‹ La pucelle de Belleville (volume 2)Chapitre 8 sur 28 · LA Kent · texte numérisé non relu

LA Kent

» que l'on peut mangar dans une voiture?

" — Cela n'est pas aussi commode que de- » Tant une table; mal^ cela on le peut et . ».oa y trouve même du plaisir... — Pour- " quoi, en traversant un village, ne descen- N drions-nous pas dsns une aubei^e , nous y » ferions notre repas plus à notre aise. — » Mademoiselle , je suis désolé de ne point » obtempérer à vos désirs, mais j'ai des or- » dres , et je dois me renfermer dans mes « instructions. — Qu'est-ce que cela veut » dire? — Que nous ne nous arrêterons pas,

■ si ce n'est par moment, pour laisser souf-

■ Ber le cheval, mais que vous ne descen- » drez pas de voiture avant d'arriver chez H votre tante. — Gomment: je ne descendrai » pas de voilure?.... mais si j'ai besoin d'en » descendre, moi? — Vous n'aurez pas be- » soin , puisque nous avons de quoi boire et

■ manger. — Mais , monsieur, on peut avoir n besoin d'autre chose... — Quand vous se- » rez chez votre respectable tante... — Ah!

» par exemple ! c'est trop fort s'il faut que » j'attende jusque là ! »

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Et Virginie se rejette avec colère dans le food de la voiture au risque d'étDu£Fer sod Toisin ; mais celui-ci supporte avec une extrême patience les petites vivacités de la jeane fille. Il se-contente de se dire : v Elle > D'est pas aussi douce qu'on me l'avait an- ' nonce ! »

H. Baisemon a tiré les provisions d'un panier, il se coupe uue large tranche de pâté qa'il savoure avec délices, l'humectant de temps à autre avec un verre de vio. Virginie recommence à regarder aux carreaux et à se pencher pour apercevoir sur la route s'il ne hii vient pas des compagnons de voyage ; mais elle ne voit pas venir ceux qu'elle démit, et cela lui domie de l'huoteur; elle se rejette à sa place au moment où Baisemon porte son verre à ses lèvres , ce qui lui tait renverser le via sur son gilet ,- mais le gros homme se contente de s'incliner et de sourire en murmurant : « C'est un léger mal- ■ heur; nous avons plusieurs bouteilles. »

Tout à coup Virginie s'écrie : •■ Monsieur • Baisemon , il me parait que pourvu que

93 LA niCILLE

■ TOUS ayez ce qu'il vous faut , le reste tous • est égal?

■ — Comment ! mademoiselle , n'ai-je » pas eu l'honneur de tous offrir... — Oui , » h m<H ; mais ce pauTre Grilloie qui n'ose H rien demander et se contente de tourner

■ la tête d'un air piteux , est-ce qu'il ne faut H pas qu'il mange, tut? — Hademoiselle , » c'est que Grilloie tient les guides ; il cDn*

■ duit, et je ne Tois pas comment il ferait

■ pourmangerenœémetemps. — Etàcause n décela, tlfaudraitqu'iljeûnâttoutlelong

■ de la route. Grilloie , arez-TOus faim?

■ — Oh ! oui, mamzelle, » répond le TÏeuz paysan , en se tournant d'un air malheureux Ters Vii^inie. « — £h bien , arrêtez un mo- « ment , et mangez. »

Grilloie ne se fait pas répéter cet ordre.

Il arrête... On est alors sur la grande route «ntre le Bourget et Vauderland. Baisemoa murmure : » On nous avait défendu d'arré- » ter.... Uais enfin, comme mademoiselle » ne descend pas.-. // est avec le Ciel de»

■ accommodement!... Et puis le cheval mau-

...Cccglc

M Biumut.

» géra aussi pendant ce temps-là, et je ne s crois pas qu'il tasse ses repas en trottant. ■ GriUoie descend donner de l'avoine à son ^eral ; ensuite il se met k dévorer du pité et du saucisson; Baisemon ne semble pas prêt à cesser de jouer de la mâchoire. Virginie se décide à faire comme eux , en se disant : . « Après tout , si ces messieurs ne me » suivent pas, ce n'est point une raison pour

■ en perdre l'appétit.

K — Ma^-'^moiselle , vous serez contente B de ce pâté, » dît Baisemon, en servant la jeune fille. » — Il me parait au moins que

■ TOUS le trouvez bon. — Oh ( moi ce ne

» serait pas une raison! Je ne suis pas

Il dîfiiciie... J'aime les bonnes choses; mais <t lorsqoejenepouvab manger que dupain

> sec , je me disais pour me consokr : le

■ prf^ihète 'Ëzéchiel a fait de plus mauvais

■ repas... Vouâsavez, mademoiselle, ccque n teSeigneur lui ordonnademangersurson

> pain, en guise de raisiné? — Mon Dieu, » cela m'estbienégaH..- Qu'est-dequivient

> donc lâ-bas?.. . N'est-ce pas un homme i » cheval?

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i> — Non, mademoiselle, ■ dil Grilloie , " c'est une vache cooduile par une paysanne.

» — Allons, Grilloie, dépêchez-yous de n manger, mon brave garçon, car il ne faut ■ pas nous arrêter long-temps. . . Volreche-- « val n'a plus faim.

n — Hais, monsieur fiaisemoo, pourquoi » donc pressez-vous ainsi ce pauvre Grilloie, n il me semble que vous ne vous bâtezguère n de finir, vous? — Mademoiselle, c'est bien H différent! moi, je n'ai pas ^utre chose à « faire, mais il faut que Grilloie conduise; » il est déjà près de midi, les jours sont fort K courts, nous avons encore beaucoup de » chemin A faire, et ilne serait pas agréahje >• d'être surpris par la nuit, n

Grilloie repasse le mors à son cheval , remonte sur sa banquette, se fourre dans la bouche UD énorme morceau de croate de pâté, puis fouette l'animal, et la voiture part. M. Baisemon a enfin terminé son repas; il semble très-disposé k s'endormir.

Vilenie ne cherche pas à l'en empêcher.

Elle remet sa léte â la portière et regarde si

„.,„..G.K,yl.

Dl tllUVIlLK. 97

Doadoux ou Godibçrt se dessinent à ITiofizon.

Il y a une demi-heure qu'on roule de nouTeaa. Baisemon s'est endormi et lorsque par hasard Vii^nie le pousse, il se coatente de balbutier : « Ne vous géaez pas , made-

• moiseUe , faites comme chez vous. ■ Virginie croit enfin apercevoir dans l'é-

lotgnement un piéton qui feit tous ses efforts pour rattraper leur voifure. Aussitôt elle frappe ,sur l'épaule de Grilloie, en lui disant : « Arrêtez, Grilloie, je veux descen-

■ dre. — Mais , mademoiselle, c'est que...

■ — Je TOUS dis d'arrêter, j'ai besoin dedes-

■ cendre, "

Grilloie arrête , ce mouvement réveille Baisemon qui s'écrie : « Qu'est-ce donc ?

■ qa'y o-t-il?.., pourquoi ne roulons-nous

• plus? — Parce que je veux descendre pour

■ quelques minutes , monsieur Baisemon.

■ — Mademoiselle , c'est impossible ! . . cela

• m'est expressément défendu. — Monsieur , « je vous répète qu'il feut que je descende; > TOUS devez bien deviner pourquoi , et il

iir. 9

......Ccglc

» estridiculedemereteDlrplusloDg-temps.»

Sans en écouter davantage , Virginie ouvre le-devant du cabriolet et saute en bas ; alors Baisenton enjambe avec efibrt pai^ dessus les banquettes et se laisse glisser à terre, en disant : « Ce n'est pas un voyage i> d'agrément dont on m'a châtié Iji ! . . . »

Virginie s'est dirigée vers un petit bois qui est près de la route ; au moment de se baisser c(»itre un buisson , elle aperçoit Baîsemon qui est derrière elle.

' ■ — Comment , monsieur, vous êtes U \...

n vous m'avez donc suivie? — Certaioement, B mademoiselle. — Hab vous voyez bien » que cela me gène... — Mademoiselle, ît t m'est ordonné de ne pas vous perdre de » vue jusqu'à ce que je vous ai remise aux

■ mains de votre digne tante. — Honeieur, » ce n'est pas une raison pour être sans cesse » surmondos... etm'épierdanstouteames

■ actions. — Mademoiselle , feites comme * sijen'étaispas là... Oatlos hahent, ei mm

■ vûiebunt. Je vous regarderai et je ne ver- » rai rien. — JHsts c'est une tyrannie que i> cela N

......Ccgk

Vir^nîe retourne vers la voiture , en se (lisant : ■ Ah, monsieur le comte ! c'est tous •• qui êtes cause que l'oa m'espionne ainsi!... » TOUS me paierez tout cela, ■

Pendant ce temps le piéton a rejoint la Toiture, il s'est arrêté contre un arbre. C'est Godibert en costume de voyage , une canne aur l'épaule et un petit paquet au bout.

Virginie le voit , le reconnaît , lui adresse un l^er sourire et remonte vivement dans la voiture ; Baisemon en fait autant avec l'aide de Grilloie qui lai sert de marche-pied ; on se remet en route.

Vilenie a repris sa gaieté depuis qu'elle a vu Godibert. Elle désire savoir s'il suit la voiture ; mais au moment de mettre ta tète en dehors du carreau elle aperçoit une main qui vient s'y présenter. Godibert était monté derrière le cabriolet , et il voulait faire connaître à Vii^inie qu'il était près d'elle. Celleci se penche, le grand jeune homme en fait autant; ils peuvent se regarder, se parler même : « Prenez bieii garde de tomber ! n dit Virginie à demi-Toix. — • N'ayez pas

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100 LA FDCULE

■ peur!,,. — Vous êtes bien mal là! — Un

■ ancien soldat n'est pas difficile; ça secoue " on peu , mais on suit le mouvement. <>

Et Godibert se penche encore plus pour mieux voir Virginie , au risque de tomber sous ta roue sur laquelle il balance son corps; mais dites donc à un amant d'être pFU-

dentt quand il le sera, c'est qu'il aura

cessé d'être amoureux.

Baisemon entr'ourre un œil en disant ::

1 II me semblait que mademoiselle me faî- » sait rbonneur de me parler ? — Il vous a <• mal semblé , monsieur... — J'ai entendu.

» pourtant... — Si je veux parler toute seule; » est-ce que cela m'est détendu aussi? — » Non , sans doute , mademoiselle , mais » quand vous désirerez causer je me ferai n un devoir de vous répondre. — J'aîate •• mieux parler toute seule et vous voir doi^ » mir.— Alors, c'est donc pour vous obéir.»

Baisemon renferme les yeux ; Vii^inie remet la léte à la portière. Godibert s'avaoce de nouveau de son côté :

> On vous* emmène chez votre tante .

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DI IBLLIVILLI, 101

» mademoiselle? — Oui, — Est-ce une bonne » femme? — C'est une vieille fiEle, méchante » comme la gale. — Diable!... tous laissera- » t-elle un peu de liberté. — Pas du tout.

H — Croyez-Tous qu'elle voudra bien me » recevoir? — Non , certainement , 'ni vous, i> ni aucun homme au-dessous de cinquante » ans. — Jolie consigne ! Je veux vous voir, ■ cependant^ je ne vous ai pas suivie seute- T> ment pour regarder la maison de votre » tante. — On cherche , on iovente , on ima- » gine....

» Mais hue donc 1 Cocotte, hue donc!...

» quoi qu'elle a donc à c't'heure cette béte. .. " elle n'avance qu'au petit pas... comme si w j'élions plus lourds que tout à l'heure!. . . »

Et Grilloie alonge des coups de fbu^t.au cheval qui n'en va pas plus vite. Baisemon ouvre les yeux en s'écriatit :

•I Qu'est-ce que c'est... comment Grilloie » vouavous arrêtez encore... — Non, mon- " sieur, c'est Cocotte qui rechigne... à peine • si elle trotta., je Iafouette,oa n'y faitnon... » — Vous lui aurez trop donné à manger!, . .

» — Oh ! que nenni!... Hue donc, pares- » seuse! »

Grilloie ne se doute pas que quelqu'un est monté derrière la toiture; de sa baa^ quette il ne voit pas au-dessus du cabriolet, et comme il n'y a pas de carreau dans le fond, le nouveau voyageur peut impunément se faire rouler; malheureu sèment en passant à côté de la carriole, un roulier dit à Grilloie : "Tapez derrière, tapez, mon n vieux!

u — Ah I oui-dâ ! il parait que quelqu'un » est monté sur not'derrière , >< dit Grilloie, M je ne m'étonne pas si Cocotte trotte sous n elle et sue tant...

» — Il faut inviter l'individu à descen- ■ » dre , " dit Baisemoa. « — Xvas l'y inviter h * coups de fouet!... — mauvais moyen!

n mieux vaut douceur que violence. »

Grilloie tâche d'attraper avec son fouet le derrière de la voiture, mais il ne peut y parvenir.

H Voulez-vous finir , Grilloie , » dit Virante, «c'est un pauvre enfant, un petit sa-

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U BULIVILLI. 103

■ voyard qui est monté \h pour se reposer

> ua peu, je tous défends de le battre ce

• paurre petit!... — Mais , mainzeUe... Co-

> cotte... — Votre Cocotte n'en mourra pas,

■ elle est bien de force à nous conduire

> tous.... fouettez-la ferme... mais si tous

■ refbuettez derrière vous n'aurez plus de «pâtér»

Cette menace ferme la bouche k Grilloîe, etc'est Cocotte qui est fouettée parce qu'elle a quelqu'un de plus à traîner.

La voiture aTaace, mais lentement; Baisefflon murmure de temps à autre : •■ U parait

• que le petit savoyard s'obstine i ^ire

• route avec nous... n Grilloie hausse les épaules; mais il n'ose plus rien dire.

Au bout d'un certaintemps, M.Baisemon, qui , en voiture , ne sait que manger ou dormir , ouvre les yeux , en disant : •> Il me K semble que nous ne ferions pas mal de

■ dire un second mot au pâté... Est-ce yo-

• tre avis , mademoiselle? »

Virginie se mord les lèvres en riant , puis répond : w Je ne vous ai jamais empêché do

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LA PECULE

» manger, monsieur; je ne suis pas coinm& » TOUS, qui me défendez tout. — Hademoi- D selle , je ne suis ici que l'instrument de la « Tolonté des autres ; je n'agis plus de mon » chef depuis bien long-temps!... Fustigez- » moi si je tous mécontente ; mais permetn tez que j'-obéisse à tos parens. — Oh ! je ■ n'ai pas envie de tous fustiger ! — Alors, » ToyoDS le pâté. »

Et M. Baisemon prend le panier qui est sous leurbanquetleiilentiretesproTisions; mais il reste tout ébahi en développant la serviette qui cache le pâté de ne plus trouver que des morceaux de croûte ; un perdreau et trois mauviettes, qu'il avait laissés dans l'intérieur, ont disparu avec tout ce qui tes entourait.

M. Baisemon devient presque pâle; il balbutied'un air consterné : •' Qu'est-ce que <> cela signifie? mademoiselle a donc fait » un autre repas pendant mon sommeil? — - H Moi ,- monsieur Baisemon , je n'y ai pas » songé! — Certainement mademoiselle en n était la maîtresse; mab elle n'aurait pas

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OBBILLETIUK. lOS

n mangé tout t'intérieur qui restait... C'est 1. donc TOUS, Grilloie, qui tous êtes permis » de manger sans moi?... »

Grilloie tourne la tête d'un air hébété, en disant : « — Moi ! j'ai mangé ?. . . moi l j'ai

Il touché à Tol'panier Pardi! mamzeEle

i> sait bien que non '..,,

" — Je ne sais rien , » dit Virginie , « car i> j'ai dormi un petit peu au»si. — Ah! mam- » zelle, par exempte.... tous savez bien " que...

n — Cliut!.,. c'est assez, Grilloie, • reprend BaisemoD ; u prenez donc garde à 11 Totre cheval... Vous nous menez sur un » tas de pierres... C'est singulier, le saucis- » son aussi a diminué... et je ne trouve plus i> qu'une bouteille pleine; j'en avais laissé

■ deux... — Vous vous serez trompé , mon- » sieur Baisemon. — Oh! non, mademoin selle... Si je pouvais regarder à mes pieds >• sous la banquette , mais cela m'est impos- » sible. — Ce serait inutile ; je vous assure " qu'il n'y a rien. — Je vois ce que c'est!...

■ .mademoiselle est si bomie ! elle aura roula

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106 u nrcBUK

« réconforter le petit savoyard qui est der- " nèrenous!... — Je n'y ai pas seulement » pensé!... — Enfin, mademoiselle!... i'n»

* dederat, Deua aistuiit... Noua ai\ODsman- » ger les restes, et nous ne laisserons plus

■ rien , de crainte <que cela ne disparaisse » encore. «

BaisemoD ponsse un gros soapïr, mab il «?ale la croûte de pâté, et Virginie jette un petit coup d'œil du cAté du carreau , en se disant : •> Vous Terrez que j'aurais laissé <• jeûner ce pauTre innocent pour ce gros n butor-là!.. S'il avait pu manger toute la » croûte aussi , je la lui aurais donnée. »

Grilloie entend que l'on mange et q^ue l'on ne pense pas à lui- Il tourne ta tële à chaque minute ; il tousse, maison ne lui dit rien ; alors au lieu de stimuler Cocotte , il In laisse n'avaDcer qu'à sa Tolonté, et bientôt la volonté de la jument est de s'arrêter.

•1 £h bien! Grilloie, pourquoi donc ce

■ cheval ne va-t-il plus? » demande U. Baisemon, en se versant le reste du vin.

■ —-Pardi ! i'n 'va plus parce qu'il a feim . . .

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H BKumLU, 107

1 et quaiid les aaimcux ont le rentre ride,

■ c'est ni pus ni mmiis aussi moD que les » hominâs. ■ . Faut que j'tui donne du lom k » c'te béte... Et puis, je vois là-bas un petit " cabaret. . . J'va tâcher d'y trouver queuque » chose pour loci... puisque tous ne me X laissez rien !

» — Toujours des retards ! mon brave » Grilloie, je suis fâché de Toir que tous •> De songez qu'à satis&ire Totre intempé- » rance.... mademoiselle BellaToine tous " reproche d'aimer ou peu la bouteille, je » crains qu'elle n'ait pas tort! Enfin, puis-

■ qu'illefaut, arrètms un moment, mais le » moins possible , je tous en prie , car il se » fait tard, et je ne voudrais pas, à cause " de madnnoîseile Troupeau , que nous fus- " siens encore en route la nuit. — Oh I c^ » m'est égal, monsieur Baisemon, je n'ai " pas peur, moi. — Alors, atademoiselle , > je serais obligé d'aToir peur pour tous , et », cd» reyiendrait au même. »

La Toiture s'arrête derant l'entrée d'un petit Tillage. Grilloie descend , son premier

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108 U VDC1U.B

soin eat de passer derrière la carriole. Godibert est déjà descendu , et assis contre un arbre; la tête sur son paquet, il feiot de dormir.

• — C'est bien singulier ! ■ dit Griltoie en fEÛsaat plusieurs fois le tour de la voilure , " je ne vois pas le petit savoyard 1...

« — C'est qu'il nous a quittés, » dit Virginie , en s'efforçant de ne pas rire.

•' — Comme dit mademoiselle, • reprend Baisemon, ■ c'est qu'il nous aura quittés...

■ Je ne vois rien d'étonnant à cela.

■ — Oui!.... v'ià là-bas, contre un ar- » bre... UD grand gaillard qui dort... et il » n'était pas là quand j'avous passé dans » l'instant.

i> — C'est que tous ne l'aurez pas remar- » que, » dit Virginie, ■■ il fellait qu'il y fût, H puisqu'il est endormi.

H — Mademoiselle raisonne comme Mi- II nerve; puisque cet homme dort, c'est K qu'il est là depuis long-temps.... Allons,

■ Grilloie, donnez l'avoine au cheval , et dé- » péchez-vous. »

devsuxtule. 109

' €ril)ote ne dit plus rien ; il se contente de bougonner entre ses dents , et après avoir donné ce qu'il faut à Cocotte , il se dirige Ters une petite maison du village j d'où il.

revient bientàt avec une bouteille , une énorue miche de pain , et un morceau de fromage ; il mange cela sur le bord de la route , ayant toujours les yeux attachés sur Godibert , <pii ne bouge pas.

* — Allons , Grilloie , macte , puer, macte » animo, » dit M. Baisemon, quia terminé tout ce que contenait le panier, u j'espère

■ que cette lialte est la dernière . . . combien D avons-nouS encore de lieues à faire? —

■ Quatre bonnes , au moins. . . — Et l'on di- B rait que le jour baisse déjà... il fait nuit

■ à cinq heures â présent!... mais votre che- <• val a bien mangé ; il me flatte que nous » irons plus vite. — Oh! oui , si nous n'avons

■ plus de savoyard derrière nous. »

£n ce moment , oo entend le galop d'un cheval. Vilenie met sa tète en dehors; on cavalier s'avance ; c'est un jeune homme ; il approche , elle le reconnaît : c'est Sou-

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liO uk menu

doux qui arrÏTe à firanc-étrier sur im joli

cheval anglais.

•• Bon '. ?oiIi l'autre !» se dit la jeane fille ; » oh ! tela va être encore plus aam-

« SBQt ! «

£a a[^ochaDt de la carriole , Doudoux 8 ralenti l'allure de son coursier , il ne va plus qu'au pas , lorsqu'il est contre les Toy»' fleurs ; mais il défisse la Toiture , afin de s'assurer si elle renferme celle qu'il cherche; ses yeux n'ont pas. besun de plonger aous le cabriolet, Virginie était penchée versl'entxée, et tandis que M. Batsetnon retourne et rq>lace un grand rond de cuir sur lequel il asseoit son énorme rotondité , et que Grilloie remet le mors A Cocotte , Virginie foit un ^cieux saint â Doudoux , qui manque de tomber , en voulant , par sa pantomime , exprimer tout ce qu'il ressent.

■ Voilà qui est fait , • dit Grittole , en remontant sur la banquette , « Cocotte trottera iH ferme ou nous aurons du malheur! •

On se remet en route. Cocotte va bien quelques portées de fusil; mais elle ralestit-

......Gccgk

BI BILLITIUE. 111

Uentât soQ pas. Doudoux trottait en se tenant presque tqujours près de la voiture, «t de temps i autre il regardait dans le cabriolet, .

■ Voilà un Toyageur qui ne va pas

* mieux que nous , ■ dit Grilloîe , - et cei> pendant il a un joli dieval ! . . . C'est éton-

■ nant, il galopait si bien pour nous rat-

■ Iraperl...

■ — Allons , Grilloîe , au lieu de vous

* occuper de tout ce qui se passe sur la

■ route, tâdiez de nous mener mieux que

■ celai, ,. ■

Après avoir dit ces mots, M. Baisemoa laisse aller sa tète en arrière et ferme les yeuï, alors Vir^nie regarde par son carreau; Godibert a repris sa place derrière. Il se peache vers elle et lui dit : ■ Qu'&st-ce > que c'est donc que ce petit monsieur qui

■ trotte constamment à câté de nous? il ne K faitqueregarderdaoslecabriolet... Est-ce

■ qu'il vous connaît, mademoiselle? — Oui, » c'est un jeune homme de Belleville... —

■ Âhl ahl est-ce pour foussuivre qu'il trotte

". '^""gi'i

• là?... — Je n'eu sais rien, est-ce quêta » route pas libre ?„. — Oui, mais je ne veux

■ pas qu'il tous regarde si souvent. Si le ca- » ralier ne finit pas, j'irai tirer la queue k » son cheval.... — Est-ce que vous êtes raé-

■ ch«it, monsieur Godibert? — Non, ma- ' demoiselle, je suis doux comme miel. Mais » ee jeune homme se tient très-mal à che- H Tal, et j'ai envie de lui donner une leçoa » d'équitatioo. •

Pendant que les jeunes gens se parlent , ils ne se sont pas aperçus que la voiture s'ar rétait; le vieux Grilloie, qui a toujours des soupçons , vient de faire &ii>e halte à Cocotte , ensuite il est monté debout sur sa banquette, il a aperçu Godibert, et il semet à crier de toutes ses forces : « J'en étais » sûr ! ... C'est ce grand dormeur qui est der-

■ rière notre cabriolet!... C'est pas du tout B. un petit savoyard! Je ne m'étonne plus » que Cocotte tire si mal !... *

Baisemon, réveillé en sursaut parles-cris de Grilloie , se frotte les yeux en balbutiant : •I — Estrce que nous versons , Grilloie? —

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DE-HELITILLI. 113

» Non , monsieur ; mais c'est uo g^aad gail- » lard qui est moaté derrière... Dites-donc, " là-bas!... roulez-vous bien descendre!.,,

■ Est-ce que tous avez payé pour être là? »

Ces mots s'adressaient à Godibert; il se

contente de rire au nez de Grîlloie.

K Voyez-Tous cet insolent ! il me rit au

* nez, etil ne bouge pas !... Dites-lui donc » de descendre, monsieur [ •

Baisemon essaie de passer sa tète à trarers un carreau ; mais il n'en peut venir à bout.

Virginie dit à Grilloie : » — Toilà bien du

* bniitpour peu de chose!... que nous im- » porte qu'il y ait quelqu'un derrièce nous?

» cane nous gène pas... — Et Cocotte, ma-

■ demoiselle? — Ehf mon Dieu ! fouettez- K la ! . . . — mademoiselle Troupeau a raison ,

■ Grilloie, vous nous arrêtez sans cesse

H et le jour baisse,... Priez encore ce voya- » geur de descendre, et s'il n'en fait riéu...

* ma £}i, allez toujours.

» — Monsieur, voulez-vous descendre,

■ s'il vous platt? ■ dit Grilloie en remontant debout sur sa banquette?

...Cccglc

114 u nciLEi

■ — NoD , mon petit vieux , je ne descen<- K drai pas. Allez , Totre Iraîa , et ne tous ar» n rëtez plus pour moi. ■

Griiloie se rasseoit de fort maoTaîse hu" meur, et il fouette Cocotte à tour de bras, en disant : « C'est commode de voyageP > comme ça ! <>

Doudoux s'est aperçu que Virginie parlait k la personne qui est derrière la roitare ; maïs il croit que Godibert est un domestique, et il oootinue de ee tenir près du cabriolet: si Cocotte, stimulée par le fouet, prend un trot plus précipité, il pousse son cheval ; si la jument se ralentit , il retient sa monture : enfin il est toujours là , regardant fréquemment dans le cabriolet.

Le jour baisse, on est alors sur une grande route, où l'on ne rencontre aucune habitation. Griiloie tourne la tète du côté de Baiscmon , en disant à Toix basse : ■ Monsieur,- ■ saveZ'Vous bien que tout ceci n'est pas » clair? »

■ — Quoi! Grilkiie? qu'est-ce qui n'est » pas clair? » répond Baisemon en se fret-' tant les yeux.

". '^""gi'^

H BELLEVIILI. 116

«-^ CommeQt, monsieur, tous noremar-

■ quez pas que T'ià uo homme à cheval qui

> s'obstine à rester à cdté de nous... ni pus,

■ ai moins que si nous étions des prisoa- » mers qu'il escorte... — Vraiment... C'est 1 donc toujours le même homme à cherd

• qui trotte prés de dous? — Oui, monsieur,

■ si Gocotle prend un élan... crac ! il se Isace ) aussi , si c'te béte s'endort , le r'ià qui rc-

> tient son cheval... et puis, itout instant, " il tourne la têtej on dirait qu'il veut plon- ' ger dans le fond de not'voiture. — En

• efifet... c'est assez singulier... — Et puis

■ c't'aulrequi est derrière, peusez-vous que

• ce ne soit pas aussi pour queuque chose

> qu'il se soit campé là... £tteDez,jegagc- » raisqu'il s'entend avec celui qui esta che-

■ Tal... ils se regardent tous deux ; ils se font » des signes.... Ces deux hommes-li ont de n mauvaises intentions , monsieuri...

» — Ah! mon Dieu! Grilloie, tous me

• domiez des inquiétudes. . . Mademoiselle ,

> connaîtriez- TOUS par hasard ces messieurs ' qui veulent nous escorter malgré nous? —

...Cccglc

11^ u menu

» Uoi! monsieur Baisemon , je ae lésai

» jamais vus. — DiaMe... tant pis... et voili » qu'il fait presque nuit. Sommes-nous en- » core loio de Senlis, mon bon Grilloie? — u A peu près de deux lieues... — Fouettez i> votre cheval , mon ami , fouetter ferme !' . . i> et cette route est fort déserte... Ab! mon i> Dieu!... je n'ai plus envie de dormir...

-t Fouettez donc! Grilloieï — EW mot^é!

" pus je la bats, moins elle avance... et, tei> nez, voyez-vous, v'Ià l'autre qui ralentit » son cheval , parce que nous allons doun cément! — C'est vrai... il revient près de ■ nous... — r vous dis que ces deushommes- » là sontdes voleurs : ils attmdent qu'il fasse » plus nuit, et alors... dame! gare à nous!... N — Vous me faites frémir, Grilloie; made- " moiselle, que pensez-vous que nous den vions dire? — II me semble qu'il &ut tou- II jours avancer. — Et si ces deux hommes » nous attaquent tout à l'heure! — Vous me

» défendrez, j'espère vous êtes deui

» aussi !... — Mais nous n'avons pas d'armes... u et ces gens-là en ont sansdoute plein leur

...Cccglc

" pocbe., . — Oh ! oiri , le cavalier a de ffros » pistolets aux arçoos de sa selle... — De » gros pistolets!... Grilloie, avez-Tous une

■ arme , mon ami? — Je n'ai que mon cou- » teau. — N'aroir pas une pairede pistolets!..; » C'est impardonnable de voyager sans » armes ! nous n'avons presque point d'ar- " gent sur nous, nous le leur abandonne*

■ roDs. — Et mes effets, monsieur, est-ce H que vous croyez que je veux qu'on mêles » vole, moi!... non certainement; on m'a " confiée à voua, et tous devez me défendre, » moi et tout ce qui m'appartient. — Ah!

» quel voyage! je doute que Job se soit

n jamais trouvé dans une situation plus n cruelle.. .et voilà qu'il est tout4-foit nuit!... .. Fouettez donc, Grilloie. — Et s'il y a des » ornières?... — C'est égal , il faut éviter le

■ danger le plus grand. »

Il n'y avait pas de lune ce jour-lÀ, et pas une seule lanterne au cabriolet de mademoiselle fiellavoine, parce qu'elle n'avait jamais voyagé la nuit. Cependant Grilloie pousse tant qu'il peut la jument^ car l'obscurité

1)8 LA PCCXUB

augmente sa teiretir et celle de Baisémoif; le trot mesuré du cheval de DoudouE reteotit cODliQuellementà leurs oreilles, et pour achever de leur tourner les sens, Godibert se met à siffler un pas redoublé.

<i Monsieur, entendez-vous le sifflet? » dit GriUoie d'une ïwx Iremblotante. « — Oui...

» oui... j'entends... fouettez donc, Grîtloie... » Tâchez que Cocotte prenne le mors aux » dents... c'est notre «eule ressource... — Je f' n'si plus de force, monsieur , je n'sais pus » ou j'en suis, »

£t te vieux bonhomme laisse échapper les guides de sa main, et il fouette toojonn Cocotte, et la jument s'abat, et le cabriolet tombe en avant , Griltoîe le nez sous la queue de Cocotte, et M. Baisemon sur le dos de GriUoie. Virginie seule ne sort pas da cabriolet.

Baisemon et GriUoie crient comme s'ils étaient broyés; Godibert et I>oodoux ont déjA mis pied i terre; ils s'informent d'abord si Virginie est blessée ; rassurés par ellemême, ils vont relever sçs deux compagnonst

". C=""8fc

letnettest atr leu»' pieds, puis tâchent d'eaiàire.autaneâii cheval. Après quelques c8ort&, ils y parTÎennciit, et l'aocideot étant réparé, les deux jeunes gens eotnmencoit lion k se qoestionner l'un et Tairtre.

« Pourquoi rest«z-voa8 prè» He cette ▼<»■ < tare, et r^rdiez-roDi tans cesse ta demoi- ■ telle qui est dedans?» Demande Godrbert d'nn ton. impératif. — « Je fais ce gai me X piatt, je n'ai pas de comptes'i tous rendre; > JesiBseu^eai-!.... —Je neveux pas que'

* TOUS suiviezce cabriolet. — Etdequeldrott » TDudriez-vous m'en empêcher?... — De

• quel droit!... de celui-ci d'abord. »

Et Godibert donne un croc en jambes à Doudoux ; celui-ci se relève furieus, et saute Eur Godibert. Pendant que les deux jeunes gens s'escriment au pugilat , Baisemon et Orilloie sont enfin revenus de l'étourdissement que leur a causé leur chute, et ils aperçoiTent à quelques pas d'eux le combat adiamé que se liTrent les deux Toyageurs.

■ Monsieur, r'ià nos voleurs qui se battent entre eux , « dit Grilloie ; « c'est sans

...Cccglc

H doute à qui aura tous nos effists. — Gril- D loie, profitons de ce moment.... le che- » val est sur pieds , vite , mon ami , vite ea " route!... »

BaisemoQfait'Untourde force, il remODte dans le cabriolet sans le secours de personne , tant la peur le reed agile ; il se jette dans le fond au risque d'écraser Vir^nie.

Grilloie est bientôt sur son siège; il tient les guides , fouette le cheval et l'on part , laissant les deuzjeunesgensse battre sur la route.

HBHXBTIILB.

CHAPITBE V.

Soit que l'accident airÎTé à Cocotte lai eût donoé du cœur au ventre, soit qu'elle ftt satisfaite de ne plus tirer la chai^ de Godibert, elle semble avoir pris le mors aux dents et répond par une noble ardeur aui stimulans que lui administre GriUoie ; elle aTance an grand trot et sans reprendre haleine vers Sentis, et bientôt la toiture s'arrête devant la demeure de mademoiselle Bellavoine.

« Nous sommes sauvés ! >< s'écrie W. Baisemob , qui pendant tout ce trajet n'avait pas dit autre chose que : htêe!... hue donc, Cocotte! "Ali! mademoiselle, nous pouvons

...Cccglc

ISS hk PucuLl

Il nous vaater d'avoir échappé & un grand

«péril!...

» — C'est ben Titii! " dit Grilloie, « et ■ Cocotte est tout de marne une bonne béte • qui va bien quand on ne ta chaîne pas plus » qu'elle ne veut; »

La maison de mademoiselle BeUavoine n'était pas située au centre de la petite ville ; «lie se trouvait au contraire â l'extrémité , formant l'angle au bout d'un mur très-long qai servait de clôture i des jardins ; elle étaitsur use espèce de petite placé où aboutissaient quelques raelles désertes. Poidt .d'habitation â côté ni ea faCe; c'était une .mfiison de ville qui pouvait passer pour une maison de campagne. La vieille tante l'avait achetée i cause de sa position isolée. Les fenêtres du rez-de-diaiissée étaient garnies de forts barreaitE de fer ; à celles du premier il y avait doubles volets ; les murs do jardin avaient onze pieds de haut et étaient encore surmontés de tessons de bouteilles.

Quant à l'intérieur de ta maison, il répondait à l'extérieur. C'étaieat4e gruides pièces

...Cccglc

avec d'aatîqiies tapiflseries , de longs corridors comme ceux d'uo couvent, une cour où l'on ne voyait qne du linge étendu et la niche d'un chien, enfin un jardin très-grand, mais où il n'y avait ni petit sentier, ni bois, ni bosquets.

Grilloie a sonné à une porte eochère énorme dans laquelle on a pratiqué une espèce de petit guichet grillé. Une voix aigre y vient crier : « Qui est-ce qui est là. »

» — C'est nous, mademoiselle Perpétue, a c'est nous qui arrivons avec la nièce de » mamzelle.

» — Oui , c'est nous , bonne et honnête

■ Perpétue , » dit Baisemon en se lûssant couler en bas du cabriolet , » nous qui béni»- » sons te Ciel de toucher éi^n le. seuil de

■ cette porte!.... comme Jacob bénit le .B Seigneur en revoyant lé pays de Cha- » naan. "

B . — Attendez, je vais ouvrir les deux bâtit tans. »

Josqu'i ce que le cabriolet soit dons la cour et ta porte refermée sur eux, Bal-

". C=""8fc

semon et Grilloie ne sont pas tranquilles ; ik croyaient toujours aToir des voleurs sur lés talons. Enfin la voitare est entrée , la porte est refermée , et Virginie saute en bas du cabriolet , en disant :

« La maison de ma tante me fait l'effet ■ d'uae prison I... ■ ■

Uuénorme chien rient se jeter sur la robe de Vii^inie , au moment où elle met pied à terre.

« A bas t à bas donc , G-ueulard ! » dit Gritloie en repoussant le chien , tandis que Virginie se cache derrière Baisemon.

» M'ayez pas peur , mademoiselle , n dit Perpétue , * c'est que Gueulard ne tous » comiatt pas encore... — Que je n'aie pas » peur?,.. Uàisil a manquéde m'emporter » ube jambe, et il m'a déchiré tpute ma » robe... — Oh ! c'est un animal qai vaut » deux hommes. Allez donc coucher, Gueu- » lard. . . mademoiselle est la nièce de Totre » maîtresse , rous ferez connaissance. »

Gueulard ne s'éloigne qu'çn grogqant,et Perpétue reprend : « Mais ptKirquoi donc

Dl BILLBVILLl. JSB

- arrÎTex-Tous si t«rd? Savez-»oo5 qu'il est M^^nuit de^is loog-teoips ; sept heures ont » sonné !

B — Ab I ma bonne Perpétue , ce n'est » pas notre &ute !... il nous est arrivé en « route tant d'éréneaiens .'... nous avons

■ bien cru ne jamais vous revoir ! — En vé- > rite?... AhIniouDieu!...CepauvreAI.fiai- » semon 1... il aurait couru des dangers !... « — Est-ce que mademoisdleBellavoine est » couchée?... r— HoD, pas encore... Elle

■ TOUS attend dans la grande salle... Je vais " TOUS éclairer. »

Uademoiselle P^pétue est une petite femme de cinquante-cinq ans , mais encore verte et actiTe ; c'est la seule domestique femelle que mademoiselle Bellavoine ait conservée près d'elle ; les autres n'ont pu supporter loog-temps le despotisme , la sévérité et les manies de la vieille fille ; mais comme Perpétue est elle-même acariâtre , revéche et méchante, elle est restée chez mademoiselle Bellavoine ; les loups s'arran^nt entre eux.

...Cccglc

LL tVtXUM

La domestique tient une lampe et marche devant. On pénètre sous wi large restibule, on monte un escalier à rampe de pierre; on traverse, au premier , une vaste antichambre et l'on entre dans unimmense galon qUedeus bougies éclairent fort mal. Là , mademoiselle Bellavoine est assise dans ane bergère devant une de ces antiques cheminées où un hcMBme pouvait enb-er sans Bebaisser. La vieille fille tient un livre qu'elle dépose , ainsi que ses lunettes, à l'arrivée de sa nièce.

En se présentant devant sa tante , Virg^inie a repris cet air innocent et otodeste qu'elle avait chez ses parens , mais dont elle s'était défait pendant la route. Elle donne sa main A K. Baisemon, et se laisse conduire près de sa tan te à laquelle elle fait une profonde révérence sans lever les yeux.

■I Ah ! vous voilà , ma nièce , je vous n attendais... Approchez... approchez en* » core... Avez-vous toujours été bien sage , » bien douce , bien modeste depuis que je » ne vous ai vue? — Oui , matante. — Ètes- » vous contente de venir passer quelque

...Cccglc

n BBtXBTILU. 127

n temps prés de moi 7 — Oui , ms tante. —

■• C'estbien; venez m'embraaser... Mainte- ■ nant osseyes-TOUs là... près du feu.-. Et

* TOas^ monsieur Baisemon, dites-moi ce » qui est cause que tous arrÎTes si tard... »

Baisemon quijusque là s'est tenu iaclinéi comme s'il Toulait faire la roue , se permet de relcTerla tête et s'arance en disant : * Mademoiselle , notre voya^ ne s'est

■ pas ^eotué sans obstacles!... et stnsU » protection du Ciel qui veille sur ses élus,

• je pense qu'en ce moment noua serions » encoreétendussurU route, mademoiselle » votre nièce , Grilloie et moi.

» — Ah , mon Dieu \ vous me faites fré- " mir... Tous auriez versé? — Je vais, ma-

■ demoiselle , voui relater tout cela par " ordre. Incipio; Nous partîmes ce qiattn

■ vers huit heures etdemiechargèsâescom-

■ plimens des respectables parens de maden moiselle, ainsi que d'un pâté et d'un

■ saucisson ; car it ne faut pas oublier la « maxime : Aide-toi , le ciel t'aidera ! C'est » pourqum eu voyt^e on doit toujours enk-

". C=""8fc

196 U KICILLK

» porter des pntnsions. D'ailleurs il n'«ùt

> pasétédéceBtde&ireeDtrerDutdetooiselle

• votre mèce dansune auberge , ni même B de la laisser quitter la ToitUFe...- C'était » rotre désir etceluide l'honorable H. ïrou- » peau.

H — Très bien ; pouisuîvez.

!•■ — Or donc , mademoiselle , le voyage » commençait assez bien , si ce n'est qu'un » petit savoyard était monté derrière notre » toiture ^ cela donnait de l'humeur à Co- >> cotte qui trottait mal. Hais biottât à la » place de cet en&nt vint se mettre un grand

■ homme de fort mauvaise mine que nous H pliâmes en vain de déguerpir.

■ — Un grand homme ? — Oui, mademoi- » selle , un grand brigand comme notis IV

> vons TU après. J'aurais bien été me battre » avecluij mais je me dis: si je suis vaincu, » que deviendra mademoiselle ^Troupeau •^ que j'ai ordre de ne pas quitter!... Le

■ vieux Grilloie tremblait de tous ses mem-

• bres ! Je pensai qu'il valait mieux laisser

> cet homme derrière et continuer notre

„.,„..G.K,yl.

>B BILLITILU. IM

> chemin. — C'était sagemeDtraii^otiQé,moiir n sieur Baisemoo. — liais malheureuse*

■ meut Cocotte trottait encore plus mal. Ce » n'est pas tout : ToiU qu'un autre brigand

■ arrive à chef al , et se met à dos cfttésqu'il » ne quitte plus. Celui-là était armé jusu qu'aux deuta !... N'est-ce pas, mademoir « selle ? — Je n'ai pas osé le regarder , monu sieur. — Enfin ces deux hommes se faî-

■ saieqt des signes et la nuit Tenait, et à n une lieue d'ici vous sbtcz comme la route u est déserte?... — Ahl que cela est eË.

■ frayant! — Je dis à Griltoie : il faut se

■ montrer, mon ami , fouettez Cocotte, et

> galopons!... Mais au lieu de galoper, Coir

> cotte manque desjambesetnous tombons

■ tous hors de la voiture. — Tous!.... ah,

■ mon Dieu I... ma nièce, vous aviez votre

■ caleçon, j'espère? — Oui, ma tantcl — » Oh! soyez persuadée , mademoiselle, que

■ nous en avons tous plutôt deux qu'mi.

» Les minurs n'ont point souffert ; mais en

■ revanche mou menton et mon front ont • soufiert beaucoup. Vous dire comment je

". C=""8fc

180 LA PVCBUB

n parvins à me remettre sur mes pieds , c'est " ce que je ne sais pas , ni Gritloie non plus, » tant nous éUons étourdis de notre chute.

H Quand je repris mes sens , le cheval s'était

■ reieré et mademoiselle était à sa place « dans le cabriolet. — Hais , monsieur Bain semon, je ne l'avais pas quittée moi; car » je ne suis pas tomhée. — Vous n'êtes pas n tombée, mademoiselle, j'en rends grAce " au Ciel. J'avais cru vous voir lancée à dix >• pas de là. Quand je revins & moi , sarezi> vous, mademoiselle ce que faisaient nos H deux brigands? ils se battaient sur ta route

■ comme des forcenés ; un combat à ou- M trance ; ils se roulaient dansla poussière :

* cette circonstance nous sauva ! Je dis à » Griltoie : la discorde est dans le camp des H Grecs, profitons-en. Nous remontâmes,

* nous pressâmes Cocotte, et nous arrivâmes « enfin ici , où j'ai l'honneur de remettre n entre vos matas votre candide nièce,

■ aussi pure que ses parens me l'ont con- » fiée.

' » — Monseur Baisemon , votre rédt m'a

". C=""8fc

DBBSlLETILLt. ISl

u TÎTemeut inquiétée !... J'ai craiut un mo- 1. ment que lea voleurs ne vinssent jus-

■ qu'ici.... Ha nièce, vous avez dû avoir « tàen peur? — Oh! oui, ma tante t.. . j'ai ■> frissonné tout le long de la route !.,.. —

■ Chau£fez-voils mon enfant. Prendriez-vous » bien quelques alimeus? — Volontiers, ma

■ tante. — Moi aussi, mademoiselle, je collax tionnerais arec plaisir; car j'ai oublié de

■ vous<Urequ'enrouteODQOusaau8sivoléla » moitié denotre pâté... — Ce pauvre M. Bai- * semon F... Perpétue , servez une collation. >i Hontez du vin vieux... de celui qu'afFecn tionne M. Baisemoo. — Aht mademoir n selle. . . que votre volonté soit faite en tou- » tes choses I "

Pendant que Perpétue se hAte de disposer la collation, mademoiselle Bellavoine adresse difEérentes questions à sa nièce ; celle-ci 7 répond avec une niaiserie qui satisAiit complètement la vieille fille. Elle donne un petit coup sur la joue de Virginie, en disant ; ■ Allons... cette petite a été u mieux tenue que je nelespérais.... quel-

...Cccglc

122 u menu

» ques mois ici avec moi et je me flatte

■ qu'elle sera accomplie. »

Virginie se met à table à côté de BaisemoD, qui mange comme s'il n'avait rien pris de la journée ; Perpétue semble être en admiration en voyant la manière dont le gros régisseur fait jouer sa mâchoire.

Le repas terminé, mademoiselle Bella- Toine se lève en (Ësant : « Tous devez avoir

■ besoin de repos , ma nièce? venez , votre

■ chambre est prête bonsoir, mon-

u sieur Baisemon , demain vous me donne- » rez d'autres détails sur vôtre voyage. — » Oui, mademoiselle, et j'aurai l'honneur » de vous toucher deux mots sur certaine n affaire que M. Troupeau m'a narrée en » me priant de la renarrer devant vous.

■ — C'est bien , à demain. Vous veillerez ,

■ s'il TOUS plaît, à ce que Grilloie lâche » Gueulard dans la cour.— II est déjà lâché,

■ mademoiselle; nous avons eu le plaisir de

■ voir Gueulard en arrivant ; et ce fidèle » animal a donné une nouvelle preuve de n son dévouement en voulant se jeter sur

...Cccglc

n mademoiselle votre nièce qu'il De connaïft- > sait pas. Mademoiselle , je prie la Proris dence de vous parfumer de ses pavots. >•

Mademoiselle Bellavoioe s'appuie sur sa ^ande canne, Perpétue prend des bougies, on sort du salon, et l'on entre dans un grand corridor qui est de l'autre côté de l'escalier. Plusieurs portes donnent dedahs; la domestique en ouvre une, et mademoiselle Bellavoine fait entrer Vii^nie dans ane grande cbamlM'e où est un lit k baldaquin arec des rideaux de damas jonquille, et une grande croisée qui donne sur la cour.

u Voici votre chambre , ma nièce , " dit la vielle fille , ■ vous avez de quoi vous re-

• tourner, rien ne vous y manquera : voici

• onecommode, unmiroÎT... Comme jesais D que vous aimez la lecture, j'ai fait mettre

■ quelques livres sur ce rayon : le Parfait

• jardinier , la Cuigt'nière bourgeoise , le»

■ contes de Perrault et aaTraiM sur les

• chùmp^nons, qui apprend k distinguer H parfaitement les bons des mauvais. Bon-

■ soir, ma nièce; ici vous pourrez dormir

". C=""8fc

.■tranquille, toub êtes entre moi etPerpè- >i tue; ma chambre est à votre droite , la » sienne à gauche. H. Baisemoa couche ' H au-dessus de nous , et Grilloie couche ■n au-dessous. Ajoutez à cela Gueulard qui i> passe ]a nuit à veiller dans la cour, et tous n n'aurez pas peur ici , j'espère. De plus » Toici une sonnette qui répond dans la M chambre de Perpétue afin que l'on vienne » si la nuit vous étiez indisposée. Tous I' voyez, monenfaDt, quej'ai pensé i tout;

■ Couchez-vous maintenant, et dormez; de- • main je tous mettrai au fait de la règle de n conduite que j'ai établie dans ma maison.»

Mademoiselle Bellavoine embrasse sa nièce, et on laisse Virginie seule dans sa nouvelle demeure dans laquelle on l'enferme à double tour.

« Ah! mon Dieu , que c'est triste ici l...»

dit Virginie en examinant sa chambre.» J'ai >• presque peurl.... Dieu!.... comme je vais

■ m'ennuyer chez ma tante; s'il me faut y » rester plusieurs mois. . . j'y mourrai I . . . £t x'ces deux imbécilles qui, au Ueu de me

...Gccglc

BE HmiTILLE. ISS

■ suivre, se sont mis à se battre sur la route!

* Mais querais-je faire ici !.. et encore c'est » que je suis enfermée. »

Virginie s'assied sur le pied de son lit , elle pousse un gros soupir , elle est prête â pleurer, mais elle ne cède pas à ce mouvement de fiiiblesse et, renfonçant ces laimes, elle se remet à parcourir sa chambre en disant : « C'est des bêtises de pleurer ça

■ n'avance à rien du tout qu'A readre les

» yeux rouges.... on veut me garder ici

Il eh bien ! je tâcherai de leur donner de

■ l'occupation; ça me distraira. Si mes deux » amoureux oe se sont pas tués , ils cher- » cherOBS à s'introduire ici , et certainement > je les y aiderai. »

Après avoir pris son parti , Virginie procède à sa toilette de nuit, elle se débarrasse de tous les vétemens incommodes qu'on la force de porler , elle se mire , se coiffe , se r^arde avec complaisance en se disant :

« Hais il me semble que je suis bien gen-

• tille £t dire que M. Auguste ne s'en

a est pas aperçu !.... C'est qu'il ne m'aura

...,.„G,„,alc

138 ' LA menu

» pas biea regardée.... Et puis il était tout

■ occupé de son Adrieime.... Ah ! elle est » bienheureuse Adriennel... ■ -

La toilette ou plutôt le déshabillé a été long , uoe jeune fiUe s'arrête souvent dans ces sortes d'occupations, il lui semble toujours qu'elle se Toit quelque chose de nouveau. EUâ est dans l'âge heureux où la curiosité n'est jamais puùie , plus tard on se repend quelquefois d'y avoir cédé.

Virginie a terminé ses apprêts de uult j elle se met au lit , mais elle n'a pas envie de dormir. Elle se relève et va regarder les livres j elle les rejette bientôt en disant : « Je

■ me moque pas mal ib me connaître aux » champignons! Jeoe les aimepas.... AhJ » qu'elleidée..,. ils sont tous couché main-

■ tenant , il faut que je commence i les a amuser. »

Elle court au cordon de la sonnette , le tire plusieurs fois avec force , puis souffte sa chandelle et va se coucher. Bientôt elle entend Perpétue qui se lève et accourt, tandis que de sa chambre , la vieille laute crie :

SI BUXKniii. It7

V Manièoe sonoe..,. Perpétue.... ma nièce " sonae; allez Toir ce qu'elle veut^ tous ■ avez la clef. -^— Oui , oui , mademoieelle , " j'y Tais. '

Perpétue entre, en camisole, en jupon court et une lumière i la ipain.

* — Qu'ya-t-il, mademoiselle, tous ayez T sonné? — Oui, mademoiselle Perpétue...

» j'ai sonné.... — Sériez-vous indisposée? — T rfon... ce n'est pas cela... Mais j'ai sonné n parce que j'ai eu peur , et j'ai eu peur » parce que j'ai entendu comme un bruit n sourd qui partait de dessous mon lit....

■ — Du bruit... sous votre lit... Ah! mon » Dieu !,.. "

Et Perpétue, au lieu d'avancer, fait quelques pas en arrière.

» — Je n'ai pas pu y regarder parce que « j'avais éteint ma chandelle, mais si vous > vouliez avec la nôtre voir s'il y a quelqu'un

■ sous mon lit... ça me rassurerait.

» — Uoi! que je regarde là., oh! je u'o-

■ serab jamais, madenuHselle... tenez, j'ai

...Cccglc

186 LA racBUB

> déjà le frisson... attaides... je Vais appe»-

» ïer... n I

Perpétue retourne dans le corridor, où elle se met à crier :

K Monsieur Baisepion!.... descendez TÎte, » s'il TOUS ptalt.. on a besoin de tous.

» — Qu'est-ce qu'il y a donc , Perpétue ?• crie la Tieille taote du fond de son alcâre; mais Perpétue ne répond pas , et continue d'appeler A tue-téte M. Baisemon.

Le gros bonhomme arrive, le chef couvert d'un ample bonnet de coton , et le coi^s enveloppé dansune Tieille blouse qui lui sert de robe de chambre; mais qui n'est pasassez longue pour cacher le caleçon de rigueur. A l'aspect de M- Baisemon, en costumede nuit, Virginie fourre sa tête sdus sa couverture pour satisfaire son euTie de rire.

« He voici , bonne Perpétue, » dit Baisemon en se présentant avec son binet à la main, « quel événement est donc survenu , Il qui trouble le repos de notre nuit?,., je » faisais déjà un petit somme , précurseur n d'un plus intense.

". C=""8fc

DBBIlltTIU.1, 139

■ — Il y a quelqu'un de caché sons le lit H de mademoiselle. — Quelqu'un decaché!..

» — ■ C'est-à-dire nous ne l'avons pas tu ; » mais mademoiselle a entendu remuer...

« — Je vais appeler GriUoie.. . — Si tous re-

> gardiez d'abord un brin Tous-méme. —

> Tous sBTez bien que je ne peux pas me a baisser. ■

Baisemon est déjà dans le corridor, où il appelle Grilloie, tandis que la rieille tante 86 démène dans son lit , et demande si le feu

u Non , mademoiselle , » dit Perpétue, « ce K n'est pas le feu, mais c'est peut-èb^ un

■ Toleur... — Un Toleur... — Ah ! voici » Grilloie!»

Le vieux paysan a passé un pantalon ; il arrive, à moitié endormi, coiffé d'un bonnet grec qui laisse à peine Toir son nez.

■ — Grilloie, allez donc regarder sous le

■ lit de mademoiselle... Tenez, prenez mon

■ binet... regardez avec soin, mon garçon...

» nous serons derrière tous. »

Et Baisemon pousse Grilloie deTant lui ;

...Cccglc

le vieux payum se frotte les yeux ea dûant :

■ Comment que vous dites 7... mamzellé est

I tombée aoussoa Ut? — NoD,monb6aami, j mais on craiot qu'il n'y ait U quelque * malfaiteur!... quelque larront — Ab! oui- » di , et TOUS croyez que je rais aller me

-■ fourrer là-dessous... j'vas cbercher Gueu-

II lard, ça vaudra ben mieux : s'il y a lA n queuqu'uD , il l'étrauglera tout d'suite.

» — Non , non ! je ne veux pas que tous u alliez chercher votre chien ! >■ crie Vilenie , * il sauterait encore sur moi... Gom- B meut vous avez de la lumière , et, A vous V trois, TOUS, n'osez pas regarder sous mon »Utt... -

Ces mots piquent Grilloie , il prend le binet, et se jette & genoux deTant le lit, tandis que Baisemont et Perpétue ont gagné la porte.

ull n'y a n'en du tout! » dit Grilloie en se relevant.

■ Mademoiselle, rassurez-vous , " crie Perpétue à sa maîtresse , u il n'y a pas de « voleur , mademoiselle votre nièce s'était

...Cccgic

Ul

• trompée. — Ah ! c'est bien aingulier ! • dit Virginie. « — Cela se conçoit, ■ dit Bai* semon, ■ nos aventures en route, ont dû » laisser dans votre esprit une vive impres-

• sioa; moi-même, tout-à- l'heure, dans > ma chambre, je pensais voir encore cea a deux homm£8 de tantAt. Bonsoir, made> ■ moîselle , calmez vos sens... tous êtes au » port. — Faut e^rer que je dwmiroi»

n enfin, » dit Grilloie. ■ — Oui, mon garçon, a nousBllonsreposernosmembres endoloris » par notre chute de tantôt ; et demain je

• prévois que nous aurons uagrandappétit.

«.Bonne nuit, Tertueuse Perpétue. — A

• TOUS de même , mons^r Baisemon, * ' Ou sort de la chambre de Virginie, et

celle-ci , après avoir ri de la frayeur qu'dle a causée à toute la maison , s'endort en chei^ chaat une autre espié^erie pour le lendemain.

La nuit avait été laborieuse, la petite scène jouée par Vir^^nic avait causé un cauchemar  mademoiselle BellaToiae; Perpétue avait rêvé qu'elle couchait avec . ub to-

leàr, et Bùsemon qu'on l'assassinait; ausâ le lendemain tout le monde est pâle et fatigué, excepté Vii^nie qui a dormi très-paisiblement.

Après le déjeuner, IH. Baisemon prend mademoiselle BellaToine en particulier pour lui faire part de la brillante alliance que l'on espère pour sa nièce. La vieille fille avait autant de vanité que les Troupeau; elle se redresse, regarde Baisemoa, et sa boudie a presque une espression agréable, en répondant ; ■ Ce que vous m'annoncez là me » fait grand plaisir!. ..ma petite-nièce serait » comtesse de Senneville t... à la bonne <• beure!... pour être comtesse on peut avoir B envie de se marier; nous ferons en sorte a que m. de Senneville retrouve Virginie * digne de lui. Ma nièce ignore tout cetn ,

■ j'espère?— 'Oui, mademoiselle; M. Trou-

■ peau m'a dit que c'était un mystère, ei- » cepté pour vous ! — Très-bien, vous vous B tairez, monsieur Baisemon?... — Commo » si on m'avait coupé la langue, nudemoi- » sdle. — G'estqu'ilne&ut pas qu'une jeune

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Il fiUesachequerons'occupedelamarier.,^

Il cela lui fait faire des rêves,, . et ane

■ jeune fille ne doit pas rêver! — J'aurais

■ bien touIu être jeune fille cette nuit ,

■ mademoiselle , car dans mon sommeil je

■ me suis vu entre deus brigands qui me » lardaient de leurs poignards [ — Et moi , " M. Baîsemon ,■ j'ai contiauellement un Il singe vert sur l'estomac, — Et il parait » que cette pauvre Perpétue a été aussi fort » tourmentée I... C'est cette alerte de cette B nuit qui nous a bouleversé les sens. — n — Pournousrefaire, monsieur Baisemon, » nous nous coucherons tous ce soir à sept M heures. — Voilà une idée tout-à-fait phi-

■ lantbropique , mademoiselle , et qui est » digne de vous. »

Virginie a passé la journée à parcourir la maison , et le jardin dans lequel on lui permetde se promener seule, grâce àla hauteur excessive des murs. Elle cherche par où il yauraitmoyendesortir onde se glisser dans la maison ; elle voit avec peine que la propriété de sa tante est bien dose ; toutra les

portes dofmant au dehors sont TerroaHlées', cadenacées, et , k moins d'intelligence dans la place, il semble fort difficiled'y pénétrer- Virginie est rcTenue asseE tristement ptès de sa tante qui, pour l'amuser, lui fait faire jusqu'au dîner une lecture dans l'art de bien faire des confitures. Le repas n'est pas plus gai que les autres momens de la journée.

Mademoiselle Bellavoine y est presque constamment demauvaisehumeur, parce qu'elle n'a plus d'appétit, et que tout ce qu'elle aime lui lait mal ; elle se répand en plaintes contre son médecin qui ne sait pas lui donner un bon estomac.

Baisemon laisse parler la vieille fille; il se contente d'approuver de la tète tout ce qu'elledit, mangeant d'une façon effrayante, et murmurant parfois : « C'est bien triste de » n'aroir pas feim ! ■

Après le dîner, mademoiselle Bellavoine a^^rend à sa nièce qu'on aura l'aTantage de se coucher k sept heures poar réparer les Cnigues de ta nuit précédente. Tirginié semble fort touchée de cette petite jÀrtie

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de pUiair, et la vieille tante, sati^itfidela docilité, delà sonmissioa que lai montre m nièce, lui t^e d'emporter dans sa chambre le traité sur les eonfîtoret ; mais Virginie remercie en disant qu'elle préfère dormir.

Chacun est rentré chez soi : Virginie est leide, assise sur son lit { c'est son sié^ fa- Tort ] , elle médite ce qu'elle fiera pour empêcher tout le moude de dormir. Elle repose son menton dans une de ses mains, tandis que son coude est appuyé sur sa cuisse, et ses deux jambes croisées comnte celles d'un tailleur. Un sourire vient effleurer ses lèvres, ses yeu^ s'animent et brillent quand une malice nouvelle se présente à sa pensée , et quiconque eût alors tu la jeune fille aurait subi le pouvoir de ses charmes, sin^lièrement rehaussés par sa position bizarre et l'expression de sa physionomie.

Cette méditation dure long-temps , mais Virginie ne veut apr que lorsque tous les habhans de la maison seront plongés dans le sommeil.

Ayant enfin arrêté ce qu'elle veut faire, III. i3

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Ht LA nrcniB

Vilenie se déshabille, se couche, et souffle salumière ; elleattend que neurheures aient sonné à la vieille horlc^e qui est dans la chambre de sa tante. Ce moment arrivé, Virginie commence par pousser de grands cris, et jeter sa table de nuit par terrej ensuite elle se lève et &it danser les chaiaes au milieu de la chambre, sautant elle-même . sur ses talons, et donnantdegrands coups de pied dans la muraille de droite et de gauche.

Ce manège ne tarde pas & faire son effet :

mademoiselle Bellavoine est éveillée la pre> mièrej elle s'écrie : ■ Qu'avez-Tous donc, » ma nièce? que se posse-t-il encore dans n votre chambre? »

Virginie ne souffle pasmot, mais au bout de deux minutes elle lance sa carafe au milieu de sa chambre , et le bruit que cela produit fait de. nouveau jeter les hauts cris à la vieille tante ; elle éveille eu sursaut Perpétue, qui demande à son tour ce qu'il y a.

Virginie se tait encore quelques inatans, puis elle fait tomber quatre chaises à la fois. Alors la vieille tante carillonne , Perpétue

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OB BILLmUt. 117

se lève et vient avec sa lumière ourrir doucemeot la porte de chez Virginie ; elle aperçoit celle-ci se promenant en chemise entre les meubles renversés , et l'œil fixe, Le cod tendu , parlant toute seule, mais ne loi répondant pas.

«Ah, mon Dieu! celte jeane fille a ' quelque chose de dérangé t » s'écrie Perpétue en courant chez mademoiselle Bella- Toine qu'elle trouve assise sur son séant.

«Eh bien! Perpétue, que se passe-t-il » chez ma nièce ? c'est un bruit affreux dans

■ sa chambre.

i> — Ce qui se passe!... ah!... mademcn-

■ selle!... votre pauvre nièce !... je ne sais

■ pas ce qui lui a pris!,., elle marche toute

■ seule sans chandelle... en chemise, elle

■ me regarde et ne me répond pas,.,, c'est » tout-à-feit effrayant !.,,

■ — Jésus Maria ! . . . elle marche en i^e-

■ mise.... et a-t-elle un caleçon au motus?

» — Tavais trop peur pour y regarder, m«-

■ demoiselle. — Appelez M. Baîsemon.

> Grilloie, tout le monde ; que l'on vienne,

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* que l'on sacite ce qu'il faut fiàrê à cette

• petite... ■

Perpétue recommence soa appel de U Teille; mais cette fois il faut qu'elle t'égfosiUè avant de par?enir & réreiller Baîsemoo, qui savourait le repos comme la bonne chère. Les deux hommes arrirent enfin dans leur costume oocturne, et de fort mauvaise hameur. Perpétue leur fait signe de la suivre, elle les conduit dans la chambre de Vilenie, qui est alors montée sur sa com-i mode, où elle a l'air de déclamer.

« La Toyez-Tous? » dit Pcrpétde, en montrant du doigt la jeune' fille. Grilloie reste tout .ébahi', tandis que Baisemon se frotte le ventre et les yeux.

Il Que pensez -vous donc qui la rende <• <iomaie cela? » reprend la domestique impatientée de la tranquillité du régisseur.

■ Ce que je peitse , douce Perpétue, vrai- I. ment c'«st la moindre des choses. Quand ' j'étais sousHoialtre d'école, j'avais plusieurs » élèves qui , toutes les nuits , en faisaient .» autant qtie madcâouHselle Vii^ginie.... ils

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Dl BBLLXriLU. ] W

» étaient somiuanbules comme elle. — Som- » nambiilea!...TOuscroyezque cettejeoue.

» fille est somnambule ? — Certainement!

» dans ce moment elle a les yeux ourerts , i> mais elle dort pourtant. — Elle dort....

<> là , en l'air sur cette commode ? — Juste- » menti si elle ne dormait pas , elle' n^ se- » rait pas montée là l — Éreillez-la donc en " ce cas... — Que je TéTeille... c'est qu'il Il faut prendre garde; il est dangereux d'é- « Teiller les somnabtbules qi^nd ils sont i> dans une position périlleuse ; attendons » qu'elle descende de sa commode. »

Hais Virginie semble bire la statue , elle ne descend ni ne bouge.

u Est-ce que nous allons passer la nuit k » la regarder? » dit Perpétue, tandis que Grilloie ronfle contre la porte sor laquelle il s'est adossé ; •> de grâce , mon cher monn sieur Baisemon , réraillez mademoiselle , H puisque TOUS TOUS connaissez etLCOmnam- » bules. Il

Baisemon s'approche doucement de la commode ; au moment où il ra toucher la m. i3.

ISO U FDCILLI

jambe de Virginie, celle-ci feiit au jetébattu , et du bout de son pied «nroie ^i l'air le boQuet de coton du gros régisseur ; ensuite elle saute à terre et va se refburrer dans son Ut.

■r C'est absolument comme un chat! « dit Perpétue en ramassant le bonnet de coton de TA. Baisemon; « la voilA recouchée à pré- » sent... — Alors je puis l'éreiller, »

SaisemoQ va contre le lit et appelle Virginie en la poussant un peu. La jeune fille se frotte les yeux , bâille et regarde autour d'elle d'unair étonné en murmurant: upourn quoi donc m'éTcille-t-on?... est-ce que ma « tante est malade ?.. .

» —I- Voyez-TOUB qu'elle donnait? »

s'écrie Baisemon, en regardant Perpétue.

« — C'estTrai,jen'eH reriens pas! comment I » mademoiselle , est-ce que vous ne tous « souvenez pas que TOUS Tenez de renTerser '■ les chaises, de casser votre carafe, votre » vase de nuit, de danser sur votre com- »,mode?.... — Moi? Perpétue;... oh! c'est » pour rire que tous dites cela t ^r-En voilà

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U ULLETTLU. ISl

' les preuves autour de tous; demain il y » aura de quoi ranger ici ! — Comment j'ai Il fait tout cela en donnant?... est-ce bien n possible ? — Oui, maœzelle, tous êtes » somnambule, et d'une fameuse force!...

1 n'est-ce pas, monsieur Baisemon? — Made- >> moiselle t'est , mais l'accès est passé , nous M pouvons nous recoucher... — Ah ! mon ■ Dieu ! que je suis donc fâcfaée d'être som- » nambule! Consolez-vous, mademoiselle, cela se passe avec l'âge ; la vivacité du » sang s'amortit, et dans une dizaine d'an- » nées il est probable que tous ne tous le- » verez plus la nuit. — Si ça dure encore ça , » nous allons avoir de l'agrément ici ! n murmure Perpétue, en suivant Baisemon.

On laisse Virginie se rendormir , on va apprendre à mademoiselle BellaToine que sa nièce est somnambule, ce qui afflige beaucoup la vieille tante , qui s'étonne que son neTeu ne l'ait pas prévenue de cette infirmité de sa fille. £i^n cbacun retourne à son lit, en maudissant le somnambulisme, et la fatalité qui s'attache à chasser le fepos de la maison.

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IjB lendemaia, Yirgitùe passe la jouraée aussi tristement qae la T^lle ; elle s'en venge la nuit eu mettant le feu eu Traité sur les champignons; elle le laisse se consamer eirtièrement au. milieu de sa chambre atin de l'emptir de fumée; alors seulement elle pousse de grands cris ; on arrive, la fumée suffoque et aveugle chacun; oncroit la maison en flammes , on court , on crie et on appelle; Baisemou emporte mademoiselle Bellavoine dans ses bras et va la déposer dans le jardin pour la soustraire au péril; enfin, après avoir jeté des seaux d'eau de manière à ce qu'on puisse aller en bateau chez Virginie, on ne trouve rien as brûlé, on ne comprend pas par où est venue la fiimée , on reporte la vieille tante dans son lit, et on retourne se coucher en se creusant la tête pour devins comment il y a eu de la fumée sans feu.

La nuit suivante Virginie est somnambule ; le lendemain elle crie au voleur; pendant huit jours elle trouve moyen de .'épandre chaque jour l'alarme dans la maison.

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