‹ La pucelle (volume 2)Chapitre 19 sur 22 · CORISANDRE · texte numérisé non relu

CORISANDRE

iVJ. o n cher lecteur sait par expérience

Que ce beau dieu qu'on nous peint dans l'enfance,

Et dont les jeux ne sont point jeux d'enfants ,

A deux carquois tout-à-fait différents.

L'un a des traits dont la douce piquûre

Se fait sentir sans danger, sans douleur,

Croit par le temps , pénètre au fond du cœur .

Et vous y laisse une vive blessure.

Les autres traits sont un feu dévorant,

Dont le coup part et brûle au même instant.

Dans les cinq sens il porte le ravage.

Un rouge vif allume le visage ;

D'un nouvel être on se croit animé ;

D'un nouveau sang le corps est enflammé ;

On n'entend rien; le regard étincelle.

L'eau sur le feu bouillonnant a grand bruit,

Qui sur ses bords s'élève, échappe, et fuit,

N'est qu'une image imparfaite , infidèle ,

De ces désirs dont l'excès vous poursuit.

Vous connaissez tous ces états, mes frères ;

Mais ce tyran de nos âmes légères ,

Ce dieu frippon, cet étourdi d'Amour,

Faisait alors un bien plus plaisant tour.

Il fit loger entre Blois et Cutendre Une beauté dont les aimables traits Auraient passé tous les charmes d'Agnès s Si cette belle avait eu le cœur tendre, Beau don qui vaut tous les autres attraits : C'était la jeune et sotte Corisandre.

L'Amour voulut que tout roi, chevalier, Homme d'église , et jeune bachelier , Dès qu'il verrait cette belle imbécille, Perdît le sens à se faire lier.

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