LE COSTUME D' HOMME
Le port du costume d'homme était un point de la plus grande importance dans les esprits des juges. « L'habit est peu de chose, moins que rien » , disait-elle avec son gros bon sens3. Le 22 février, on lui demanda sur le conseil de qui elle portait le vêtement d'homme.
« Elle refusa plusieurs fois de répondre, dit à la fin qu'elle ne l'avait pris sur le conseil de qui que ce soit et plusieurs fois varia dans ses réponses » , qui ne sont pas textuellement rapportées 4. Le 24 février, elle fit remarquer qu'eue n'avait pris ce vêtement sur le conseil d'aucun homme et qu'elle n'avait rien fait que par l'ordre de Dieu et des anges \
Nous avons déjà vu (p. 87) le témoignage de Jean de Novelonpont sur ce point. Il lui demanda si elle voulait s'en aller à Chinon avec les habits qu'elle portait et elle répondit qu'elle chevaucherait
i Procès, t. I, p. 396, 397.
a A. France, Vie de Jeanne d'Arc, t. II, p. 305-306.
s Procès, t. I, p. 74.
* Ibid., t. I, p. 54-
'•> Ibid., t. I, p. 74.
volontiers avec le costume d'homme '. Si c'est lui qui en suggéra l'idée, elle ne l'en rendit point responsable ; elle fut loyale jusqu'au plus petit point d'honneur, et nous devons supposer que les Voix donnèrent leur approbation à ce changement de vêtement. Mais il y a une preuve, comme nous l'avons vu (p. 86, 87), qu'elle avait pensé s'en aller en France et qu'elle fit cette première tentative avec le costume d'homme bien avant d'avoir eu un cheval et une escorte. Son parent Laxart ou Lassois a déposé ainsi : « Quand la Pucelle vit que Robert de Baudricourt ne voulait pas l'emmener au dauphin, elle lui emprunta ses propres vêtements et dit qu'elle désirait partir, et il l'emmena à Saint-Nicolas » , d'où, selon ce que déclare Catherine Royer, « ils revinrent à Vaucouleurs, parce que, suivant ce qu'elle tenait de Jeanne elle-même, la Pucelle ne pouvait partir ainsi de façon honorable » , c'est-à-dire à pied. Le Saint-Nicolas dont il est ainsi parlé, ne saurait être celui que Jeanne visita à Nancy, car il se trouve sur un chemin allant en sens contraire de celui de la France 2. Ainsi l'idée de porter le costume d'homme était antérieure à celle qu'aurait pu avoir Jean de Novelonpont. Par la suite3, dans diverses occasions, elle resta fermement attachée à sa résolution de porter le costume d'homme. Ce n'était point seulement la marque qu'elle n'avait point abandonné sa mission, mais seule avec des soldats dans sa cellule, comme à la guerre, c'était la sauvegarde de sa pudeur. Les docteurs de son parti l'avaient approuvée, et, comme elle le dit, c'était affaire de peu d'importance.
1 Procès, t. II, p. 436, 437.
2 Ibid., t. II, p. 444 et note i. p. 447.
3 Ibid., t. I, p. 133, 165, i6f>.