NOIES
non donna à l'armée française. M. France dit (I, 306) que, comme Jeanne, le 28 avril, ne pouvait point adresser ses sommations à Talbot (qui se trouvait à Saint-Laurent du même côte que la ville), elle voulut se montrer devant le guet de Saint-Jean-le-Blanc. Ses autorités sont Beaucroix, Procès, III, p. 78, et d'Aulon, III, p. 214. Dans le passage précédent il est dit que Jeanne (à quel moment ? cela n'est point établi) désirait que toute la troupe s'en allât droit à Saint-Jeanle-Blanc, ce qu'on ne fit pas. Le second passage cité (III, 214) n'a aucune relation avez les événements du 28 avril, comme M. France l'imagine, mais contient le récit de la marche en avant des Français contre Saint-Jean-le-Blanc dans la matinée du 6 mai. Ils constatèrent alors que les Anglais avaient quitté le fort, en voyant s'exécuter les mouvements des Français sur le fleuve. Ainsi les Anglais évacuèrent Saint-Jean, le matin du 6 mai et non le 28 avril.
M. France (I, 306) dit, que si Jeanne avait essayé de se montrer devant Saint-Jean le 28 avril, elle n'y aurait point trouvé d'Anglais. Le 29 avril, M. France (I, 311, 312) dit, que Saint- Jean-le-Blanc était encore privé de ses défenseurs. Ses autorités sont Jean Chartier {Procès. IV, 54) qui déclare que les Anglais avaient évacué Saint-Jean et s'étaient retirés dans la forteresse établie sur le monastère des Augustins ; et la Chronique de la Pucelle (Procès, IV, 217). Le second auteur reproduit simplement le précédent, et tous les deux paraissent faire erreur et assigner au 28 avril un événement du 6 mai. M. France (I, 341 ) représente Saint-J ean comme étant encore privé de ses défenseurs le 5 mai. Il écrit (I, 347) en parlant du 6 mai, que les premiers des Français qui débarquèrent sur la rive opposée de la Loire « entrèrent dans la forteresse abandonnée de Saint- Jean-le-Blanc, et se donnèrent, en attendant les autres, l'amusement de la détruire. » Ici, l'autorité citée est la Chronique de la Pucelle, mais dans cette chronique nous lisons, que le 6 mai, les Français traversèrent la Loire en force, sous les yeux de Glasdale (du fort anglais des Tourelles à la tête du pont), qui immédiatement fit évacuer et brûler le fort de Saint-Jean-le-Blanc et fit retirer ses hommes aux Augustins, aux Tourelles et à la barbacane ou au boulevard des Tourelles (Procès, IV, 225, 226). Cela concorde avec le récit de d'Aulon qui était présent. Les Anglais, dit-il,
évacuèrent Saint-Jean-lc-Blanc, quand ils virent les Français se préparer à l'attaquer, le 6 mai,
et ils se retirèrent aux Augustins (Procès, III, 213, 214). Chartier paraît avuir fait se produire deux fois la même évacuation de Saint- Jean -le- Blanc, le 28 avril et le 6 mai. Ainsi la Chronique de la Pucelle copie manifestement Chartier, mais elle ne dit pas que le 6 mai les Français s'amusèrent à détruire un fort que Glasdale, ainsi que cela est affirme, avait déjà brûlé !
Beaucr nx, Procès, t. III, p. 78.
Procès, t. III, p. 6, 7.
Procès, t. III, p. 78.
Procès, t. V, p. 200.
Procès, t. IV, p. 149.
Procès, t. IV, p. 151, note 1.
Procès, t. V, p. 342-346.
Journal du Siège, Procès, t. IV, p. 153.
Procès, t. V, p. 260.
Procès, t. III, p. 34.
Ainsi écrit Jean Chartier, en Procès, IV, 54. Il était historiographe royal de Charles VII (en 1449), mais il est très franc sur la futilité des conseillers du roi, qui en 1449 étaient pour la plupart morts ou avaient quitté leurs charges.
Procès-, t. III, p. 7.
Cette affaire de sommations et de hérauts est rapportée de façon très confuse. M. Anatole France (t. I, p. 284, 305) adopte cette opinion que la Pucelle avait envoyé de Blois (vers le 26 avril ? ) un héraut avec sa fameuse lettre de sommation datée du 22 mars 1429. Les Anglais, dit M. France, avaient gardé le héraut et n'avaient fait aucune réponse. Une autorité, la Chronique ,1e la Pucelle (Procès, t. IV, p. 215-217), dit que Jeanne écrivit de Blois, et envoya sa lettre à Talbot par un héraut. Mais comme la lettre donnée en la circonstance est datée du 22 mars, elle ne peut avoir été écrite à Blois ; le 22 mars elle était à Poitiers. Le Journal du Siège, faisant une erreur de six semaines, dit que le 22 mars Jeanne envoya un héraut avec sa lettre de Blois. Les Anglais lurent la lettre, menacèrent de brûler la Pucelle et gardèrent le héraut (Procès, IV, p. 139-141).
Ce sont des erreurs manifestes. Les auteurs assignent comme date à la dépêche du héraut celle où la lettre fut écrite (22 mars), M. France (I, p. 321) adopte ces erreurs et le 30 avril il fait expédier par Jeanne s<>n héraut Ambleville, pour reprendre le héraut Guienne, envoyé de Blois.
Pour cela M. France cite Procès, t. III, p. 26, 27, le témoignage de Jacques l'Esbahy, bourgeois d'Orléans. Jacques n'a rien déposé à ce sujet. Il dit que deux hérauts, Amblcville et Guienne, furent envoyés aux Anglais, qui renvoyèrent Amblcville et retinrent Guienne, déclarant qu'ils le brûleraient. La Chronique de la Pucelle fait rendre par les Anglais un des hérauts, qui, par erreur, est signalé comme étant retourné chez eux et ayant ramené son compagnon sain et sauf (Procès, t. IV, p. 220, 221). Le Journal du Siège dit, que le 30 avril la Pucelle envoya deux hérauts et demanda qu'on lui rendît celui qu'elle avait expédié de Blois, ce qui faisait trois hérauts en tout ! Les trois hérauts lui furent alors rendus par les Anglais (Procès, IV, 154).
Tout cela paraît absolument inexact. Aucun héraut ne fut expédié de Blois. Deux, Ambleville et Guienne, furent envoyés d'Orléans le 30 avril. Les Anglais renvoyèrent. Ambleville ; ils gardèrent Guienne avec l'intention de le brûler.
Toutefois, sachant bien que brûler un héraut était une mesure grave, ils envoyèrent demander l'avis d'une Université où l'on était rageusement Anglo-Bourguignon, l'Université des docteurs de Paris. Mais la rapidité de Jeanne dans les opérations de la guerre chassa les Anglais d'Orléans avant que la réponse de l'Université fût arrivée, et les Anglais dans leur retraite abandonnèrent dans leur camp le héraut Guienne et le bûcher sur lequel ils avaient l'intention de le brûler. Cela, nous l'avons appris du héraut Jacques le Bouvier, roi d'armes de Berry (Procès, t. IV, p. 42).
P. 141, 1. 30. Procès, t. I, p. 240-241.
P. 142, 1. 8. Procès, t. IV, p. 42.
P. 142, 1. 21. Procès, t. IV, p. 154.
P. 142, 1. 27. Procès, t. IV, p. 155.
P. 142, 1. 29. Citant ces passages, et Jean Chartier, M. Anatole France raconte ainsi l'histoire du 30 avril (France, t. I, p. 316-318) : «Le lendemain, 30 avril, les milices orléanaises furent debout au petit jour. Depuis la veille au soir tout était renversé dans la ville ; la révolte, longtemps contenue, éclatait ... Il n'y avait plus ni lieutenant du roi, ni gouverneur, ni seigneurs, ni chefs de guerre ; il n'y avait plus qu'un pouvoir et qu'une force : la Pucelle. La Pucelle était capitaine de la commune. Cette fillette, cette pastoure, cette béguine que les nobles amenaient pour qu'elle leur portât
bonheur, leur causait le plus grand dommage qu'ils pussent éprouver; elle les réduisait à rien. Dès la matinée du 30, ils eurent tout lieu de s'apercevoir que la révolution bourgeoise était accompli.'. Les milices attendaient la Pucelle pour la mettre à leur tête et marcher tout de suite avec elle contre les Godons. Les capitaines essayèrent de leur faire comprendre qu'il fallait attendre l'armée de Blois et les gens du maréchal de Boussac qui étaient partis, la nuit, à la rencontre de cette armée. Les bourgeois en armes ne voulaient rien entendre et réclamaient à grands cris la Pucelle. Elle ne parut point. Monseigneur le Bâtard, qui avait la langue dorée, lui avait conseillé de ne se pas montrer. » (Procès, III, 21 r ; Chronique de la Pucelle, p. 287). C'est la un renvoi erroné, p. 287, qui se rapporte aux événements d'août 1429. Le renvoi devrait être p. 250-251, correspondant à Procès, t. IV, p. 221-222. Le passage ne contient pas ce que M. France y trouve. Les renvois que fait M. France à ces Chroniques sont parfois singulièrement défectueux : des pages sont citées à tort, et d'autres, que probablement il se proposait de citer, le contredisent.
Le page de Jeanne, dont la mémoire n'était pas très fidèle, dit que Jeanne était mécontente parce que Dunois ne voulait pas attaquer le 30 avril. Il trahit ensuite son inexactitude de la façon la plus étonnante {Procès, t. III, p. 68).
M. France passe ensuite à l'attaque du fort anglais, Paris : « La Pucelle n'en avait rien su. » Aucune autorité que je puisse découvrir, bien que M. France ne se fasse pas faute de citer ses autorités, ne dit un mot alors d'une révolution des bourgeois ; de la Pucelle comme « capitaine de la commune » ; des hurlements en l'honneur de la Pucelle ; de sa retraite, sur le désir de Dunois ; en un mot, de toute l'histoire racontée par M. France.
Dunois dit, qu'elle avait peine à attendre et à lui permettre d'aller à Blois. Elle désirait sommer les Anglais de lever le siège, sans quoi • -lie. les attaquerait. Elle leur envoya alors sa lettre qui les démoralisa (Procès, t. III, p. 7).
P. 1 ( 5, 1. 4. B. de Molandon, La première Expédition de Jeanne a" Arc, p. 106 ; Pièces justificatives, B.