CHAPITRE IV
PouA une jeuae fille qui n'a encore été que de Belleville au bois de Romainville , c'est un voyage que de faire onze lieues, et il y a  peu près cela de Bellefille à Senlîs. Virginie s'attend à voir des choses fort curieuses, des sites pittoresques, jusqu'à des cdstumes nonveaux , et elle tient presque sans cesse sa tête à la portière j car le cabriolet de la tante a deux petits carreaux pour voir de côté; je crois tous avoir déjà dit qu'il ressemblait paHfoitement & ce qu'on nommait jadis un coucou.
M. Baiseœon est assis prés de la jeune fitle i le cabriolet n'a que deux banquettes,
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et celle de devant est occupée par Grilloie.
Quoique la voiture soit large , l'éDorme corpulence du compagnon de Virgfînic remplit les deux tiers de la place. La jeuue fille, en s'avançant , en regardant au carreau ou en sepenchantà l'entrée du cabriolet, rencontre souvent le ventre, les bras ou les jambes de son voisin, auquel elle donne incessamment des coups de coude , en s'écriant : ■ Mon » Dieu, monsieur, que vous êtes gros!... « Baisemon répond d'un air d'humilité, et en souriant i chaque coup de coude qu'il reçoit : •• Il est vrai , mademoiselle , que la i> Providence me traite grassement, et me ■ comble de ses faveurs ! — Est-ce que vous B ne pourriez pas vous reculer un peu, n monsieur? — Afademoiselle , mes super- » ficies sont accolées contre les parois de la » voiture , je ne puis les acculer davaa- H tage. — C'est que j'aime à pouvoir remuer, » moi. — Remuez tant que cela -vous sera R agréable, mademoiselle, ne craignez point u de me frAler avec vos hanches et votre » coude, je recevrai tout cela comme pain • bénit! .
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DE lEUEVILLE.
Virginie ne dit plus rien , mais elle continue de se pencher , de s'aTancer et d'envoyer son bras dans le nez de son Toisia.
Cependant ta campagne ne change pas comme le supposait la jeune voyageuse, les champs, les arbres sont presque partout de même, les paysans aussi hâlés , les rouliers aussi insolens, les TÏHages aussi mal propres, et Virginie , ennuyée de se pencher pour ne TOir que cela , se tourne vers son compagnon, en disant :
» Ça n'est pas aussi amusnnt que je croyais » de voyager; est-ce que d'ici chez ma tante
■ nous ne verrons pas autre chose que cela, » monsieur? — Nous verrons le village de
■ Vauderland, qui est très-laid, celui de » Louvres, où l'on fait de fort bon ratafiat. . . » — Mais des torrens , des précipices , des » rochers, des cascades.... j'aimerais mieux » voir cela que du ratafiat. — Nous n'en
■ trouverons pas d'ici à Sehiis, la campagne
■ est plate et il n'y a point d'accident de ■ » terrain, cequiest beaucoup pluscommode
i> pour aller en voiture, que les pays pitto-
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- resques et montagneux. — Où donc faut- » il aller pour Toir toutes ces choses cu-
■ rieuses que je brûle de connaître? — Ah!
■ mademobelle, it y a bien des pays où tout
■ voussurprendraitI..£nRu8sieTOUSTerrie2
• de la glace, des traîneaux, des paysans qui
■ sont serfs qui font de trè»4>ons maris ; des i> cosaques qui ne portent pas de cfaernises i> et encore moins de caleçons, et des do-' H mestiques femelles qui se couchent où elles
• se trouvent, au milieu d'une chambre, sur
• un escalier, pour ne point avoir- la peine
> d'aller chercher leur ht. Si tous pouviez » pousser jusqu'en Chine, et si vous parre-
• niez à escalader la muraille de plus de.
' quatre cents lieues qui sépare ce pays de H la Tartane , vous verriez les habitaUs du « Pékin, de Nankin, de Fokien, de Canton
• et tant d'autres provinces, très sévères sur
> le chapitre des saluts et des révérences,
• et tenant leur index en l'air pour danser.
• Si vous tourniez vos pus vers la Guiane ,
• pour visiter despaysdesOmaguas, vous ver- < riez le naturel du pays faire usage de 9e-
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■ ringues qui ont la forme d'une figue, qui
■ sont sans piston, mais faites avec une ré-
• àae élastique. Pour en faire usage, il suffit
■ de les presser, ce qui me ferait croire que
> ce sont les OmagUBS qui nous ont donné
> l'idée des clysoirs. Si tous arien envie
■ d'aller en Bofaème, tous 7 irooTeriex des
• gens qui Tendent du baume , guérissent
■ la gale, dont ils sont couverts, disent la
• bonne srenture , et Tolent des poules.
* — Oh I je ne Veux Toir ni des seringues
• en résine , ni des Toleurs de poules ! Est-ce i> que TOUS avez été dans tous ces pays-là ,
■ TOUS, monsieur Baisemon? — Mon, ma-
• demoiselle , ce que je tous dis , je l'ai lu , » et ce serait une raison pour ne pas me
■ croire , car les livres menteut souvent.
» Moi, je n'ai pas le goût des voyages , je
■ préfère le coin du feu et une bonne table, « choseque l'on trouve difficilement en cou-
> rant le monde. Mademoiselle , tous serait-- ' • il agréable que nous disions un mot au
» pâté et au saucisson? — Mangez si tous ' voulez , je n'ai pas faim ; d'ailleurs , est-ce
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