SUITE DE L HISTOIRE D ADRIEN
Quelques mois après le dépari d'Adrien, Roger annonce qu'il va se rendre à Paris pour terminer des affaires importantes • il dit avoir reçu (les nouvelles d'un parent fort riche, qui est lancé dans le commerce, et peut lui faire faire des spéculations avantageuses. Enlin il propose à Robert de le suivre et d'essayer de tenter avec lui la fortune ; au grand étonnement de tout le monde, Robert accepte ces propositions et part avec Roger.
Juliette, restée seule, pense à son Adrien dont elle reçoit de temps à autre des nouvelles ; elle apprend qu'il se distingue, qu'il est déjà sons-officier, elle ne doute pas qu'il ne parvienne à être au moins lieutenant. Son ambition ne s'élève pas au delà; elle pense qu'un lieutenant est un homme que son frère ne pourra plus refuser, et cette douce espérance en soutenant son courage, lui fait supporter les peines de l'absence.
Cependant, après une absence de sis mois, Robert et Roger reviennent près de Juliette, mais non plus tels qu'ils sont partis. Roger a fait soi-disant, de fort bonnes affaires, et il a aidé Robert qui a aussi gagné de l'argent. Roger acheté une maison, la même qu'Adrien espérait acquérir, et le frère de Juliette achète une propriété non loin de celle de son ami.
La nouvelle fortune de Robert ne semble pas cependant le rendre plus lioureux ; il est toujours au-^si mélancolique qu'autrefois; il y a même des moments où, livré à un effroi dont on ne saurait deviner la cause, il tremble et frémit au moindre bruit, à la plus simple interpellation.
Julielte fait tous ses efforts pour ramener le calme et le contentement dans l'iinic de son frère : mais lorsqu'elle lui demande le motif de ses alarmes, de sa tristesso, maintenant ijue la fortune lem" sourit, Robert reste ini]iém'lrablo.
Roger, qui paraît fort satisfait de son sort, recommence à parler d'amour à Julielte. Sans cesse sur ses pas, il la suit, il la guette, l'obsède par ses poursuites.
M. DUPONT
Adrien pax't en disant ces mots, et sans regarder Juliette. (P. 713.)
— Je ne vous ai jamais aimé, lui dit Juliette, et j'adore Adrien
— Adrien ne pense plus à vous, dit Roger, il ne reviendra pas. Adrien me sera toujours fidèle, j'en suis certaine; mais quand même
il m'oublierait, je ne consentirais pas pour cela à vous épouser.
— Vous m'épouserez cependant, répoud Rojer en lançant sur la cliaruiante fille des regards affreux; il le faut, et cela sera.
PAUL Dt KOCK.
ÉD. 1. BOUFF ET c'" .
œUVRE DE PAUL DE KOCK
Juliette tremble, frémit ; elle court se plaindre à son frère des poursuites d'un homme qu'elle déteste; mais Robert ne lui répond pas il l'écoute en silence; quelquefois des larmes viennent mouiller ses paupières, des soupirs étouffés s'échappent de sa poitrine, mais il s'éloigne sans consoler sa sœur.
Deux années se sont écoulés, depuis le départ d'Adrien, et chaque |Our Juliette prie le ciel de lui ramener son amant : car chaque jour sa position devient plus insupportable. Roger est sans cesse sur ses pas, il ne la quitte point, il est plus arrogant, plus affermi que jamais dans son projet de l'épouser. Ce n'estpas en amanttimide qu'il lui faitlacour, c'est en homme qui menace, qui effraie, qui est persuadé qu'on sera forcé de lui obéir. Juliette, ne pouvant plus endurer ce supplice, demande en grâce à son frère de défendre à Roger de prétendre à sa main; et, pour la première fois, Robert lui annonce au contraire qu'il faut qu'elle se décide à l'épouser.
— Epouser Roger!... oublier Adrien!... Jamais!... Jamais! s'écria Juliette ; je tiendrai jusqu'au tombeau le serment que j'ai fait à celui que j'aime.
— Il faut oublier ce serment et Adrien, dit Robert, il faut que Roger devienne ton époux ou je suis perdu...
— Perdu I que voulez-vous dire?... Qu'avez-vous donc à craindre de Roger?
— Tout... si tu ne consens pas à être sa femme.
Robert s'enfuit, laissant l'infortunée Juliette livrée aux plus mortelles alarmes. Oublier Adrien, c'est impossible! Epouser Roger! elle aimerait mieux mourir... Mais quels sont ces dangers qui menacent son frère?... Que peut-il redouter de celui qui se dit son plus sincère ami, de celui à qui il doit sa fortune? Juliette cherche en vain à deviner ce secret; sa tète se perd, son esprit s'égare en conjectures vagues, elle ne peut fixer ses idées.
Le lendemain de sa conversation avec Robert, Juliette, retirée dans sa chambre, ciierchait en vain le sommeil ; il avait fui ses paupières depuis qu'on voulait la forcer à oublier son Adrien. Voulant respirer un moment l'air pur de la campagne, dans l'espoir qu'il ranimera ses esprits abattus, elle se lève au milieu de la nuit, et ouvre sa fenêtre qui donne sur leur jardin. Cette fenêtre est peu élevée; une voix, qu'elle croit reconnaître pour celle de son frère, a troublé le silence de la nuit. A qui Robert peut-il parler ;'i celte heure?... Juliette écoute... elle croit entendre prononcer son nom; iiieiitùt elle distinguo la voix de Roger. C'est d'elle que l'on parle. Le désir de connaître leur secret, de savoir ce qu'ils ont résolu, lui fait
M. DUPONT
■surmonter son ellroi : elle descend doucement de sa chambre, marche ivec précaution jusqu'au bosquet dans lequel sont assis Roger et son Irère, et, retenant sa respiration de crainte d'èlre surprise. Juliette écoule leur conversation.
— Il y a trop longtemps que cola dure ainsi, dit Roger. Il faut que cela finisse.
— Ce n'est pas ma faute, répond Robert d'une voix tremblante, je vous laisse le maître de lui parler...
— Il ne suffit pas que je lui parle; et vous voyez bien qu'elle n'en tient aucun compte, puisqu'elle me rebute continuellement ; cette petite fille est diablement entêtée!... mais, morbleu! nous saurons la réduire. C'est à vous de commander; vous êtes son irère, elle doit vous obéir.
— Je lui ai dit hier quelles étaient mes intentions.
— Cela ne suffit pas encore, il faut la forcer à céder.
— Je n'ai pas le droit... Je ne saurais... malgré sa volonté...
— Vous n'avez pas le droit!... vous ne sauriez!... Ah ! vous êtes toujours si faible, si indécis !... Il faut montrer du caractère, cependant. Songez bien, Robert, que, si je n'épouse pas votre sœur... j'ai les moyens de vous perdre... et je les emploierai!
— Ce serait vous perdre aussi.
— Non, non!... Je fuirais d'abord, je me mettrais à l'abri des poursuites avant de vous dénoncer, et j'enverrais aux. magistrats une accusation que vous ne seriez pas en état de démentir.
— Misérable I dans quelle affreuse position m'avez-vous placé?
. — V^raiment! je vous conseille de vous plaindre, vous n'aviez pas le sou, et vous ne vouliez rien faire ; eh bien I je vous ai enrichi, et moi aussi à la vérité; mais nous avons partagé eu bons camarades. Il me semble que vous devriez me remercier, au lieu de me dire des injures ! Vous êtes un ingrat ! . . .
— Et les remords qui déchirent mon cœur... et la crainte d'être reconnu coupable?
— Quant à cela, vous savez bien qu'il n'y a pas de danger; personne ne possède notre secret !...Nous ne courons donc aucun risque; ainsi vos remords viennent fort mal à propos !
— Ah ! vous avez beau dire!... je ne puis plus goûter de tranquilité. Je ne saurais supporter la présence d'Adiien!,.. et s'il revenait dans ce pays...
— Il n'y reviendra pas quand il saura que votre sœur est mariée !
— Malheureux Adrien. .. faut-il encore lui ravir son amante, après l'avoir dépouillé... après lui avoir volé ce qu'il possédait !...
Un cri, parti àpeu de distance, interrompit Robert; les deuxhommes sortirent précipitamment du bosquet, et trouvèrent Juliette étendue sans connaissance à quelques pas de là.
— C'est ma sœur, dit Robert, c'est ma pauvre sœur !...
— Oui, dit Roger d'une voix sombre, elle nous écoutait ; sans doute, elle a tout entendu. C'est maintenant plus que jamais, qu'il faut qu'elle soit ma femme.
XYII
fIX DE L HISTOIRE D ADRIEN
En revenant à la vie, Juliette n'osait porter ses regards ni sur son frère ni sur Roger; tous deux lui faisaient horreur ; elle ne pouvait supporter la pensée de vivre avec les misérables qui avaient volé Adrien et Georges. Cependant un reste de pitié lui parlait encore pour son frère, dont elle voyait les remords et le repentir.
— Vous connaissez notre secret, lui dit Roger; voj'ez maintenant si vous voulez encore me refuser votre main. Je puis perdre votre frère, déshonorer votre famille, et je le ferai si vous ne consentez pas à m'épouser, dussé-je me perdre avec vous.
Juliette connaissait Roger capable, pour se venger, de se dénoncer lui-même : elle frémissait à la seule pensée de donner sa main à ce monstre, mais elle ne pouvait non plus supporter l'idée de voir son malheureux frère accusé, traîné devant les tribunaux, et le nom de leur vertueux père déshonoré à jamais.
Robert, pâle et tremblant devant sa sœur, n'osait point la supplier de le sauver; il avait horreur de lui-même; il se sentait indigne de sa Iiitié, et Juliette, qui voyait ses craintes et sa souffrance, était décidée à sauver son frère, et à mourir en épousant Roger.
Le mariage était arrêté; encore huit jours, et Juliette, l'intéressante Juliette, devenait l'épouse d'un monstre souillé de crimes : un des plus beaux ouvrages de la nature allait s'allier à ce qu'elle avait formé de plus repoussant. L'infortunée attendait ce moment comme le malheureux condamné attend l'instant de son supplice.
C'est alors que revient Adrien, brûlant d'amour, d'espérance, ayant obtenu le grade de lieutenant et fait quelques économies ; il s'empresse de profiter d'un congé pour aller demander à Robert la main de sa sœur • il
M. DUPOl-il
ne voit plus d'obstacle à son union avec Juliette. En entrant dans sa ville natale, son premier soin est de demander des nouvelles de son amie : dans huit jours, lui dit-on, elle devient la femme de Roger.
— Juliette infidèle!.,, et pour Roger !... On me trompe, dit Adrien ; je ne le croirai que quand sa bouche me l'aura confirmé.
Adrien s'informe de la nouvelle demeure de Juliette : il court, il vole...
il traverse la ville comme un fou... enfin, il arrive, il entre... il est devant Juliette... et il ne peut se persuader que c'est elle qu'il voit, tant les chagrins, les pleurs, la souffrance ont altéré les traits de son amie.
Juliette a poussé un cri de joie ; elle s'est élancée en apercevant Adrien, puis bientôt, faisant un retour sur sa situation, elle est retombée triste et abattue sur sa chaise.
— Ma Juliette! dit Adrien en se jetant aux genoux de son amie, tu me revois plus tendre, plus épris que jamais... l'ourquoi ces larmes?... cette tristesse?... Quel changement eu toi!... et tu ne cours pas dans mes bras, tu ne réponds pas à mon empressement ! ... 0 ciel ! m'aurait-on dit vrai ?
— Oui, dit Juliette d'une voix faible, oui, j'épouse Roger...
— Tu épouses Roger... toi! Juliette... tu m'es infidèle!...
— Ah! je n'ai pas cessé un instant de t'adorer... mais il le faut... je ne saurais te dire... Je dois épouser Roger.
— Tu dois épouser Roger!... Voilà donc le prix de mon amour, de ma constance! Perfide! et ta bouche ne craint pas de faire cet aveu! tu te fais un jeu de ma douleur!... va, je te rends tes serments, tes lettres... dans lesquelles tu me peignais une tendresse que tu n'éprouvais pas!... épouse Roger, tu es digue de lui.
Adrien part en disant ces mots, et sans regarder Juliette. Ah I s'il
Juliette écoute.
lavait vue éperdue, mourante, il n'aurait point eu le courage de s'éloigner ainsi. Ce coup était trop fort pour rame de Juliette; elle avait jusqu'alors tout supporté : mais s'entendre accuser de perfidie par Adrien! mais l'entendre la maudire, perdre à la fois son estime et son amour! L'infortunée succombait à sa douleur, lorsque Robert revint près d'elle. H avait appris le retour d'Adrien, et plus troublé, plus inquiet que jamais, il venait près de Juliette comme pour y trouver un asile contre la vengeance d'Adrien.
Il trouve sa sœur livrée au plus affreu.'î désespoir, il l'entend prononcer, en sanglotant, le nom de son amant, et jurer de ne plus supporter la vie. Ce tableau pénètre l'âme de Robert, déjà bourrelée de remords; il se sent indigne du sacrifice que Juliette allait lui faire ; il frémit en pensant que tant de candeur, de grâces, de vertus, deviendraient la proie de l'homme qui l'a poussé au crime.
— Console-toi, ma Juliette, lui dit-il, sèche tes larmes, tu reverras Adrien. Tupeux encore être heui'euse... C'est àmoi de tout te sacrifier.
Mciis Juliette ne l'entend pas, ces consolations n'arrivent point jusqu'à son cœur que la présence d'Adrien ^^ent de déchirer.
Roger a appris le retour d'Adrien, il prévoit les suites funestes qui peuvent en résulter, il craint l'amour de Juliette, les remords de Robert; il redoute la fureur de son rival, il sent enfin qu'il ne pourra être tranquille possesseur de sa fortune et de sa maîtresse tant qu'Adrien existera, et, aucun crime ne l'effrayant pour satisfaire ses passions, il jure la mort de son rival.
En s'éloignant de Juliette, Adrien a quitté la ville, et, marchant au hasard, il a porté ses pas vers un bois qui n'est pas éloigné. Là, s'abandonnant à toute sa douleur, il laisse couler ses larmes qu'il a retenues devant Juliette, et, cessant de combattre ses regrets et son amour, il se repaît encore de l'image de celle qu'il aime toujours, malgré la perfidie dont il la croit coupable.
La nuit est venue, un orage affreux se déclare, la foudre gronde, ses éclats font retentir les échos de la forêt que ies éclairs sillonnent par inlervalles. Adrien reste dans le bois : absorbé dans sa douleur, le désordre de la nature ne saurait l'effrayer, et dans ce moment ce spectacle terrible a des charmes pour son âme.
A minuit, Robert est sorti de sa demeure pour aller trouver celui qu'il a jadis dépouillé^ et auquel il veut faire l'aveu de son crime ; il espère obtenir de lui son pardon, et connaît assez Adrien pour savoir que la faute du frère ne saurait altérer ses sentiments pour la sœur.
C'est dans une cabane de bûcheron, située dans le bois, que l'on croit qu'Adrien est allé passer la nuit. Tels sont du moins les renseigne-
M. DUPOMT
ments que Robert a recueillis le matin, et il se décide à s'y rendre, choisissant exprès une heure où personne ne pourra l'apercevoir ; il se flatte que la conversation qu'il va avoir avec Adrien restera éternellement secrète, et que Roger surtout ne concevra aucun soupçon.
L'espoir de soulager son âme bourrelée de remords a rendu quelque énergie à cet homme ordinairement si faible et si craintif ; il marche d'un pas ferme, malgré l'orage qui gronde sur sa tète, et déjà il est près d'atteindre le bois.
Mais Roger veille aussi : le misérable attendait la nuit et le silence pour frapper en sûreté sa victime. Pendant le jour il a su s'informer adroitement de la route qu'avait prise Adrien, et lorsque l'ombre et le mystère semblent lui promettre l'impunité, il se dirige vers la cabane, dans laquelle il espère s'introduire facilement et sans donner l'éveil aubùcherou.
Roger marche avec précaution ; il craint d'être entendu ; il s'arrête au moindre bruit qui vient frapper son oreille. Au détour d'un sentier, la lueur d'un éclair lui fait apercevoir un homme marchant avec précipitation; il écoute, il reste immobile.. L'homme passe près de lui... le nom de Juliette s'échappe péniblement de sa poitrine. Roger ne doute point que ce soit son rival. Quel autre qu'Adrien pourrait être maintenant dans le bois?. .. Il précipite ses pas, il atteint sa victime.
« Meurs! » lui dit-il... Il frappe, et Robert tombe à ses pieds baigné dans son sang.
Au cri que l'infortuné a jeté en se sentant frappé, l'assassin a reconnu sa méprise; il fuit dévoré de rage d'avoir manqué son rival : la mort de Robert lui étant tout espoir de posséder Juliette, il jure en s'cioignant qu'Adrien ne sera pas plus heureux que lui.
Cependant Rob; ''t respire encore , ses gémissements parviennent jusqu'à Adrien, et le tirent enfin de son profond accablement. Quelque malheureux que l'on soit, on trouve un allégement à ses peines lorsque l'on peut secourir d'autres infortunés; le malheur ne rend pas insensible, ce que la fortune fait quelquefois.
Adrien se dirige du côté d'où partent les gémissements ; il arrive près d'un homme mourant... Mais que devient-il en reconnaissant dans cet homme, Robert, le frère de Juliette! Seul, au milieu de la nuit, dans un bois, et quand la foudre semble vouloir épouvanter les faibles morlels, qui viendra l'aider à secourir cet infortuné? Adrien appelle; il fait retentir les éclios de ses cris, l'orage seul y répond. A genoux devant le blessé, il cherche à le ranimer, à penser ses blessures. Robert rouvre les yeux et entend la douce voix d'Adrien.
— C'est loi qui veux me sauver ! lui dit-il ; c'est toi qui implores le
œUVRE DE PAUI. DE KOCK
ciel en ma faveur, cher Adiien! Je suis indigne de ta pitié; je suis l'auteur de tous tes malheurs... J'ai mérité mon sort, mais je mourrai moins nialiieurcux si tu daignes me pardonner.
— Quels que soient tes torts, dit Adrien, je dois les oublier en ce moment pour ne songer qu'à te secourir... Tu ne peux rester dans ce bois, je vais te porter dans mes bras jusqu'à la cabane du bûcheron ; nous y trouverons quelques secours.
— Ils seraient inutiles, dit Robert d'une voix expirante ; je sens que je n'ai plus que quelques instants à vivre ; permets-moi de les employer à t'avouer mon crime ; cet aveu seul peut me soulager et diminuer mes souffrances... Va, le spectacle de la nature en feu, du bouleversement des élémenls, n'est plus effrayant pour celui qui aperçoit déjà la profondeur (lu tombeau I
Adrien est forcé de se rendre aux désirs de Robert; courbé près de lui, et soutenant doucement sa tête, il écoute en silence le récit que lui fait le frère de Juliette.
<( Tu le sais, Adrien, la ruine de mes parents changea mon caractère; je devins inquiet, silencieux. Habitué par un pi're trop bon à ne faire que mes volontés, je n'avaio jamais voulu me décider à travailler ; je n'étais même pas en état de rien faire, et au moment où je sentis qu'il me faudrait, pour subsister, faire usage des facultés et des forces que nous donne la nature, fut un coup terrible pour moi; la honte d'avoii inutilement perdu mes premières années se fit alors sentir ; mais, loin des retrouver cette énergie qui nous inspire le désir de réparer nos fautes, je n'éprouvai que du découiai^cmont et de l'ennui.
P.ogcr seul, le perfide ilogcr avait l'art de me distraire, en feignant
JUeurs! lui dit-il.
M. DUPONT
Adrien passe à travers les flammes. (P. 779).
de me plaindre et en flatlanl ma paresse. Tu ne dois point travailler, me disait-il souvent; tu es né riche. Un malheur t'a ruiné, il faut qu'un autre événement te dédommage. La Fortune te doit bien cela.
« C'est alors que tu héritas ainsi que ton frère; et je ne rougis point de te l'avouer, loin de partager ton bonheur, je n'éprouvai que le regret de voir quelqu'un plus fortuné que moi.