‹ La quadrature de l'amourChapitre 84 sur 178 · FEMME SENSIBLE · texte numérisé non relu

FEMME SENSIBLE

Cette amoureuse avait horreur des animaux.

Elle abominait tout, chien, chat, cheval, oiseau.

Moi qui suis bon, j'étais un peu scandalisé.

Un jour, entre deux querelles et deux baisers

(Gir tout amour oscille entre ces deux symptômes),

Je lui contai la mort d'un chien et d'un pauvre hom.m.e.

Le détail en était assez attendrissant.

Et, la voyant noyée de pleurs subitement.

Je dis: « Puis-je savoir d'oij ta douleur provient?»

Elle m.e répondit : « Je pleure sur le chien ! »

Et je compris que, s'admàrant d'êlTe très bonne,

A tous les chiens du monde elle faisait l'aumiône

D'un attendrissement facile, et déversait

Des prodigalités qui lui coûtaient si peu !

En une fois, puisque l'occasion s'offrait

Et qu'elle se sentait du vague dans les yeux,

La pitié, ses ém.ois, ses élans, ses alarmes,

La charité envers les chiens petits ou grands,

Elle avait tout payé par une seule larme.

Et s'était acquittée d'un coup, — pour cinquante ans !

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