‹ La pucelle de BellevilleChapitre 19 sur 104 · C.omme ils vont rire · texte numérisé non relu

C.omme ils vont rire

comme ils vont encore se moquer de moi!... Mais non, je ne veux plus sous mes yeux souffrir un tel scandale!... c'est ma femme qui par sa faiblesse autorisait vos sottises. Je ne veux plus de tout cela chez moi... Je vivrai seul, en garçon, au

n appelle Adrieune

moins on ne me monirera [ilus au doigt, et je n'aurai pas une fille mère chez moi. Vous m'avez entendu, mademoiselle ; faites votre paquet, partez ! débarrassez-moi de votre présence et du spectacle de votre honte !

Après avoir dit ces mots, Vauxdoré quitte brusquement la chambre ; il court prendre sa canne, son chapeau, et se hâte de sortir de sa demeure.

Adrienne n'a point essayé de calmer la colère de son oncle ; tout occupée de la pensée qu'Auguste l'abandonne, il lui semble qu'elle ne saurait être plus malheureuse, et elle supporte presque avec indiflérence toutes les autres peines qui viennent l'accabler. Cependant de l'excès de la souffrance naît souvent un courage qui rend de l'énergie à notre ftme. Adrienne l'éjjrouvc en ce moment ; elle essuie ses yeux, relient ses pleurs, se hAte de faire un paquet de ses effets, et tout en se di.sposant à quitter la maison de son oncle, se dit :

— Il a voulu que je sois malheureuse... qu'importe où je serai maintenant, pourvu que je puisse pleurer en liberté!... Je sais travailler... eh bien ! je gagnerai pour moi, pour mon enfant! Oh! oui, je passerai, s'il le faut, toutes les nuits, afin qu'il ne manque de rien... Mon pauvre enfant! ah! je ne l'abandonnerai jamais, moi! et quand je l'embrasserai, je croirai encore embrasser son père.

Vauxdoré était sorti fort en colère, il était allé promener son humeur dans les près Saint-Gervais ; mais l'oncle d'Adrienne n'était pas méchant et s'il se laissait emporter par un mouvement de vivacité, bientôt son bon naturel reprenait le dessus. Après deux heures de promenade, son sang est rafraîchi, sa tète est calmée, et il se dit :

— Cette pauvre fille, je lui ai parlé bien durement!... elle était déjà désolée de l'abandon de son amant... et, au lieu de tâcher de calmer son chagrin, je lui ai ordonné de sortir de chez moi... Où irait-elle, sans argent et dans la position où elle est?... Elle a fait une faute... est-ce une raison pour la réduire au désespoir, pour lui retirer mon amitié, la seule qui lui reste?. ..Est-ce que je n'ai jamais fait de sottises, moi?... Et qui diable!

n'en fait pas dans ce monde? et pour ne pas entendre quelques bavards, quelques faiseurs de propos, je chasserais ma nièce!... je l'exposerais au besoin, à la misère!,.. Oh! c'est alors que je serais bien plus coupable qu'elle... Je n'avais pas le sens commun quand j'ai dit cela... Pauvre Adrienne!... retournons chez moi, allons l'embrasser... et qu'il ne soit plus question de départ!... c'est bien assez qu'elle pleure celui de son amant!

Vauxdoré se hâte de retourner vers sa demeure. 11 arrive : Il cherche,

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Puis elle le frottait avec zèle

ŒUVRE DE PAUl, DE KOCK

il appelle Adricnnc ; mais il était trop tard, la pauvre fille venait de quitter la maison de son oncle, sans qu'aucun indice pût faire connaître de quel côte elle avait porté ses pas.

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