoiselle!... c'est vous!...
» je vous aperçois enfin! il y a si long-
» temps que je guette pour.... — Chut!..." 1 taisezvousî... si vous aiinez à m'aperce- " voir ce n'est plus ici qu'il faudra venir j ■ demain matin je pars, je vais passer pta- » sieurs mois chez ma tante, mademoiselle
...Cccglc
BB MUITOLI. SI
■ Bellaroine qiii démeure iSenlis.... — A •• Sentis!.... çam'esté^alL..jeTOUsadore- » rai partout, mais chez cette tante estce » qu'on ne pourra pas... ^^ Jene sais pas ce n qu'on pourra, mais je sais que j'y mourrai n d'ennui sî personne ne vieut m'y distraire M uapeu.... Voilà du monde dans la rue....
■ adieu, sauvez-TOus!... »
Virginie s'est retirée de la croisée et Godibert s'éloigne en disant : « C'était pas la » peine que je louiasse hier une chambre à Il BellerïUe, car certainement je vais suivre
■ la petite!... Elle irait eu Chine que je ne N la perdrais pas de rue. h
Au bout d'un moment Virginie va de nouveau Via fenêtre s^assurer si Godibert est parti et savoir quelle est la personne qui passait j çlle aperçoit un jeune homme arrâté à plus de cinquante pas de la maison de son pèro' et qui , de I Jt , semble lui faire des siguM.
C'était Doudous, revenu de la veille, toujours amoureux mais toujours timide; les voyages ne l'avaient point enliapdi; il n'avait
". C=""8fc
83 u PDUUB
pas cessé de penser i Virginie , et il s'était dit : u Maintenant que je suis n^jeur je vais » me déclarer sans crainte. »
Malgré cela, arrivé près de la maison de M. Troupeau il s'était arrêté , il avait toujours peur du père de Virginie. Il se tenait à une distance respectueuse, secontentant d'alonger le cou et de poser la mainsur son cœur en regardant Virginie. Celle-ci reconnaît bientôt Soudons ; elle lui l«it signe d'approcher, mais Doudoux ne bouge pas.
« Est-ce qu'il est devenu imbécille? » se dit Virginie, u il me fait des bras' comme uo
■ télégraphe... Ah! je comprends... il n'ose
■ pas approcher... il a peur de papa... mais
■ moi, je veux qu'il sache que je pars de- » main et où je vais. »
. Virginie entend sa mère frapper 1 sa porte; au lieu de lui ouvrir, elle écrit avec un crayon ce qu'elle avait déjà dît à Godir bert. Il s'agit d'envoyer ce billet â Doudoux qtii s'obstine à rester loin. Virginie n'a pas de pierre dans sa chambre , mais elle a une carafe avec un bouton de cristal; elle prend
...Ccgic
SB BBIUTIILI. 8S
le bouton, l'eaTeloppe de son papier, et lance cela si adroitement à son timide amoureux , que le bouton de cristal casse presque k nez à Doodoux ; mais le jeune bomme lit le billet etsaute de joie , en se disant : •• Elle
■ m'aime! puisqu'elle me fait savoir où
• elle Ta!..... je la suivrai, car je suis ma- «jeurS
M, Doudoux baise le billet et s'éloigne en faisant mille folies et en saignant au nez.
Virginie a bien vite ôté son caleçon, elle lui fait une longue déchirure , en met ua autre , et va ourrir & sa mère , en lui disant :
■ Je TOUS demande bien pardon, maman, H mais TOUS arriviez comme mon caleçon
■ était déchiré... je ne pouvais pas le gar-
■ der... ça me faisait froid, et puis Ça me
■ semblait inconvenant. »
Madame Troupeau baise sa fille sur le front :
« — Tu es digne de moi , digne de ton !• père, digne de la haute destinée qui t'ato tend:., car tu dois arriTcr au plus haut
■ échelon de l'échelle sociale... Conserve
„.,„..GcK>glc
64 LA tDCELLl
B bien ta candeur; ton innocence, n'oui> blie jamais les principes sévèi'es dont
■ une femme ne doit point s'écarter, son* n peine de faire des sottises , comme cette » Adrienne , que. grâce au ciell tu ne vois M et ne verras plus, j'espère.,. . .
n^Qu'a-t-elle donc fait, .Adrienne, » maman?...
» — De grâce, Virginie, ne perlons ja- X mais de cette fille... je ne veux plus » même que tu prononces son nom. Sois H soumise et respectueuse avec ta tante, }t ne la contrarie en rien , porte deux cale-
■ çons'si elle te le conseille ; M. Baisemoa » a gagné son affection en en mettant H quatre; enfin, ma fille, n'oublie pas que
■ tu dois être son héritière , et qu'un grand » personnage a jeté les yeux sur toi, pea^- B dant que le feu était dans notre cheminée ;
* je ne t'en dis pas plus; mais cela doit
• suffire pour te faire regarder avec mépris B tout autre homme qui serait assez imper- B tinent pour vouloir te faire la cour, ce qui
■ d'ailleurs n'arrivera pas chez ta tante ,
". C=""8fc
M BELLKTILU. 88
» OÙ tu ne verra» que MM. BBisemon et . Grilloie. "
Après ce court sermon, madame Troupeau aide sa fille à. faire les apprêts de son voyage. Toute la journée n'est employée qu'à cela , et à donner à Vii^inie des conseils sur la manière dont elle doit se conduire chez sa tante ; et Vii^nie «écoute les yeux baissés , ne répondant^ que ) •> Oui , maman. »
Le lendemain , de bonne heure ,^le chcTal est mis à la carriole de mademoiselle Bella- Toine. On a porté dans la Toiture les paquets de Virginie, plus un pâté, un saucisson , du pain et plusieurs bouteilles de vin , dont M. Baisemon a dit qu'il était prudent de se charger; de cette manière, mademoiselle Troupeau n'aura pas besoin de descendre de voiture et d'entrer dans une auberge* ce qui a été expressément défendu par ses parens.
Virginie embrasse son père et sa mère, et monte lestement dans la voiture. H. et madame Troupeau ont l'œil humide en se
". t^""8fc
86 uncuu
téparsnt de leur fille , nuù ils se disent :
Il s'agit de »a fortune et de son aTenir.
BaîsMOoa a demandé an tabouret, afin de pouvoir se hisser dans la carriole ; mais auparavaut il a humlilèmeut salué M. et isadame Troupeau : •• Noos tous coofioos B notre trésor » dît Troupeau, on serrant la main du gn» régisseur. « — Voua le rc- « trouverez entier ( — Surtout , monsieur Il Baisemon, ne la quittez pas une minute n pendant ce TOyage. ~- Je serai constam- ■• ment sur son cUh. — Nos reepectuenses » amitiés à notre taate, nous attendrons ses a ordres pour aller rechercfao* notre fille.»
Baiseaon est parvenu & grimper dans la. voiture, Grilloie est sur sa banqueté.
a Adieu, papa, adieu, mamani » dit Vîrgiùe; etla jeunefiUeperd devuela maisoa paterndle.
DI BlLLlttUC.