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^-^aviensis
lOO LA PUCELLE. (v. a33}
Et le lorgnait sans bien savoir pourquoi , Jurant toujours d'être fidèle au roi.
Le page ayant employé sa bouteille :
« Rare beauté, dit-il, je vous conseille »< De cheminer jusqu'en un bourg voisin ; « Nous marcherons par ce petit chemin.
(( Dedans ce bourg nul soldat ne demeure; « Nous y serons avant qu'il soit une heure. ce J'ai de l'argent ; et l'on vous trouvera « Et coiffe, et jupe, et tout ce qu'il faudra ce Pour habiller avec plus de décence ce Une beauté digne d'un roi de France. »
La dame errante approuva son avis; ?»Ionrose était si tendre et si soumis, Etait si beau , savait à tel point vivre , Qu'on ne pouvait s'empêcher de le suivre.
Quelque censeur, interrompant le fil De mon discours, dira : Mais se peut-il ce Qu'un étourdi, qu'un jeune Anglais, qu'un page, ce Fût près d'Agnès respectueux et sage, ee Qu'il ne prît point la moindre liberté? » Ah! laissez là vos censures rigides; Ce page aimait ; et si la volupté Nous rend hardis, l'amour nous rend timides.
Agnès et lui marchaient donc vers ce bourg, S'entretenant de beaux propos d'amour.
D'exploits de guerre et de chevalerie.
De vieux romans pleins de galanterie.
Notre écuyer, de cent pas en cent pas , S'approchait d'elle, et baisait ses beaux bras,
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Le tout d'un air respectueux et tendre; La belle Agnès ne savait s'en défendre; Mais rien de plus : ce jeune homme de bien Voulait beaucoup , et ne demandait rien. Dedans le bourg ils sont entrés à peine, Dans un logis son écuyer la mène Bien fatiguée; Agnès entre deux draps Modestement repose ses appas.
Monrose court, et va tout hors d'haleine Chercher partout pour dignement servir, Alimenter, chauffer, coiffer, vêtir Cette beauté déjà sa souveraine.
Charmant enfant dont l'amour et l'honneur Ont pris plaisir à diriger le cœur.
Où sont les gens dont la sagesse égale Les procédés de ton ame loyale?
Dans ce logis (je ne puis le nier) De Jean Chandos logeait un aumônier.
Tout aumônier est plus hardi qu'un page. Le scélérat, informé du voyage Du beau Monrose et de la belle Agnès, Et trop instruit que dans son voisinage A quatre pas reposaient tant d'attraits, Pressé soudain de son désir infâme, Les yeux ardens, le sang rempli de flamme, Le corps en rut, de luxure enivré , Entre en jurant comme un désespéré.
Ferme la porte , et les deux rideaux tire.
Mais, cher lecteur, il convient de te dire Ce que fesait en ce même moment
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Le grand Duiiois sur son ane volant.
Au haut des airs, où les i^lpcs chenues Portent leur tête et divisent les nues; Vers ce rocher fendu par Annibal , Fameux passage aux Romains si fatal, Oui voit le ciel s'arrondir sur sa tête. Et sous ses pieds se former la tempête, Est un palais de marbre transparent, Sans toit ni porte, ouvert à tout venant; Tous les dedans sont des glaces fidèles, Si que chacun qui passe devant elles, Ou belle ou laide, ou jeune homme ou barbon, Peut se mirer tant qu'il lui semble bon.
Mille chemins mènent devers l'empire De ces beaux lieux oii si bien l'on se mire; Mais ces chemins sont tous bien dangereux; Il faut franchir des abymes affreux.
Tel, bien souvent, sur ce nouvel Olympe Est arrivé sans trop savoir par où.
Chacun y court; et, tandis que l'un grimpe, 11 en est cent qui se cassent le cou.
De ce palais la superbe maîtresse Est cette vieille et bavarde déesse, La Renommée, à qui dans tous les temps Le plus modeste a donné queî»[ue encens. Le sage dit ([ue son cœur la méprise ; Qu'il hait l'éclat que lui donne un grand nom, Que la louange est pour l'ame un poison : Le sage ment, et dit une sottise.
La Renommée est donc en ces hauts heux.
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Les courtisans dont elle est entourée, Princes, pédans, guerriers, religieux, Cohorte vaine, et de vent enivrée, Vont tous criant , et criant à genoux : « O Renommée ! 6 puissante déesse , « Qui savez tout, et qui parlez sans cesse, « Par charité, parlez un peu de nous ! »
Pour contenter leurs ardeurs indiscrètes, La Renommée a toujours deux trompettes : L'une, à sa bouche appliquée à propos.
Va célébrant les exploits des héros; \ L'autre est au cul, puisqu'il faut vous le dire; C'est celle-là qui sert à nous instruire De ce fratras de volumes nouveaux , Productions de plumes mercenaires, Et du Parnasse insectes éphémères.
Qui l'un par l'autre éclipsés tour à tour, Faits en un mois, périssent en un jour. Ensevelis dans le fond des collèges.
Rongés des vers, eux et leurs privilèges.
Un vil ramas de prétendus auteurs , Du vrai génie infâmes détracteurs, Guyon, Fréron, La Beaumelle, Nonotte, Et ce rebut de la troupe bigote.
Ce Savatier, de la fraude instrument , Qui vend sa plume, et ment pour de l'argent. Tous ces marchands d'opprobre et de fumée. Osent pourtant chercher la Renommée; Couverts de fange, ils ont la vanité De se montrer à la divinité.
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A coups de fouet chasses du sanctuaire,
A peine encore ils ont vu son derrière. Gentil Dunois, sur ton ânon monté,
En ce beau lieu tu te vis transporté.
Ton nom fameux, qu'avec justice on fête.
Etait corné par la trompette honnête.
Tu regardas ces miroirs si polis :
O quelle joie enchantait tes esprits !
Car tu voyais dans ces glaces brillantes De tes vertus les peintures vivantes; Non seulement des sièges, des combats.
Et ces exploits qui font tant de fracas, Mais des vertus encor plus difficiles, Des malheureux de tes bienfaits chargés Te bénissant au sein de leurs asiles.
Des gens de bien à la cour protégés , Des orplielins de leurs tuteurs vengés.
Dunois ainsi, contemplant son histoire, Se complaisait à jouir de sa gloire.
Son âne aussi, s'amusant à se voir.
Se pavanait de miroir en miroir.
On entendit dessus ces entrefaites Sonner en l'air une des deux trompettes; Elle disait : « Voici l'horrible jour « Où dans Milan la sentence est dictée; « On va brûler la belle Dorothée :
« Pleurez, mortels qui connaissez l'amour. » « Qui? dit Dunois; quelle est donc cette belle? « Qu'a-t-elle fait? pourquoi la brûle-t-on? « Passe, après tout, si c'est une laidron;
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« Mais dans le feu mettre un jeune tendron: M Par tous les saints ! c'est chose trop cruelle : « Les Milanais ont' donc perdu l'esprit. » Comme il parlait, la trompette reprit:
« O Dorothée , ô pauvre Dorothée !
« En feu cuisant tu vas être jetée, « Si la valeur d'un chevalier loyal « Ne te recout de ce brasier fatal. »
A cet avis Dunois sentit dans l'ame Un prompt désir de secourir la dame; Car vous savez que sitôt qu'il s'offrait Occasion de marquer son courage , Venger un tort, redresser quelque outrage, , Sans raisonner ce héros y courait.
« Allons, dit-il à son âne fidèle, « Vole à Milan, vole où l'honneur t'appelle. » L'âne aussitôt ses deux ailes étend ; Un chérubin va moins rapidement.
On voit déjà la ville où la justice Arrangeait tout pour cet affreux supplice. Dans la grand'place on élève un bûcher ; Trois cents archers , gens cruels et timides , Du mal d'autrui monstres toujours avides, Rangent le peuple, empêchent d'approcher. On voit partout le beau monde aux fenêtres. Attendant l'heure, et déjà larmoyant; Sur un balcon l'archevêque et ses prêtres Observent tout d'un œil ferme et content.
Quatre alguazils amènent Dorothée, Nue en chemise, et de fer garrottée.
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Le désespoir et la contusion, Le juste excès de son affliction , Devant ses yeux répandent un nuage; Des pleurs amers inondent son visage.
Elle entrevoit , d'un œil mal assuré , L'affreux poteau pour sa mort préparé ; Et ses sanglots se fesant un passage : « O mon amant ! ô toi qui dans mon cœur « Règnes encore en ees momens d'horreur... » Elle ne put en dire davantage; Et, bégayant le nom de son amant, Elle tomba sans voix, sans mouvement, Le front jauni d'une pâleur mortelle :
Dans cet état elle était encor belle.
Un scélérat , nommé Sacrogorgon , De l'archevêque infâme champion , La dague au poing, vers le bûcher s'avance. Le chef armé de fer et d'impudence , Et dit tout haut : « Messieurs, je jure Dieu « Que Dorothée a mérité le feu.
« Est-il quelqu'un qui prenne sa querelle ? « Est-il quelqu'un qui combatte pour elle ? « S'il en est un , que cet audacieux « Ose à l'instant se montrer à mes yeux ; « Voici de quoi lui fendre la cervelle. » Disant ces mots il marche fièrement, Branlant en l'air un braquemart tranchant. Roulant les yeux, tordant sa laide bouche. On frémissait à son aspect farouche, El dans la ville il n'était écuyer