CHAPITRE XVIII
Un nouvel intérêt est entré dans la vie de Véfa. Le drame caché qui s'est déroulé dans cette maison Témeut et Toccupe; elle en pénètre d'au-
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tant mieux les ressoris secrets, qu'elle connaît mieux les acteurs et leurs mobiles.
Certes, elle tie peut donenr raison à son tuteur; elle trouve même qu'il a agi comme ui vrai tyran ; mais il était de si bonne foi î Hypnotisé par son idée fixe, son unique passion, il n'a pu comprendre qu'un être de son sang-, élevé, pétri par lui, ait défailli à ses traditions de famille et trompé son attente. Il n'admet qu'une manière de servir la France, au moins pour ceux qui le touchent, lui, qui lui appartiennent. Si son point de vue est exclusif, la pafîsion qu'il apporte à sa cause n'en est que plus ardente : elle absorbe toutes les forces vives de son être. Il a vaguement conscience qu'il est, à notre époque, un être à part, un survivant des temps héroïques; il accepte, plus ou moins consciemment aussi, les charges de cette espèce de personnalité, et juge que tout ce qui tient à lui dwt les accepter, ou tout au moins les subir... Tout ce qui reste d'humain dans cette nature de fer, il le transforme en patriotisme, comme en un étrange alambic. Son cœur, resté tendre malgré tout, et affamé de paternité dans l'auslère célibat voué à son pays, a identifié ses espérances avec son amour du pays. L'enfant dont il avait la charge,
il l'avait élevé pour celte armée qui avait ses pensées et sa vie ; un être formé psiv hii ne pouvait être qu'un soldat. El à mesure qu'il avait vu se développer cette intelligence, cette générosité, cet entrain dont Véfa avait pujuger, elle aussi, à Belvoir, il s'était réjoui pour le cher pays auquel il voulait les consacrer... Sa pupille peut donc avoir une idée de ce qu'il a souffert dans sa conception trop étroite de patriotisme ; elle peut imaginer l'espèce d'arrachement qu'il a subi en voyant son neveu, celui dont il faisait son continuateur, en qui il voulait être présent, fùl-il mort, au grand jour de la revanche, — en le voyant dépouiller l'uniforme que lui-même emportera au cercueil.
El la pauvre fille qui a voué sa vie à ces deux tendresses, qui, vraiment mère pour l'enfant banni, subit par amour pour son frère malheureux d'injustes défenses et de vraies tyrannies, et ne voit qu'à la dérobée l'absent dont elle soigne pieusement la chambre, dans le faible espoir qu'il viendra la reprendre !
Et enfin, celui que son tuteur appelle un coupable, un lâche, combien il a dû souffrir en essayant, pendant de longues années, de comprimer sa radieuse vocation, d'étouffer son idéal
de sacrifier à la reconnaissance l'élan même de son êtrel..; En pensant à cette lutte silencieuse. Véfa en veut au colonel de n'avoir pas compris ce long sacrifice, de n'avoir pas été attendri par une obéissance qui a coûté si cher.
Mais est-ce irrévocable? Cette âme, qui semble pétrifiée dans l'attente mystérieuse d'un avenir qu'elle ne verra pas, mais dont elle emportera l'espérance au-delà du tombeau, ne se fondral-elle pas sous un souffle plus tendre? Ne se laissera-t-elle pas éclairer par la vue plus juste des choses, ou attendrir par la douleur muette qui, sous des apparences paisibles et même frivoles, consume le cœur de la pauvre Chloé? L'écho de la renommée, si elle s'empare du nom de son neveu, ne retentira-t-il pas en lui pour endormir la blessure de son orgueil?
Elle décide quelle demandera à tante Chloé d'aller prier à Lourdes avec elle. S'il est là, elle ne les gênera pas, elle se tiendra à l'écart; mais ce sera une voix de plus implorant h Vierge miséricordieuse...
Et si elle pouvait voir le Salon, l'année prochaine l