‹ La pucelle de BellevilleChapitre 60 sur 104 · M. DL'PO.NT · texte numérisé non relu

M. DL'PO.NT

L lioulaii^ 1 et seb gai OHS maithent tu n lUt (P 675.)

dit le boulanger avec le ton mielleux qui lui est habituel et qui le rend la coqueluche de toutes les cuisinières du quartier, qui le citent comme un beau parleur.

« Yous poussezdes cris étoufTésetperçants;j'aidit aux enfants : Il faut lâcher la pâte et nous informer de la circonstance survenue aux voisins. »

— ■ Ah! monsieur Pétrin!... c'est le ciel qui vous envoie! Sans vous, nous serions perdus... De grâce ne nous abandonnez pas dans ce moment périlleux...

UV. 85. — PADL DE KOCK. — ÉD. J. liOUFF ET C'^. LIV. 83

— Madame, soyez calme, je me suis toujours piqué r/'oryrt^.opourêlnulile au beau sexe... Mais qu'est-ce encore?

— Des voleurs, monsieur Pétrin, des voleurs...

— Où sont-ils, par où sont-ils entrés...

— Bidois va tout nous dire... c'est lui qui les a dérouvcrls...

— Parlez donc ? Bidois... »

Bidois s'avance pâle et tremblant, et commence son récit, ne s'inlerrompant que pour rattraper sa culotte, que, dans le feu do son discours, il oublie parfois de retenir.

« J'étais couché dans ma chambre, je dormais assez mal ou, pour

mieux dire, je ne dormais pas du tout.... Je me sens des douleurs.... comme de colique.... provenant sans doute de quelque chose du dîner qui....

— Passez vos coliques. Bidois, dit madame Moulonnet avec impatience, et venez au fait.

. — J'v arrive, madame. Je me sens forcé de descendre dans la cour pour aller....

— Nous savons bien où vous alliez, Bidois. Ensuite?

— Je quitte donc ma chambre, et, n'ajant point de lumière, je me décide à descendre à tâtons. Je descends donc et fort doucement pour ne réveiller personne. J'étais déjà au second étage, en face des magasins.... lorsque mon pied glisse.... je perds l'équilibre, et je rouie quatre ou cinq marches sur le dos....

— Que lapeslevouséloud'eavec vosroulades! Aurez-vousbieutùt Uni?

— M'y voici, madame, m'y voici. Je me relève, et cette fois je me cramponne, de manière à ne plus tomber. Je descends.... me voilà devant la cuisine je vais être eu bas.... quand un bruit subit part à deux pas de moi, presque à mon oreille.... Je veux voir le coquin.... Baiil ils sont plus d'un; je les ai entendus grimper l'escalier quatre à quatre, et ils se sont probablement réfugiés dans le grenier.

— Ahl mon Dieu! dit madame Moutonnet en saisissant le bras de M. Pétrin.

— Ah ciel! dit son époux en s'appuyaut sur son fusil, au houl duquel est encore un bouquet dont ou ne dislingue jjIus les Heurs, parce (ju'il est depuis quelques années dans le chilTonnier.

— r/est-il bien possible! dit à son tour Jeanneton, (pii n'a pas l'air aussi ellVayée que les autres, pan'<' qu'elle devine à peu près ce i]ni a causé tant de frayeur à Bidois.

— Il faut commencer la visite (himiciliaire. dit le boulanger. Kn a\anl, garçons ! Monsieur ^Jnutdnnel. donnez-nuM voire fusil.

— Bien volontiers, ninnsieiir Pi'Mriii

M. DUPONT

— Il est chargé?

— \on, non, il ne l'est pas; je crois même qu'il ne l'a jamais été.

— Eh 1 que diahle alors voulez-vous que j'en fasse?

— Vous êtes inoorrig-ible, monsieur, dit madame Moulonnet à son mari, votre fusil n'est jamais en état.

— Mais, mon cœur, vous savez Lieu que je n'ai pas rhaliiiaJc de m'en servir.

— Allons, calmez-vous, nos garçons suffiront, je l'espère, dit le boulanger; s'ils font résistance, nous les assommerons.

— Oui, mais s'ils tirent sur vous? dit Bidois.

— Bah! les voleurs n'ont jamais à armes effectives, marchons.

— Mais il faut d'abord mettre les dames en lieu de sûreté, dit M. Moutonnet.

— C'est juste.

— Allons chez ma fille, dit madame !\[ontonnet, nous nous y enfermerons. ))

On quitte la boutique; le boulanger et ses garçons marchent en avant; puis Bidois, auquel son couteau donnerait l'air d'un conspirateur si sa culotte, tombant à moitié de ses jambes, ne rappelait le motif de sa sottise: vient ensuite madame Moutonnet, puis son époux, qui s'obstine à tenir son fusil en joue quoiqu'il sache bien qu'il ne peut tuer personne; mais il pense sans doute que la vue suffira pour pélrifier les voleurs; enfin Jeanneton tient deux flambeaux avec lesquels elle éclaire la marche des mitrons, passant tantùt devant, tantôt derrière, suivant que le permettent les localités.

On a commencé par visiter la cour, où l'on ne trouve personne, ce qui n'étonne point, puisque, d'après le récit de Bidois, c'est vers le liaut de la maison que les voleurs se sont dirigés ; on arrive devant la chamlire d'Eugénie : la jeune fille avait eu tout le temps de se mettre au lit. On frappe à sa porte, la maman lui ordonne d'ouvrir. Eugénie, qui n'est pas endormie, passe bien vite une robe et ouvre.

A la vue de la jeune fille, dont l'air calme et presque riant n'annonce aucune terreur, M. Pétrin commence un joli compliment, dans lequel il s'embrouille et que madame Moutonnet interrompt, fort heureusement, pour demander à sa fille comment il se fait quelle était aussi tranquille lorsqu'il y a des voleurs dans la maison.

— Des voleurs 1... dit Eugénie en jetant un regard sur Jeanneton ; mais, maman, je n'ai rien entendu....

— Vous êtes bien heureuse, mademoiselle, de dormir comme un canon; mais nous allons nous enfermer chez vcus, pendant que ces mes-

sieurs vont combattre pour nous!... Ah! ... que nous sommes heureu:j d'avoir des libérateurs !

Eugénie lève les yeux, mais elle les rebaisse bien vite parce que le costume des libérateurs lui paraît trop à la romaine ; madame Moutonne! pousse sa fille et Jeanneton, et, remettant un des flambeaux à Bidois :

— Marchez, dit-elle, mais surtout soyez prudents !...

Et elle referme la porte à double tour, au grand mécontentement de son époux et de Bidois, qui espéraient tous deux se glisser dans la chambre avec les dames

— C'est ici qu'il faut de la tète et du sangfroid, dit M. Pétrin, nous allons rclancei l'ennemi dans son gi-

te Marchez devant,

mon vieux, vous connaissez les êtres, vous conduirez.

— Bien obligé, dit Bidois, mais si je tiens

la lumière, je ne pourrai pas faire usage de mon arme.... 11 vaut donc mieux qu'un de ces messieurs s'en charge. ...Je vous guiderai aussi bien en marchant derrière; d'ailleurs, c'est à M. Moutonnot, qui est chez lui, à faire les honneurs.

— Allons toujours, dit le passementier, je m'en rapporte entièrement au zèle de ces messieurs.

Le boulanger voit qu'il n'y a pas moyen de faire passer devant M. Moutonnet ou son commis; il se décide à commander les manœuvres. Parvenu au secoiul, on visite exactement les magasins; de là on passe au troisième; M. Bidois avait laissé sa porte entrouverte; on visite sa chambre, on cherche sous le lit, dans les armoires, dans la cheminée: Bidois regarde même dans sa table de nuit, probablement sans penser à ce qu'il fait: on ne trouve rien.

Bidois regarde même dans sa table de nuit.

M. DUPONT

— Décidément, ils sont dans le grenier dit M. Moutonnet.

— Oui, oui. dit Bidois, c'est là que j'ai toujours pensé qu'il étaient.

— Marchons vers le grenier, dit le boulanger, car il faut qu'ils soient quelque part.... à moins que M. Bidois n'ait rêvé et ne s'amuse à nous faire faire une petite patrouille de santé.

— ■ Non, messieurs, non, je n'ai point rêvé.... j'ai des oreilles, je ne suis pas encore en enfance.... vous en aurez bientôt des preuves.

On se dirige en silence vers le grenier. Arrivé devant la porte, qui n'est fermée qu'au loquet, on entend un bruit assez violent, auquel succède un profond silence.

— Pour cette foi--, nous les tenons, dit le boulanger.

— Que.... que... vous avais-je dit? marmotte Bidois, qui tremble de tous ses membres, tandis que M. Moutonnet est obligée de s'appuver sur son fusil pour se

soutenir.

— Si Bidois allait chercher la garde? ditil d'une voix presque éteinte.

— Oui, monsieur, vous avez raison, répond Bidois enchante de trouver une occasion pour ne pas entrer dans les greniers.

Et le vieux commis se dispose à descendre, lorsque le boulanger le retient brusquement par le bras.

— Nous n'avons pas besoin d'aide, dit-il, moi et mes garçons nous sommes solides au poste, et c'est inutile d'aller chercher le voisin.

En achevant ces paroles, M. Pétrin, le gourdin en l'air, se précipite dans le grenier, dont il ouvre la porte brusquement.

— Rendez-vous, coquins 1 crie-t-il d'une voix de Stentor tandis que, ses deux garçons brandissent leurs i-edoutable- bâtons et que M. Mou-

Ils se tienuent enlacés sur la première marche.

OEUVRi: DE PAL"L DE KOCK

tonnet et Bidois qui ont fait semblant d'entrer, se tiennent enlacés sur la première marche de l'escalier, prêts :i redescendre si l'on fait résistance.

Mais comme les voleurs n'ont jamais existé que dans Timaginalion de Bidois, on ne répond pas à l'appel du boulanger, qui s'avance bravement, suivi de ses garçons, et va jusqu'au fond des greniers sans rien découvrir. Arrivé là, on voit remuer une longue planche jetée avec des vieilles boiseries dans un coin de la mansarde. M. Pétrin fait un signe à ses garçons : tous trois s'avancent, lèvent leurs gourdins et frappent en même temps. Mais au lieu du gémissement du voleur, qu'ils comptaient entendre, c'est un miaulement épouvantable qui retentit dans le grenier; un des garçons lève la planche et découvre un malheureux chat auquel ils ont brisé les reins.

A celte vue, le boulanger part d'un éclat de rire, ses garçons en font autant.

— Il parait que nous sommes vainqueurs, dit M. Moutounet à Bidois; les entends-tu?... Ils chantent victoire; nous pouvons nous joindre à eux. » Et ces messieurs entrent dans le grenier, en demandant si l'on a bien bàlonné les voleurs.

— IS'ous n'en avons trouvé qu'un, dit M. Pétrin, mais je vous assure qu'il ne vous fera plus peur, et en disant ces mois le boulanger jette aux pieds de Bidois le chat qu'ils ont assommé.

— Qu'est-ce que cela veut dire? s'écrie M. Moutonne! . tandis que Bidois regarde d'un air elfaré le pauvre chat étendu devant lui.

— Cela veut dire, mon voisin, qu'il n'y a pas plus de voleurs chez vous que dans mon four, où votre vieux commis mériterait d'aller se faire durcir, pour lui apprendre à mettre un quartier en l'air parce qu'il a la colique. Allons, les enfants, c'est assez manœuvrer pour un chat, retournons à la pâte.

En disant cela, M. Pétrin descend l'escalier et s'éloigne avec ses garçons, riant de la frayeur de Bidois, qui fera le lendemain la nouvelle du quartier.

M. Moutonnet est resté avec son commis qu'il regarde d un air moitié craintif, moitié goguenard.

— Qu'en dis-tu? demandc-l-il après un long silence.

— Je dis, je dis qu'ils ont mal cherché, ré|>ond fîidois d'un air courroucé. Au surplus, quelle cliose qui arrive maintenant, c'est Uni, je ne mon mêle plus; je suis dans mon jour de malheur; j'aurais bien du deviner que cela tournerait encore contre moi.

lilt Bidois rentre danii sa cliamhre, oi'i il s'enferme à double lonr, persuadé, malgré la visite du boulanger, qu'il y a queliju'un de caché

M. DUPONT

dans la maison. Les dames ont entendu M. Pétria s'éloig^ncr avei,' ses garçons ; elles ouvrent donc avec empressement à M. Moutonnet, qui vient leur apprendre le résultat de la visite.

— Co n'était rien, dit M, Moutonnet en s'essuyant le front, nous n'avons trouvé qu'un chat que nous avons tué.

— Qu'est-ce à dire? s'écrie M""" Moutonnet; c'est pour un chat que Bidois met toute la maison en l'air, qu'il répand l'alarme dans tout le quartier, qu'il me donne presque des attaques de nerfs! Ah çà! mais ce drùle-là a donc résolu de ne faire aujourd'hui que des sottises!... Ah! il me le payera demain. Allons, couchez-vous ma iille ; renirez Jeannelon, el vous, monsieur, suivez-moi.

M. Moutonnet suit sa chère épouse et va remettre au fond du chiffonnier le vieux fusil qui n'aurait pas dû en sortir. Mais, en passant contre sa honue, Eugénie a trouvé le moment de lui dire tout bas :

— C'était moi. Et Jeanneton se promet de rire à son aise quand elle sera dans sa chambre.

on PROMET Ql'ELQfE CUOSF

Le calme succède ù l'orage, ou bien (comme aurait dit l'écuyer de Don Quichotte) les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Le lendemain de la fête à M. Moutonnet, on a repris le train dévie ordinaire, les occupations journalières. Dès sept heures du matin, M. Moutonnet est devant son grand livre, Bidois fait des additions, Eugénie coud au comptoir, Jeanneton balaye et M"" Moutonnet va, vient et donne ses ordres du haut en bas de la maison.

Avant d'en venir là cependant, il a fallu entendre une petite mercuriale plus forte que de coutume; mais chacun s'y attendail. M. Moutonnet est tancé vertement pour s'être permis, la veille, mille libertés et propos lestes au bois de Romainvillc, et surtout pour s'être éloigné de sa femme pendant la scène du bal; Bidois est grondé au sujet de plusieurs gaucheries qu'il a faites : mais c'est surtout pour la peur qu'il a causée pendant la nuit que le vieux commis essuie de sévères réprimandes. Les coupables écoutaient dans le plus profond silence : c'est le meilleur correctif contre la colère. M. Moutonnet et son commis connaissaient le procédé de Socrate, ou plutôt ils en font usage par un instinct naturel qui, sans que l'o;! nous l'ait enseigné, nous fait sentir la manière dont il faut nous :onfluire dans les circonstances épineuses. Co sentiment secret est le bon sens,et ilfautavouer qu'il guide souvent mieux les sots que les gens d'esprit.

680 ŒLVRK DE PAUL DE KÛCK

Cependant, tout en taillant sa plume (ce que. par parenthèse, Bidoisfait plus de dix fois dans la journée), le vieux commis est intimement persuadé que pendant, la nuit dernière, il s'est introduit quelqu'un dans la maison ; mais comme on n'a trouvé personne, et qu'il ne veut plus se faire gronder par M^^ Moutonnet, il garde pour lui ses réiloxions, se disant :

— Si ce n'était pas un voleur, c'était toujours quelqu'un; mais tôt ou tard je saurai qui.

Eugénie seule n'a pas été comprise dans les réprimandes que sa mère vient de distribuer; et cependant, depuis la veille. Eugénie est la plus coupable, et le calme n'est pas rétabli dans son cœur, Pauvre petite I il est bien à craindre qu'il ne s'y rétablisse plus ! Quand l'amour s'empare d'une jeune fille, il ne la quitte pas facilement; ce dieu s'attache plus fortement aux femmes qu'aux hommes : sans doute les dames le traitent moins légèrement que nous.

Adolphe saisit toutes les occasions qui se présentent pour sortir de son magasin, ne fût-ce que pour cinq minutes ; car. dans ces cinq minutes, il trouve le temps de passer devant Eugénie, de la regarder bien tendrement, de lui adresser quelques mots passionnés, qu'elle ne peut entendre, • il est vrai, parce qu'il ne les dit qu'à demi-voix, mais dont cependant il lit la réponse dans les yeux d'Eugénie, parce qu'une jeune lille devine falilement tout ce que son amant peut lui dire, surtout quand cet amant n'a obtenu que de légères faveurs,

Lorsque, par hasard, M°" Moutonnet est sortie, Eugénie vient se placer sm'le seuilde la boutique, comme pourprendreTairunnioment, et Adolphe, qui, de son magasin, est toujours aux aguets, trouve aussitôt un prétexte pour sortir, et il passe tout contre Eugénie, et en passant il lui presse la main; on échange quelques mots; etl'onest heureux... pour des amants, une minute de bonheur laisse de doux souvenirs pour toute la journée.

Ces regards, ces petits mots, ces serrements de mains attisent le feu qui brûle dans ces jeunes cœurs ; l'amour qu'ils éprouvent prend chaque jour de nouvelles forces; il les occupe entièrement; il est devenu pour eux une seconde existence, Adolphe ne respire que pour Eugénie, et celleci n'a plus une pensée qui ne se rapporte à Adolphe.

— Il passera tout à l'heure, se dit-elle à chaque instant; je vais le voir, il me regardera... et peut-cire ce soir ou demain, maman sortira, et je pourrai lui parler un moment.

Jeannolon est toujours la ronlidi'iitc d'Ilii^^iMiic ; ciiaquc soir la grosso servante apprend ce i|ne l'on a fait le matin, i'.llc sail loiiibicn do fois Adolphe a passé devant la lionti(]no, ce qu'il a dil, cf (ju'il a fait ; ollo sait iiioMio connue ni il était mis: car on ])arlanl do ce lui i|ii 'cl lo ai nie, une j ou no

M. DUPONT

Ici, Dupont, en voulant se rasseoir trop précipitamment... (P.

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