CHAPITRE HI
Véfa croyait mieux aimer la vie He château. Ce milieu la désappointe. Transportée brastf quement d'une existence sérieuse, recueillie, à dans cette dissipation, elle se sent étourdie et ne ).^3ut se ressaisir. Ce sont tous les jours de nouvelles parties, des promenades qui l'amuseraient avec des gens sympathiques. Mai.<, à Belvoir, personne ne lui plaît, exceplé Mme de Bourieux, et encore elle lui inspire un sentiflfient complexe, car elle la choque et la repousse par son scepticisme, et aussi par le désir, qu'elle ne cherche guère à cacher, d'épouser un de ces hommes qu'elle méprisn ou qu'elle raille. Simone et Suzanne ont vécu îf dans un monde très différent de celui de Véfa, /' et possèdent une expérience bien plus étendue. )t Elles ont voyagé, elles sont sorties deux ou
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trois hivers; elles fréquentent le théâtre, et lisent des livres dont les titres suffiraient à eiïaroucher une jeune filie élevée au couvent. 11 y a à Belvoir, parmi ces hôtes qui sont, après tout, le type et l'échantillon de la société d'Isabelle, un manque d'élévation morale qui froisse encore plus Véfa que le défaut de distinction qui les caractérise également. Il venait, chez le général de Dourliac, des officiers qui sortaient du rang, ou qui appartenaient à des familles obscures. Isa et sa sœur riaient tout bas de leurs fautes de savoir-vivre ou de leur tenue embarrassée; mais il y avait toujours eii eux quelque chose qui résonnait juste, et qiii les relevait, même aux yeux des jeunes étourdies. Quand Véfa entendait M. Vélay se vanter de s'i^tre fait réformer, quand le baron Lévv avouait sans vergogne avoir eu des avis secri ;-; pour jouer à la Bourse à coup sur, — surloiu quand elle voyait absentes de ces vies toute occupation intellectuelle élevée, toute impression délicate, toute idée religieuse, elle se sentait horriblement dépaysée...
Elle se rendait compte, maintenant, que sa tante avait redouté pour elle l'influence de cette atmosphère, dont cependant elle ne pouvait
avoir qu'une idée vague. Mais cette influence agissait sur elle d'une manière inverse aux inquiétudes de la bonne Supérieure... Si elle était arrivée disposée à s'étourdir et à s'amuser un peu trop, elle réagissait maintenant avec toute ^ la puissance de son éducation et l'instinct du I cher ancien milieu.
D'ailleurs, une crainte douloureuse la hantait, et lui eût, en tout cas, servi de préservatif : sa chère Isabelle pouvait-elle être vraiment heureuse?...
Celle-ci était, à la vérité, étourdissante de aieté, presque fiévreuse dans son empresseent à organiser des distractions de tout gonrp.
îlile prodiguait l'argent, que Georges ne lui refusait jamais, quand il s'agissait de sa toilette ou de la luxueuse organisation de leur ménage^ Mais au fond? Car tout cela ne remplit pas la vie:.. Et, soit pour ne pas contrarier son mari, i5oit parce qu'elle était absorbée par leurs hôtes, ftlle ne s'occupait pas de son be.1 enfant de la manière ardente, exclusive que Véfa rêverait, si elle était jamais mère... Oh! elle l'aimait chèrement! Quand elle le regardait et l'embrassait, ses yeux avaient une expression qno personne, peut-être, ne lui connaissail cv.
dehors de la nursery. Et vraiment, quoiqu'il fût volontaire, gâté par sa bonne, c'était un joli enfant, intelligent, plein de gaieté et de vie... Il avait d'abord désappointé Véfa : il ressemblait si peu à sa mère ! Mais depuis qu'elle faisait avec lui une connaissance plus intime, elle saisissait dans sa petite intelligence et dans ses instincts des traits qui lui rappelaient ce qu'elle nommait « notre branche... » Une branche qui, certes, s'était élevée fièrement en ce monde, et dont, elle l'espérait, il serait le digne rejeton. Elle était contente de lui voir un goût passionné pour les jeux belliqueux. Pourquoi cette disposition agaçait-elle Georges?.. Véfa avait été un peu froissée, lorsque son beau-frère lui avait reproché avec quelque vivacité d'avoir donné à son fils des boî^^s de soldats de plomb...
En somme, Véfa jugeaitque si sa sœur sentait quelque vide dans l'existence brillante cl moiivementée qu'elle menait, son petit Ayaiard aurait été capable d'elFacer tous les froissements, t-i de donner à sa mère un lot de bonheur suifisaii!
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