DEUX JEUNES FILLES
M. et M°° Troupeau ont été mortifiés du départ précipité de leur lanle ; cependant ils ne conçoivent pas de sérieuses inquiétudes de ce moment d'humeur, M"' Bellavoine les ayant habitués à supporter les boutades de son caractère ; ils comptent d'ailleurs faire entièrement la paix avec leur tante, en lui envoyant Virginie dès qu'elle la fera demander.
Bien loin d'être contrariée du départ de M"° Bellavoine, Virginie on est enchantée : elle ne s'entendra plus dire toute la journée : « Tenozvous droite, baissez les yeux... ne vous servez pas de ce mot-là ». Elle ne sera plus obligée de faire tous les jours des lectures qui l'ennuient ; elle pourra voir son amie Adrienne ; enfin elle sera plus libre, car ses parents, qui l'adorent, ayant la plus entière confiance dans son innocence, no l'empêchent pas de faire sa volonté ; et cela est si joli à dix-sept ans de pouvoir faire sa volonté 1 Plus tard nous trouvons doux aussi de faire toutes les volontés d'une autre... puis, en avançant dans la vie, nous redevenons égoïstes et volontaires comme étant enfants.
Cette Adrienne, que M"° Bellavoine ne pouvait pas souffrir, était cependant une jolie personne. Elle avait deux ans de plus que Virginie, elle était plus grasse, plus formée ; c'était une brune aux yeux vifs et noirs : son petit nez, légèrement redressé, donnait à sa physionomie quelque chose de badin; ajoutez à cela une bouche bien garnie, qui riait presque toujours, de jolies couleurs, de la gaieté dans l'esprit, de la vivacité dans les mouvements, de l'étourderie dans le caractère, et l'on concevra que les jeunes gens dussent aimer à faire rire M'" Adrienne; s'ensuil-il de là que c'était une connaissance dangereuse pour Virginie, et doit-on suspecter la vertu d'une femme parce qu'elle rit facilement ? C'est ce que probablement la suite nous apprendra.
M. et M"" Vauxdoré allaient assez souvent le soir faire une partie à&Nainjaunfch&zM.. Troupeau, où se réunissaient quelques autres personnes du voisinage. Adrienne accompagnait ses parents, mais elle ne jouait pas, elle apportait son ouvrage et allait travailler, ou plutôt causer à côté de Virginie, qui préférait babiller avec son amie, à tenir des cartes dans sa main, et répéter pendant deux ou trois heures' de suite : six sans sept, ou dame sans roi. Quand le jeu était bien en train, Virginie faisait un signe à Adrienne qui la suivait dans sa chambre, où l'on était plus libres pour jaser et se faire des confidences. Entre jeunes filles, c'est si gentil, les confidences ! et la plus sage en a toujours à faire.
Le lendemain du départ de M"° Bellavoine, la famille Vauxdoré arrive pour faire la partio ; M. Troupeau est étendu depuis la veille dans un grand fauteuilà la Voltaire, il a l'air de ne pas pouvoir se bouger, on voit que ses cors le laissent fort tranquille, et que c'est tout au plus s'il sera en état déjouer au Nain jaune.
M. Tir est venu avec son fils Pétard et sa fille Poudrette, auxquels il veut bien permettre la récréation du Nain jaune, parce qu'il a été content des mèches que ses enfants lui ont fabriquées toute la semaine : quant à lui, qui n'aime pas le jeu, il a dans sa poche des cartouches, du papier et une boîte à colle ; il va s'asseoir dans un coin du salon et demande à la société la permission de terminer un petit soleil à bombe, pièce compliquée et de sa composition ; ce qui lui est accordé par M"" Troupeau, à condition qu'il ne s'approchera pas de la chandelle.
Virginie et Adrienne ont fait semblant d'aller travailler contre une croisée ; mais dès que le jeu est animé, elles s'éclipsent et montent à la petite chambrette de M"" Troupeau, qui louche à celle de ses parents.
— Nous voici seules, enfin, dit Virginie en s'asseyant près de son amie. Nous pouvons causer.
— Tu n'aimes donc pas mieux rester avec la famille Tir? dit Adrienne souriant ; elle est cependant bien aimable, la petite Poudrette qui a toujours la figure barbouillée de limaille, de charbon!... et ce grand niais de Pétard, qui saule sans cesse comme un cabri et qui empoisonne le soufre!...
— Oh! j'aime mieux parler avec toi... Il y a plusieurs jours que nous ne nous sommes vuesl...
— Ta vieille tante était si aimable ! elle ne te quittait pas plus que son ombre.
— El il fallait lui faire des lectures toute la journée, et puis elle me reprend sans cesse : par exemple... tu sais bien... notre chose... sur quoi nous sommes assises...
-- Notre chaise?
— Non... ce qui nous suit toujours.
— Ah... ça?
— Oui, et bien, ma chère, au lieu du nom qu(> nous lui donnions, cola de lit s'appeler un os coxal.
— Ali! cette bêtise!... c'est ta tante qui dit cela?
— Eh bien autre chose, encore! C'est qu'elle est méchante!... jusqu'à vouloir m'empècher de me gratter quand ça me démange!
— Ah! c'est trop fort.
Lorsque Virginie et Adrienne arrivent au sialon, lUes le trouvent éclairé par un soleil dVrtitice (P. 61.)
— Ueureusemenl que tout cola ne me gênait g-uère.
— Mais par quel hasard est-elle partie si vite?... Vous comptiez qu'elle resterait encore quinze jours?
— Je ne sais ce qui lui a pris... C'est après le dîner... Elle était fort mécontente parce que papa cl maman étaient montés plusieurs fois à leur chambre.
— Comme s'ils n'étaient pas les m;iîlres.
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— Pai)a avait des cors qu'il voulait faire tailler... M"" Bellavoine a trouvé cela ridicule... elle les a suivis, elle est revenue en fureur... je ne sais de quoi!... Enfin, elle est partie. Mais on prétend qu'il fauilra que j'aille passer quelque temps chez elle à Senlis...
— Ah! ma pauvre Virginie, c'est là qu'il faudra de la raison pour ne pas mourir d'ennui!... Moi. je ne pourrais pas y tenir; mais toi, tu es si sage!...
— Oh! oui, certainement... je suis bien sage... mais ça n'empêche pas de penser...
— Tu n'aimes ni le spectacle, ni les bals, ni la danse... tandis que je suis folle de tout cela!
— J'ai l'air de ne pas aimer cela devant ma tante, parce que ça lui fait plaisir... et, comme je veux être son héritière, je suis bien aise de lui faire plaisir : mais au fond du cœur je grille de connaître le spectacle, et je voudrais bien aller au bai si je savais danser; on ne m'a pas fait apprendre parce que ma tante a prétendu qu'il suffirait que je susse faire la révérence... Ah! je la fais bien la révérence... Veux-tu que je t'en fasse une?
— - Non, merci: garde-la pour danser un menuet. Moi, j'aime le monde... la société. ..C'est si amusant quand des messieurs aimables viennentfaireles gaUints... nous adresser des compliments... nous faire la cour enfin! je les laisse dire... 'je ris de leurs belles paroles; de leurs soupirs... Tiens! il faut bien rire! Est-ce qu'il y a du mal à cela?... D'ailleurs, je voudrais trouver un mari, et comme je ne suis pas riche, moi, il me semble «[ue ce n'est pas en faisant une mine sévère, ou en ne répondant que par monosyllabes, que j'inspirerai une passion profonde à un beau jeune Lumme.
— xVli! lu v'u.'c inspirer une passion à un beau jeune homme?
— CertainoKienl que s'il était laid ça me serait fort égal qu'il lu'aimàt, je n'en voudrais pas. D'abord, moi, je veux aimer mon mari! je veux l'adorer, l'idolâtrer!... Oh! que ce doit être gentil un mari... quand il est genlil !
— Tu crois (]ue c'est gentil?
— .Apiiareniment, puisque toutes les demoiselles en prennent.
— Ma tante n'en a pas pris, elle.
— Parce qu'on n'aura pas voulu d'elle malgré ses cens. Elle élait trop laide et lro|i méchante!
— Mais, d: donc, ([uand on a un mari, csl-cc que les autres hommes ue nous adrcssciil plus de comi)limenls... ne nous font plus la cour?
— Oh ! si ; mais on ue doit plus les écouter. On a son mari, ça suffit.
— Ah!... ça suffit... C'est dominasse 1... on ne peut donc plus rire avec les jeunes gens?
— On rit innocemment...
— Qu'est-ce que ça veut dire, innocemment?
— Oh! mon Dieu, que tu es niaise, tu ne comprends rien, toi; cela veut dire qu'on ne leur accorde aucune faveur!
— Ah!... et qu'est-ce que c'est que des faveurs?
— C'est.... comme par exemple de se laisser prendre la main... puis quand on nous la serre, de la serrer aussi... mais un tout petit peu... ensuite de sourire quand on nous regarde... mais de sourire tendrement. Ail! si tu savais comme tout cela rend les hommes heureux!
— Comment fait-on pour sourire tendrement?
— Ahl quand on es! près de quelqu'un qu'on aime déjà... un petit brin, je t'assure que c'est bien facile!...
— Bah!... est-ce que tu as déjà quelqu'un que tu aimes un petit brin, toi?
— Ah! mademoiselle!... voyez-vous avec son air simi)le comme elle fait attention à tout!... Si tu me promettais de n'en pas parler, je te dirais quelque chose.
— Oii! dis-moi quelque cJiose, je t'en prie... A qui veu\-tu que j'en parle, je ne cause qu'avec toi.
— Eii bien, écoute : je crois que j'ai l'ait une conquête, uujoli i^arçon, un brun, aux yeux bleus... M. Doudoux... connais-tu M. Dnu.l.i 'V;'
— Non.
C'est un jeune homme qui habite BeDcville depuis peu; il y est veiin avec sa mère, qui était malade et veut y rétablir sa santé. Ce sont des gens à leur aise... ils s'appellent Ledo:ix, mais comme la maman appelle toujours son fils Doudoux on le nomme aussi comme ça, d'autant plus qu'il a l'air d'une demoiselle ! Oh! il est très timide!. ..Il est encore bien jeune... il n'a qne dix-neuf ans, c'est ce qui me chagrine., le même âge que moi... il me trouvera trop vieille pour lui!...
— Et enfin, ce monsieur?...
— Il reste toute la journée à étudier chez sa mère : il ne sort que le soir avec elle... Oh! il est rangé comme une fille. Cependant mon oiu'tfl ayant eu occasion de les rencontrer chez des personnes de Ménilm jntaut, ils sont revenus ensemble à Belleville, de là on a fait connaissance, oii s'est engagé réciproquement à aller faire la partie l'un chez l'autre; enfin, nous sommes allés chez eux. Après nous avoir salués, M. Doudoux, qui avait ce jour-là un de ses camarades de collège chez lui, est allé causer avec son ami dans une pièce voisine. Moi, pendant qu'on jouait, je n'ai
OJ («IL VriE DE PALI, DE KOCK
eu l'air de rien, je me suis approchée de la porte de la chambre où étaient ces messieurs; comme ils causaient avec feu et que la porte n'était que poussée à demi, j'ai pu entendre une partie de leur conversation... Oh 1 c'était bien intéressant!...
— De quoi parlaient-ils donc?
— Des femmes... des demoiselles... enfin, du beau sexe en général.
— I']sl-ce que nous sommes le beau sexe, nous?
— Assurément.
— .\lors les hommes, c'est le vilain'sexe?
— Ce n'est pas cela, c'est-à-dire que c'est aux femmes que l'on doit aide et protection. Ecoute-moi donc : M. Doudoux disait à son ami : Ah, mon cher! que la femme est un être inefTable... Quand j'en vois, cela me fait faire des rêves terribles... J'en deviens tout de suite amoureux, mais je n'ose pas le leur dire... Auprès d'elles je tremble, je rougis, je perds toutes mes facultés !...
— Ah! ce pauvre jeune homme!
— L'autre répondait : Ah ! que tu es bête!... Moi, j'ai déjà eu six maîtresses... et je leur ai fait dos traits pendables; aussi on m'adore, on ne me résiste pas !
— Voyez-vous, ce monsieur! Etait-il gentil, celui-là?
— Non, un vrai carlin. Enlin, ce pauvre M. Doudoux répondait en soupirant: Tu es bien heureux, toi, de savoir tout de suite te faire aimer !... Mais aussi quelle ivresse j'éprouverai quand je rencontrerai une Ame qui se confondra avecla mienne, un cœur qui comprendra les pulsations du mien!...
— Qu'est-ce que cela veut dire, tout ça!
— Ah! cela veut dire probablement qu'il voudrait être aimé de quel. qu'un.
Comme la conversation finissait, je m'éloignai de la porte. Quand M. Doudoux revint au salon, je ne pus m'empècher de le regarder avec... intérêt: d'abord, il est fort bien, ce jeune homme... Je ne sais pas s'il saperçut que j'avais les yeux sur lui, mais il devint tri's rouge. Ce soirlà, il no me dit rien du tout ; mais lorsqu'il vint à la nuiisou avec sa mère, il m'adressa pourtant la parole. Je lui répondis, et, (|uoiqu"il soit très sérieux, je trouvai moyeu de leMaire rire. .Mors, il devint moins timide... cl, oiilln. l'autre soir il me dit à demi-voix que les j(Uirs où il me voyait étaient mar(|ués sur de la pierre blanche.
— Je ne comprends pas cela.
— Moi j'ai deviné que cela vonlail dire (juil .liinail beaucoup à me voit.
— Ail ! de la pierre blanche ça veut dire cola?
— Oui, c'est une figure... M. Doudoux aime beaucoup à faire de grandes phrases. Je lui ai répondu que j'avais aussi du plaisir à le voir et qu'il n'avait qu'à venir plus souvent avec sa mère .. Ohl alors, si tu savais comme il paraissait enchanté! Il s'est écrié : O bone Deiis. Jchova!
— • Ah I mon Dicul est-ce qu'il récitait ses prières?
— Non, c'était des exclamations de joie, de plaisir. Comme il est très savant, il parle souvent latin.
— Et tu comprends le latin, toi?
— Je ne comprends pas, mais je devine ce que cela veut dire à la pantomime de M. Doudoux. Au reste, je pense que tu le verras bientôt chez nous... Ils viennent très souvent. Et à présent que ta vieille tante est partie, j'espère que tes parents et loi reviendrez nous voir comme autrefois. ^—
— Je suis bien curieuse de le voir, ton M.
Doudoux...
— Ah! Virginie si lu savais comme c'est amusant d'avoir un sentiment... d'avoir quelqu'un qui nous occupe... alors on n'a plus un moment d'ennui... on pense à ce qu'il nous a dit... à ce qu'il nous dira...
Ce jeune homme ne m'a pas encore positivement déclaré qu'il m'aimait, mais je vois bien qu'il brûle de me le dire.
— Puisque c'est si gentil, moi aussi je veux avoir un sentiment; je veux connaître un jeune homme qui brûle du désir de me dire quelque chose.
— Mais il est bien entendu que cela doit être pour le bon motif 1
— Qu'est-ce que lu veux dire avec ton bon motif?...
La conversation des jeunes filles est interrompue par une forte e.xplo-
u fjiUeuil a lu Voltaire est perdu..
sion qui part du salon; ce bruil soudain est suivi de cris, d'exciamalions ; il semble que la maison soit bouleversée. Les deux amies en ont tressailli de frayeur ; elles descendent précipitamment l'escalier en se disant :
— Mon Dieu! qu'esl-il donc arrivé en bas?
Lorsque Virginie et Adrienne arrivent à la porte du salon, elles le trouvent rempli de fumée, mais éclairé par un soleil d'artifice qui brûle sur le beau fauteuil à la Voltaire; M"" Troupeau et M"" Vauxdoré se sont cachées sous la table de jeu pour ne pas recevoir d'étincelles, les deux maris sont blottis derrière des rideaux ; M"° Poudrette tient une chaise sur sa tète, et regarde le feu comme si elle était à Tivoli ; Pétard est au milieu du salon, où il fait des bonds et des éclats de rire, tandis que M. Tii- est dans un coin de la chambre, l'air tout stupéfait et la moitié de la figure et de la perruque brûlées.
Pendant que la société jouait au nain-jaune, M. Tir, brûlant du désir de terminer son soleil à bombe dans la soirée, avait oublié la recommandation de M"° Troupeau; mais il attachait des conducteurs, il voulait que ce fût solidement fait. Il s'était beaucoup trop rapproché de la chandelle, et voilà qu'au moment où Vauxdoré s'écriait d'un air triomphant : .
— Je place mon nain!... Pau!... un conducteur prend feu, puis le soleil, puis la perruque de M. Tir, qui, en recevant les rayons du soleil dans le visage, repousse loin de lui la pièce d'artifice, et la société est aux champs; les dames jettent de granls cris, parce que le soleil rejeté par M. Tir, est allé pétiller sous leurs jupons. On quitte la table, ou bouleverse tout, le soleil est pris et rejeté au hasard, et il est allé achever sa carrière sur le fauteuil à la Voltaire au moment où les deux jeunes filles arrivent h la porte du salon.
Le soleil s'éteint enfin; alors la frayeur se calme, les dames sortiMil de dessous la table, les hommes leur donnent la main pour se relever, et M"" Troupeau s'écrie :
— Vdiliï un événement bien désagréaldo!... Je vous avais prévenu, monsieur Tir, je vous avais dit : — N'approchez pas de la lumière... mais quand vous êtes dans votre artifice vous n'écoulez rien.
— J'ai eu terriblement peur, dit .AI""' Vauxdoré, j'ai reçu des élincelles dans les mollets... Tenez... voici les preuves... des trous âmes bas.
— Mon i)i'au faiid'iiil à la Voltaire est ]iordu!... tolali'nienl perdu! dit 'rroiijii'au avec hninrnr; ji- sais iiicn que mes iiiovens me iit>rnicllent d'en acheter un anlrc... niais ce n'en est pas moins lii'sagrénhle...
— Je buis confus... je suis désespéré, répond M. Tir qui n'ose pas se plaindre le sa figure et de ses cils brûlés. Je ne comprends pas comment cola s'est fait... J'avais cependant l'œil sur les mèches!...
— C'était tout de même bien gentil! dit M"° Poudrette.
— Oui, s'écrie Pétard, c'est seulement dommage que ça ne tournait pas... une autre fois, papa, quand tu en feras partir dans un salon, attacheles à quelque chose.
— J'espère que ce ne sera pas chez moi, dit M"" Troupeau; e'. toi, ma chère Virginie, où étais-tu dans ce terrible instant?
. — Maman, je venais de monter à ma chambre avec Adrienne... Je lui montrais la dernière robe que tu m'as donnée.
— Comme c'est heureux!... Si ces jeunes lilles eussent été là, cet arlifice pouvait les dévisager!... Ah! monsieur Tir, désormais je vous craindrai comme le fou!
— Madame, je suis désolé... c'est que les conductours étaient trop bons!
— C'est d'autant plus contrariant, dit Vauxdoré, que je venais do placer mon nain jaune, je faisais un coup superbe... je gagnais beaucoup... mais on a poussé la table... mêlé tous les jeux!...
— Bienheureux encore d'en être quitte pour la peur. Allons, Vauxdoré, Adrienne, disons bonsoir à nos voisins, et allons nous coucher. Je gage que je rêverai d'incendie !
La compagnie se retire. M. Tir, toujours confus, en renouvelant ses excusesi et ramenant sur son: front ce qui lui reste de sa perruque ; Adrienne en souriant à Virginie et lui disant à l'oreille :
— Tâche, de venir demain, tu verras Doudoux.
— Mon pauvre fauteuil à ressort! dit M. Troupeau en allant se coucher.
— Certainement, j'ai eu aussi quelque chose de brûlé, dit M"" Troupeau; mais je verrai cela tout à l'heure... je ne suis pas comme M""" Vauxdoré, qui montre ses mollets à toute la société.
Virginie ne dit rien, mais... elle pense... elle pense beaucoup, et ce n'est pas au soleil d'artifice.