‹ La pucelle de BellevilleChapitre 90 sur 104 · M. DU PO. M · texte numérisé non relu

M. DU PO. M

mais, pour me suivre, elle n'en fait rien, monsieur le commissaire, car je sors très souvent, elle ne veut pas quitter sa chambre.

— Le commissaire. — Le mari estoblùjé de la recevoir et de lui fournir tout ce qui lui est nécessaire pour les besoins de la vie, telon ses facultés et son état.

— Dupont. — Tout cela veut-il dire qu'elle doit cohabiter avec moi?

— Le commissaire. — Eh! sans doute, monsieur, n'entendez-vous pas : La femme est obligée dhabiter avec son mari?

— Dupont. — Bon, bon, j'entends... Alors, monsieur le commissaire, que me conseillez-vous ? .

— Le COMMISSAIRE. ■ — Lisez le Code civil à votre femme, article 214.

— Dupont. — Cela suffit, monsieur le commissaire... je le lui lirai dès aujourd'hui. Mais cependant, si cela n'y faisait rien...

— Le commissaire. — Alors, monsieur... je ne sais trop comment.. Mais ce n'est sans doute qu'un caprice de madame votre épouse... Elle peut avoir dos motifs... C'est fort singulier, monsieur!... Est-ce une veuve que vous avez épousée?

— Dupont. — Non, monsieur le commissaire, c'est une demoiselle...

— Le commissaire. — Et elle n'a point de dllformités?

— Dupont. — Elle est jolie comme vous et moi. monsieur le commissaire.

— Le commissaire. — II ne faut pas se fier aux apparences, monsieur; quelquefois les beautés h's plus séduisantes cachent les disgrâces de la nature !

— Dupont. — Ah! mon Dieu, monsieur le commissaire, est-ce que ma femme aurait une disgrâce?...

— Le commissaire. — Je ne dis pas, monsieur... mais... Latet anguis in herba.

— Dupont. — Je ne sais pas si elle a la tête oiiguis, monsieur le commissaire, mais elle est furieusement entêtée. Enfin, je vais lui lire le Code civil... et si elle ne me cache pas quelque... disgrâce, comme vous le disiez fort bien tout à l'heure, je me ilalLc qne... D'ailleurs, vous pourrez lui envoyer une citation, n'est-ce pas, monsieur le commissaire?

— Le commissaire. — Oui, monsieur; mais il faut espérer que nous n'en viendrons pas là. Tôt ou tard une femme se rend à la douceur, à la patience et aux bons procédés...

— ■ Dupont. — Et aux arlicles 213 et 214, que je vais apprendre par cœur. J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur le commissaire.

Dupont sort du cabinet de l'homme de loi, et, avant de rentrer chez lui. s'empresse d'aller acheter le Code civil.

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