‹ La pucelle de BellevilleChapitre 18 sur 104 · I.À Pl'CEI.LE DK Dr.I.I.F.Vll.l.l · texte numérisé non relu

I.À Pl'CEI.LE DK Dr.I.I.F.Vll.l.l

f.ll. J. BOIKF ET C"

Auguste ne peut plus conserver le moindre doute ; il a bientôt pris son parti: en amour on n'hésite pas lorsqu'on est profondément blessé. Il est rentré chez lui sans aller dire bonsoir à Adrienne ; il i'enfei'me dans sa chambre, fait ses apprêts de départ, laisse sur une table l'argent qu'il croit devoir à Vauxdoré ; ensuite il écrit deux lettres : une bien courte, bien brève à l'oncle d'Acbienne ; une autre à celle qu'il allait épouser.

Tout cela terminé, Auguste n'essaie pas de se livrer au sommeil, il sait bien qu'il n'en goûtera pas ; il attend le jour en pensant à Adrienne, ea maudissant les femmes, et en se promettant de nouveau qu'il n'en aimera plus aucune.

Dès que le jour paraît, il sort de sa chambre ; iî marche bien doucement; son cœur est serré en passant devant la porte de chea Adrienne; il s'an'èle un moment... il est sur le point d'entrer pour Faccabîer de reproches... et lui pardonner peut-être; mais il pense qu'il est plus sage de ne point la voir. Il descend, ouvre la porte de la rue sans éveiller personae, et sort de chez Vauxdoré ea jurant de n'y revenir jamais.

Au bout de quelque temps, les habitants de Delleville sont levés. Vattxdoréattead son déjeuner Adrîeaae est desceadue au jardia; surprise é» «'avoir pas vu M Auguste la vetfte, elle le cherche pour saivoîr ce qui Ta empêché tTaïler Im aire bonsoir. SJaîs le jardin est désert et Adineaae moate près tte son oJicïe en disant :

— €Vsl singulier... serait-il drjù sorti?... mais sortir sans me voir, et hier au soir non pUts...ohî ce n'est pas possible! il dort encore sansdoule

Le déjeuner est servi, Auguste ne paraît pas.

— Il est peut-être indisposé, dit Vauxdo^-é.

L'oaele n'a point achevé sa pensée, que déjà Adrienne a qmtlé la salle, elle gravit lestement l'escalier, elle est devant la chambre d'Auguste qu'elle appelle en frappant à sa porte. Ne recevant }>oint de réponse, elle entre... Le lit n'a point été défait... il n'est donc pas rentré de la nuit... une pâleur mortelle couvre le visage d' Adrienne; mille pensées funesics s'offrent à son esprit... Tout à coup les deux lettres frappent sa vue... elle les prend, en voit une pour elle. La pauvre fille devine déjà son malheur, car avant de lalire, elle tremble, elle est obligée de s'asseoir, elle ne respire plus ; enfin ses yeux dévorent les caractères tracés par sou amant.

« Vous m'avez trompé, Adrienne, d'autres que moi ont été aimés de vous. Je connais mainlonant vos intrigues avec M. Ledoux et votre cousin Godiherl. Si vous m'aviez dit avec franchise qu'avant de me connaître d'autres avaient eu votre amour, j'aurais pu peut-être vous pardonner et vous aimer encore; mais me jurer que seul j'ai possédé votre cœur, se donncrpoiir ce que l'on n'est plus, c'est de la perfidie, ctjo no puis prendre

pour épouse celle qui m'a joué à ce point. Adieu : il vous sera facile de m'oublier, je tâcherai d'en faire autant; mais, que j'y parvienne ou non, vous ne me reverrez jamais.

<i Auguste Montrevilli:. »

Adrienne est quelques instants sans trouver même des larmes pour soulager sa douleur. Elle regarde toujours cette lettre, elle ne peut que murmurer :

— Parti... pour jamais... et il croit que j'en ai aimé d'autres que lui... que je l'ai trompé.. . ô mon Dieu! vous savez qu'il n'en est rien!... que je suis innocente! et il me croit coupable... et je ne le verrai plus!

La pauvre fille laisse tomber sa lêlc sur sa poitrine, deux ruisseaux de larmes se font un passage et couvrent son visage, sur lequel on lit un morne désespoir. En ce moment, Vauxdoré, impatient de ne revoir ni Auguste ni sa nièce, monte aussi chez son jeune locataire; ihlrouve sa nièce tout en larmes.

— ■ Eh bien! qu'est-il donc arrivé?... Tu pleures, Adrienne? Qu'estce encore!... où est M. Monlrcville?

— Parli... parti pour toujours! murmura la jeune fille en sanglotant.

— Parti!... quand il devait l'épouser. .. Ah, morbleu! ce n'est pas possible... Qu'est-ce que cela?... une lettre pour moi... Voyons.

L'oncle ouvre précipitamment le billet ;\ son adresse et lit : « Monsieur, je ne puis plus épouser mademoiselle votre nièce, vous en devinerez facilement le motif. Je vous laisse l'argent que je vous dois pour mon loyer; quant au piano qui est dans ma chambre, vous en disposerez à votre gré. Recevez mes regrets et mes adieux. »

— Voilà ce qui est par trop impertinent! s'écrie Vauxdoré en froissant avec colère le billet dans ses mains; que veut-il dire avec ces motifs que je devinerai!... Eh bien Adrienne, vous devez le comprendi-e, vous... Quelle est cette lettre que vous tenez? C'est de lui sans doute? Voyons ce qu'il vous écrit.

Vauxdoré s'empare de la lettre que sa nièce tient encore, et qu'elle rie cherche même pas à retenir; car, dans son accablement, elle ne semble ne plus voir ni entendre ce qui se passe autour d'elle. Vauxdoré lit ce qu'Auguste lui a écrit, la colère se peint dans ses yeux; il revient vers Adrienne en s'écriant :

— Ainsi, mademoiselle, ce sont encore vos intrigues, c'est votre mauvaise conduite qui est cause que vous manquez ce mariage... On aura parlé à M. Montreville de ce que vous avez fait avec votre cousin, avec le jeune Ledoux... Vous voyez ce qui en arrive! .. On esttoujourspuui de ses sottises!

— Mais, mon oncle, je vous jure que j'étais innocente : je n"ai jamais eu les intrigues qu'on me suppose 1...

— Grands mots que tout celai... ce n'est pas à moi qu'il faut faire de tels contes!... Si je vous écoutais, vous me diriez peut-être aussi que vous n'avez eu aucune liaison avec M. Auguste, tandis qu'il suffit de

vous regarder pour se convaincre de votre honte !

■ — Ah ! mon oncle, cette faute est bien grande sans iliiule, mais elle est la M'ule que j"ai à merepro- .her!...

— • Et moi, qui avais annoncé dans tout Belleville que ce jeune homme allait vous épouser!...

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