V. I. Mon cher lecteur sait par expérience
Que ce beau dieu qu'on nous peint dans l'enfance,
Et dont les jeux ne sont pas jeux d'enfans ,
A deux carquois tout-à-fait différens :
L'un a des traits dont la douce piqûre
Se fait sentir sans danger, sans douleur.
Croît par le temps, pénètre au fond du cœur.
Et nous y laisse une vive hlessurc.
Les autres traits sont un feu dévorant
Dont le coup part et brûle au même instant , etc.
Cette ingénieuse idée des deux, carquois de l'Amour est tirée des Métamorphoses d'Ovide (liv. m, v. 468) : Aventure d'Apollon et de Daphné. Cupidon, dit le poëte, vient se placer sur la cime du Parnasse :
« Deque sagiftifera proinsit duo tcla pliarctra
« Diversorum operuin. Fugat Loc , facit iiliid amorem.
4o6 IMITATIONS.
« Quod fai-it , auratum est et cuspide fulget acuta ;
« Quod fugat, obtusum est et Labet sub arundice plurabum.
« Hoc deus in nympha Pcneide Cxit ; at illo
« Lœsit ApoUineas trajecta per ossa mcdullas.
« Protinus aller arnat, fugit altéra nomen aruantis. »
Dans Najîine (acte i, se. i), qui parut en 1749, on trouve les mêmes pensées que celles du commencement de ce prologue. Le comte d'Alban dit à la baronne :
Je TOUS l'ai dit, l'Amour a deux carquois : L'un est rempli de ces traits tout de flamme. Dont la douceur porte la paix dans l'ame, Qui rend plus purs nos goûts, nos sentimens , Nos soins plus yifs , nos plaisirs plus touchans ; L'autre n'est plein que de flèches cruelles Qui, répandant les soupçons , les querelles. Rebutent l'ame, y portent la tiédeur, Font succéder les dégoûts à l'ardeur.
On connaît encore ces jolis vers :
Fatal Amour, tes traits sont différens :
Les uns sont d'or; ils sont doux et perçans, etc.
V. 2. ... Ce beau dieu qu'on nous peint dans l'enfance. Et dont les jeux ne sont pas jeux d'enfans.
Le Tasse , A more fuggidvo :
« Ed ba gioja e trastullo « Di puerili scberzi ; «< Ma il suo scberzar è pienu « Di perigUo e ili danno. ->
V. 16. L'eau sur le feu bouillonnant à grand bruit, Qui sur ses bords s'élève , échappe et fuit. N'est qu'une image imparfaite, infidèle, De ces désirs dont l'excès nous poursuit.
La même comparaison, mais plus dir-eloppée, se trouve dans \ Enéide de Virgile (liv. vu, v^. 461) :
•< .... Magno velati cnm flamr.a sonore « Virgca suggeritur costis nndanlis .' ?ni,
• Exsultantquc acs'u latjccs; furit intus aquœ ^àï ;
« Fumidus atqiie altis .spuinis cxuberat amnis ;
» Nec jain se capit unda; volât vapor ater ad auras. •>
Le Tasse dit aussi dans la Jérusalem dclivrcc (c. viir, st. LX.xiv) :
« Cosl nel cavo raaie unior clie bolle
<- Per troppo foco cntro gorgoglia e fuma ;
" Kè capcndo in se stesso allia s'cstolle ;
« Sovra gl'orli del vaso , e inonda, e «puma. »
rii'» DES I.MIT ;rlO-\'S.
CHANT PREMIER
^ . rg. O Chapelain , toi dont le violon...
Tous les doctes savent qu'il y eut, du temps du cardinal de Richelieu , un Chapelain , auteur d'un fameux poëme de la Pucelle, dans lequel, à ce que dit Boileau,
II fît de mcchans vers douze fois douze cents.
Boileau ne savait pas que ce grand homme en Ot douze fois vingt-quatre cents, mais que, par discrétion, il n'en fit imprimer que la moitié. La maison de Longuevillc, qui descendait du beau bâtard Dunois, fit à l'illustre Chapelain une pension de douze mille livres tournois. On pouvait mieux employer son argent.