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DEUX POIDS ET DEUX MESURES

La nature n'a pas l'âme reconnaissante.

Elle est ingrate envers les femmes, ses servantes !

Pour nous, l'homme, elle y met un peu plus de façons.

On dirait qu'elle sent que nous la terrassons

Et, qu'ayant peur du poing du maître, elle louvoie

Comme un lion puissant qui redoute sa proie.

Elle nous flatte et nous prodigue un réconfort

Incessant, mêm.e jusqu'aux portes de la mort.

C'est certain, elle est du côté de la moustache !...

Mais l'autre sexe, dès qu'elle s'en est servi

Ou n'en a plus besoin, ah ! ce qu'elle le lâche !...

A la femme elle octroie un printemps inouï.

Elle la pare alors de tous les sortilèges.

De tous les excédents possibles de beauté,

(Car, sournoise, elle met des roses à son piège !)

Mais elle lui désigne un terme limité

Et, dès qu'elle a jugé l'instrument hors d'usage.

Elle l'abandonne à son destin... Que lui fait

Cette ruine? Elle a servi ! La femme d'âge

N'a qu'à se débrouiller et serrer son corset :

Ce n'est plus rien. Tant mieux pour celles qui survivent

En grâce ou en beauté ! Tant pis pour le déchet ! .

Les vieilles vont, bouquet fané à la dérive...

On ne retrouve rien de leur grâce, ou si peu !

Les printemps morts sont toujours là au fond des femmes.

On y songe, on ne voit que cela dans leurs âmes,

Vieux lis fardés avec ce cancer au milieu !

Tout autre est la splendeur albe de certains hommes,

De ces têtes blanchies, auxquelles néanmoins

La nature attendrie prodigue un dernier som.

Des égards, dont elle est tellement économe

Pour les femmes ! Et dans l'or des soleils couchants.

Souriante, elle a l'air de tendre aux jeunes gens,

A leur élan de vivre, à leur bouche assoiffée,

Les beaux vieillards, ces fruits d'argent de la pensée !

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