‹ La quadrature de l'amourChapitre 118 sur 178 · LE MIROIR INGRAT · texte numérisé non relu

LE MIROIR INGRAT

Ne cherche pas ton image en mes yeux.

Si tu la rencontrais, tu t'écrirais : « C'est moi? Je ne me trouve pas flattée ! Je m'aime mieux, »

Et, je te connais, tu me battrais froid. Et sans doute aurais-tu raison, ma chère chose ! Mais songe que tes qualités vraies sont mes craintes ; Sensualisme, insouciance à haute dose, Hypocrisie et politesse, tes joies feintes, La formidable cruauté de tes vingt ans !...

Alors toutes ces vertus parasites, Tous ces rejets de ta jeunesse, moi, j'hésite

A les déclarer des traits ressemblants.

J'ai mesuré, vois-tu, ton image à mon rêve. Il ne faut pas me la troubler; Et quand vers ton sourire ailé Mes deux yeux inquiets se lèvent.

Promets-moi de ne plus te rechercher en eux. Petite !... Il ne faut jamais lire au fond des yeux ! Ils parlent au futur, au conditionnel, Ils rejettent tout le passé de l'être aimé. La vérité n'est plus qu'un reflet de pastel Dans ces miroirs craintifs, peureux et renfermés. Qui, demandant beaucoup, au fond ne gardent guère Que des banalités quelconques et vulgaires. Va ! mon enfant, n'y cherche pas la récompense

De tout ton trésor prodigué.

Ils ne rendent jamais ce qu'on leur a donné. Les yeux, — ces mendiants ingrats de l'Espérance !

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