LA QUESTION DE LA CONFESSION
Pour ce qui est des Visions et des Voix, la Pucclle admit franchement qu'elle n'avait point révélé ces phénomènes à son curé ni à aucun homme d'Église l. Le motif de son silence n'était point un ordre de ses Voix, mais la crainte que les faits venant à être connus, les Bourguignons ou son père ne l'eussent empêchée de partir pour la France.
En 1428-29, ses voisins connaissaient son intention, mais ils ne savaient pas qu'elle était conseillée par des saints qu'elle voyait et entendait.
Cette abstention vis-à-vis des prêtres auxquels elle ne révéla ni ses Visions ni ses Voix, fut une des principales charges d'après lesquelles elle fut condamnée. « Tu as cru à leurs enseignements du moment qu'elles sont venues à toi, sans demander conseil à ton curé ou à quelque autre homme d'Église. Et néanmoins tu crois que ces Voix viennent de Dieu aussi fermement que tu crois en la foi chrétienne, et que Notre-Seigneur Jésus- Christ a souffert passion2. » Vraisemblablement ce simple manquement de ne pas mentionner ces phénomènes en confession n'était pas une grande faute ; la faute était d'accepter ces Voix et leurs avis, avant qu'un prêtre les eût déclarés orthodoxes. Cependant, les clercs de Poitiers avaient eu confiance et l'archevêque d'Embrun ainsi que Gerson les avaient reconnues orthodoxes.
Jeanne aurait pu avoir à attendre longtemps si elle avait consulté des confesseurs. Sainte Thérèse ne parla à personne, ou tout au moins cacha longtemps sa première vision de Notre-Seigneur 3. Toutefois on doit reconnaître que cette vision ne
1 Procès, t. 1, p. 128.
••' Ibid., t. I, ]>. 436.
:; Œuvres de sainte Thérèse, t. t, p. >*2 -. Paris, tS
fut le point de départ d'aucun acte, et ne forma point la base d'entreprises militaires apparemment irréalisables. Quand les visions devinrent plus fréquentes, un confesseur conseilla à sainte Thérèse de n'en parler à personne. La sainte fut charmée de cet avis. Mais Notre-Seigneur lui dit que le confesseur s'était trompé, qu'en confession elle devait toujours toute la vérité sur ses Visions1.
Ce sont là sujets sur lesquels il est évident qu'il règne parmi les prêtres une grande variété d'opinions et Jeanne aurait pu perdre son temps au milieu des disputes des directeurs. Elle prit la chose en mains elle-même, et dès l'âge de treize ans garda son propre secret.
Les écrits de sainte Thérèse sur ses visions, ses remarques sur ce qu'elle voit « avec les yeux de l 'es\ lit » et dans un état « presque de ravissement » , si bien qu'elle s'asseyait pour se rendre compte qu'elle était maîtresse d'elle-même (parfois son corps se trouvait élevé au-dessus de la terre), tout cela ne fait pas la même impression sur l'esprit que le récit de la Pucelle au sujet de ses propres visions. Celles de sainte Thérèse semblent moins « externes » et moins substantielles 2. Toutefois elle était maîtresse d'elle-même quand, sur les ordres de son confesseur, elle faisait le signe de la croix (de même que Jeanne) et un geste de dédain contre la plus auguste apparition. « Au moment de la sainte présence, on aurait pu me mettre en pièces sans m'amener à croire que c'était le démon i> , dit sainte Thérèse 3 .
Jeanne avait également beaucoup de peine à être convaincue, par ses accusateurs et ses juges, que ses visions n'étaient pas saintes.
1 <1 nie Thérèse, t. I, y. 271, 273,
- Ibid., t. J, p. $91, 392.
3 Ibid.. t. I, p. 315, 316.
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