‹ La quadrature de l'amourChapitre 15 sur 178 · LE DON D'ENFANCE · texte numérisé non relu

LE DON D'ENFANCE

Celui-là seul est cligne de vivre chez qui Reparaît le visage efïacé de l'enfance, Celui qui montre encor dans ses traits décrépits Les adorables survivances.

Tous les visages vils ou vulgaires vieillissent Sans qu'on y puisse rien retrouver de l'enfance. Chez les autres subsiste une obscure présence, Quelque frêle et fragile indice

Que cet homme jadis fut pur, naïf et clair. L'ancien visage est là dans celui qu'on regarde... L'enfance, c'est la grande et douce sauvegarde. Ce sont les granges de l'hiver.

Oh ! ces êtres affreux, épaissis, déformés. Que, tout petits, dans les temps blancs, on a connus. Et sur les traits desquels nous ne distinguons plus Pourquoi nous les avons aimés !

Celui-là seul est beau, celui-là seul est vrai, Dont l'âge mûr ressemble à l'enfance vieillie. Et dont nous contemplons à la fin de sa vie La jeunesse qui reparaît.

Cette innocence- là, c'est la grâce des vieux ! Elle illumine, elle ennoblit ceux qu'elle touche. La déformation est toujours dans la bouche. Le don d'enfance est dans les yeux.

Page 1