‹ La Pucelle de FranceChapitre 37 sur 51 · LA PUCELLE DANS LES CHRONIQUES ANGLAISES CONTEMPORAINES · texte numérisé non relu

LA PUCELLE DANS LES CHRONIQUES ANGLAISES CONTEMPORAINES

Quicherat n'insère dans le Procès qu'un extrait d'une chronique anglaise concernant J eanne, et on y trouve seulement : « Et hoc anno, xxm. die raaii, quœdam millier, vocata Pucelle de Dieu, capta est ab Anglis apud villam de Compayne1. »

Quicherat ignorait que dans un ouvrage imprimé, A Chronicle of London (édité en 1827 par >ir Harris Nicolas et E. Tyrrell), il aurait trouvé plus de détails. Les éditeurs anglais avaient publié, d'après un manuscrit du British Muséum, intitulé Cotton, Julius, B. I., une traduction de la lettre écrite par le duc de Bourgogne à Henri VI le 23 mai 1429. Cette lettre est identique, sauf dans quelques passages, à celle de la ville de Saint- Quentin, publiée par Quicherat dans le Procès, t. V. p. 1O6, 167. Il y a un document, peut-être antérieur de cinquante ans (Cotton, Vitelhus, F. IX.), qui donne aussi une traduction anglaise de la lettre du duc de Bourgogne. Le 20 avril igoq dans ses Études, le P. Thurston, de la Société de Jésus, en a publié la copie. J'en reproduis le texte tel qu'il le donne en français :

1 Procès, t. IV, p. 475.

4o8 LA PUCELLE DE FRANCE

« La même année, le duc de Bourgogne campant avec son armée devant Compiègne, une sorcière, une femme en laquelle le dauphin et tous les adversaires du duc avaient grande confiance et qu'ils tenaient pour une prophétesse ou une déesse, sortit de ladite ville de Compiègne, bien armée, avec beaucoup de capitaines, de chevaliers et d'écuyers et d'autres, qui furent défaits. Et la sorcière qu'ils appelaient la « Pucelle de Dieu » fut prise. Et alors le duc de Bourgogne écrivit au Roi à Calais en la manière qui suit 1 :

« A mon très-redouté Seigneur le Roi. Mon très redouté Seigneur, Je vous salue aussi respectueusement et aussi humblement que je puis. Et qu'il vous plaise de savoir, mon très redouté Seigneur, que ce jour d'uy xxiir de may, environ six heures après midi, vos adversaires et les miens, qui estoient avec grande puissance en la ville de Compaigne, devant laquelle je suis logié avec mon armée et avec ceux que vous avez envoie z sous le gouvernement de messire John Montgommery et messire John Styivard, sont sailliz avec grande puissance sur l'avant-garde qui estoit proche d'eux; et avec eux vint celle qu'ilz appellent la Pucelle, avecques plusieurs de leurs principaulx capitaines : à rencontre desquelx alèrent mon cousin messire Jehan de Lucembourg et autres de vos gens et des miens qui ont fait très grant et aspre resistence; et en ma personne y arrivai, et trouvai que les diz adversaires estoient jà reboutez; et par le plaisir de notre benoist Créateur la chose est ainsi avenue, et Dieu m'a fait tele grâce, que icelle qu'ilz appellent

1 Dans la traduction de cette lettre, nous reproduisons autant que possible le texte de la lettre aux habitants de Saint-Quentin, tel qu'il a été publié par Quicherat ; nous donnons en italiques les additions principales de la lettre à Henri VI.

la Pucelle a esté prinse, et avecques elle plusieurs capitaines, chevaliers et escuiers, et aultres prins et noiez et morts, dont à ceste heure je ne sais encore les noms. »

J'y ajoute le reste des notes sur Jeanne, que j'ai recueillis dans les chroniques anglaises :

i° Manuscrit harléien n° 2256, f. 200.

. . . Un peu avant la Pentecôte, le susdit siège d'Orléans fut levé par le duc « de Launson » et son armée. Et tous les autres seigneurs et capitaines du même siège furent dispersés, c'est-à-dire le comte de Suffolk et son frère et lord Talbot, et lord Scales, avec beaucoup d'autres Anglais qui bientôt après étaient faits prisonniers avec grand dommage.

2° Ibid., f. 202.

Et la même année (c'est-à-dire 1430, d'Henri VI) le xv jour de mai, eut lieu une rencontre en France auprès de la^ ville de Compiègne, dans laquelle lurent tués, tant Français qu'Armagnacs et Ecossais, 800 hommes d'élite, et l'on prit aussi à ces Français et à leur compagnie beaucoup de « cottes d'armes. » Et en cette même journée, fut prise la sorcière de France, appelée la Pucelle, qui fut prise toute armée comme un homme d'armes. Par la puissance de sa sorcellerie, tous les Français et leur compagnie avaient l'espoir de l'emporter sur le peuple anglais, mais Dieu fut Seigneur et Maître de cette victoire et déconfiture, et ainsi elle fut prise et amenée et gardée en lieu sûr par le roi et son conseil, toujours en son pouvoir et à sa volonté.

4io LA PUCELLE DE FRANCE

3° Manuscrit Cotton, Julius, B. XI, f. 8y.

La délivrance d'Orléans comme dans le manuscrit harléien n" 2256.

40 Ibid., f. 87, 88.

Anno octavo.

Et le 23e jour de mai vers la nuit devant la ville de Compiègne, fut prise sur le champ de bataille une femme avec beaucoup de nobles capitaines, qu'on appelait la Pucelle de Dieu, une mauvaise sorcière, par la puissance de laquelle le dauphin et tous nos adversaires croyaient fermement conquérir toute la France, et n'avoir jamais le dessous en aucun lieu où elle serait présente, car ils la regardaient entre eux comme une prophétesse et une grande déesse.

50 Manuscrit Cotton, Cléopatra, C. IV, f. 35 et f. 36.

La délivrance d'Orléans, et la prise de la Pucelle comme ci-dessus.

6° Manuscrit Cotton, Vitellius, A. XVI, f. 871.

(Anno septimo).

Et en jour de mai, le siège d'Orléans fut levé par la Pucelle et le bâtard de Bourbon et d'autres Armagnacs, et là furent tués lord Moleyns, l'écuyer Grassdale et beaucoup d'autres hommes de valeur. Et le Xe jour de juin le frère du comte de Suffolk et lord Ponyngs son fils et héritier furent tués dans un combat auprès d'Orléans. Et lord Talbot, lord Scales et sir Thomas Rampeston et beaucoup d'autres furent fait prisonniers. Et cela eut lieu à Jargeau et le 22 juin le cardinal partit pour un voyage en Bohême, vers la ville de Prague,

mais il n'y arriva pas, car il resta toujours en France avec ses nombreux seigneurs.

f Ibul, f. 92 (Anno VHP).

... Et le 23 mai, fut la Pucelle prise devant Compiègne par le duc de Bourgogne, sir John Lyffynbourne, sir John Steward et sir John Mongomery.

Ibid., f. 93 (Anno IX").

Et le 23e jour1 la Pucelle fut bruire à Rouen, et c'était la veille du Corpus Christi,

On peu! commenter un peu ces textes.

Extrait 1. — La Pucelle n'est pas même nommée dans le rapport de la délivrance d'Orléans, attribuée au duc d'Alençon (Duke of Launson) bien qu'il n'ait pas été présent.

Extrait 2. — La prise de Jeanne est datée du 15 mai, et 800 Français et Écossais avec beaucoup de « cottes d'armes » , c'est-à-dire beaucoup de chevaliers et d'écuyers, furent pris. Monstrelet évalue à 500 ou 600 la troupe de Jeanne, et il rapporte qu'un petit nombre fut capturé. Le passage ne dit rien de la mort de Jeanne sur le bûcher.

Extrait 6. — Le nom de Glasdale est donné comme Grassdale, ce qui est probablement correct.

Extrait 7. — Sir John Lyffynbourne signifie Jean de Luxembourg. Il est clair que les Anglais chez eux savaient peu de chose de la Pucelle, et ce peu de chose était faux.

1 Le mois de juin est le dernier mentionné.

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