‹ La pupille d'hilarionChapitre 31 sur 35 · CHAPITRE XXÎX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÎX

Apremont a revu sa petite reine. Frileuse est rentrée le cœur joyeux dans ce vieux château qu'elle aime maintenant. Elle a salué d'un regard heureux ce ciel un peu âpre, reflété par les lacs bleus, sur les plateaux des puys éteints.

« Mademoiselle devient de jour en jour plus agréable », disent les vieux serviteurs, qui ont reçu son affectueux bonjour, lorsqu'elle est descendue de voiture, devant le perron monumental.

Jadis le froncement de son fm sourcil faisait plier le genou autour d'elle ; aujourd'hui son sourire relève les cœurs.

Si elle regrette quelque chose dans le passé, si elle en désire quelque autre pour l'avenir, personne n'en sait rien ; elle semble dorénavant concentrée dans les mêmes pensées et dans le même horizon.

Seul, peut-être, Hilarion connaît l'objet des préoccupations de la petite châtelaine, car ils ont eu de fréquents entretiens ensemble, depuis le jour du

retour, dans ce qu'on appelle le boudoir, une petite pièce à balcon saillant, dont les fenêtres en ogive, garnies de vitraux aux riches couleurs, éclairent toute une série de portraits féminins : au milieu de chaque panneau, encadré d'arabesques , d'oiseaux et de fleurs dans le goût du dix-septième siècle, s'étalent les portraits, singulièrement travestis, de quelquesunes des dames de Barbantaine ; il y en a une en Lucrèce, une autre en Sémiramis, une autre en Cléopâtre, sans oublier une Judith, faisant face à une Minerve de 1609.

Mais Frileuse ne lève pas les yeux vers ces gloires féminines de sa maison ; elle cause affaires avec son tuteur, comme une petite femme, l'interroge, et finit par lui dire d'une façon si gracieuse :

ce Alors, vous m'approuvez, mon bon Hilarion, j'en suis bien heureuse ! »

Qu'il faudrait avoir le cœur terriblement cuirassé pour lui refuser une complète approbation!

Mauve est de notre avis à cet égard; elle dit oui à sa chère élève, en l'embrassant avec tendresse, et cependant, après chacun de ces petits conciliabules, dont elle se déclare si satisfaite, elle éprouve le besoin d'aller épancher son cœur au pied de l'autel, dans la chapelle solitaire.

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