‹ La querelle du CidChapitre 19 sur 87 · XI. — L'AMY DU CID, A GLAVERET · texte numérisé non relu

XI. — L'AMY DU CID, A GLAVERET

m L me semble que vous chantez bien hautMr Clavefârjfc ret, hé quoy ? pour une chose si juste, et si rai- ^Ca^H^s sonnable aleguee par M1' Corneille à Mr Scudery, // n'a pas tenu à vous que du premier lieu ou beaucoup dlionnesles gens me placent, je ne sois descendu au dessous de Cloiïcrct, Faut-il que vous preniez la mouche ? et que vous perdiez en un moment la mémoire de ce que vous avez esté ? de ce que vous estes ? et de ce que vous seres toute vostre vie? quelle révolution est-ce la?, vous parlerez contre le Gid ? vous ferez l'homme de.consequence, et d'esprit? et blasmerez impudemment et impunément tout ensemble celuy dont vous devez honorer la personne, et les ouvrages ? Il ne seroit pas juste, et croyez-vous Mr Claveret estre assez habile homme pour remporter sur tous les plus grands esprits de France qui se moquent des observations, et de ceux qui suivent les sentimens de leur Autheur. Pour moy j'ai desja respondu [Jour luy comme je fais encores, que pour obscurcir son^esclat, il faioit pour toutes observations faire une meilleure pièce. Que si la force des raisons dont M1' de Scudery prétend l'avoir combatu est condamnée mesmepar ceux qu'il demande pour Juges, considérez de grâce ou vous vous allez engager. Vrayment cela est bien ridicule que vous à qui vos parens ont laissé pour tout héritage la science de bien tirer des bottes, vous vou-

(i) Auteur inconnu.

Éd. princ. A Paris, M.DC.XXXVII. In-8o de 8 pages, yl compris le titre. '

liez escrire, et faire comparaison avec un des plus grands hommes de nostre siècle pour le Théâtre, et douter encores de l'approbation que le Cid à receu au Louvre et à l'Hostel de Richelieu : Il paroist bien que vostre règne n'est pas de ce monde, voyez le Mr Claveret, et ouvrez vos oreilles bien grandes, vous entendrez ce qu'il y a de grands esprits en France de l'un et de l'autre sexe dire tout haut, Voila le plus bel ouvrage de Théâtre que nous ayons veu jusqu'à présent. Examinons un peu les vostres en gros : car le détail n'en vaut pas la peine : Ne m'advoûerez vous pas que le voyage que vous faites faire aux bons Hommes a vostre Pèlerin amoureux est une belle chose. Je vous jure qu'il m,'a pris cent fois envie de vous demander où vostre fils Tadés et vous avez estudié, affin de me faire interpréter le langage de l'un', et aprendre les galimathias de l'autre : car comme il arrive qu'il en eschape quelque fois sans y penser, j'aurois esté ravy de les faire avec science comme vous. Je me serois bien mis auprès de Jodelet pour le moins, et je masseure qu'il s'en seroit servy mieux que les Comédiens, qui n'ont jamais sçeu faire valoir les vostres quelque art, et quelque peine qu'ils y ayent apportée. Vostre place Royale suit assez bien, et je vous confesse quelle fut trouvée si bonne à Forges que Montdory et ses compagnons qui en avoient les eaux dans la saison du monde la plus propre pour les boire, n'en voulurent jamais gouster : tout le monde n'entendra pas cecy peut-estre, c'est que vous avez fait une picee intitulée Les Eaux de Forges que vous leur donnasses, où il ne manquoit chose du monde, sinon que lé sujet, la conduite, et les vers ne valoient rien du tout; A cela près c'estoit une assez belle chose : Je sçay bien que vous n'avez pas vendu vos ouvrages, ce n'estoit pas manque de pauvreté, ny d'en avoir demandé beaucoup de fois de l'argent : Mais c'est que les

Comédiens ne vous en ont jamais rien voulu donner ; C'est ce que vous avez fait jusques icy. Et pour couronnement de chef-d'œuvre, vous faites une mauvaise lettre ou vous tranchez du Censeur, et si je ne me trompe du vaillant : taisez vous Monsieur Claveret taisez vous, et vous souvenez que vous ne pouvez estre ny l'un ny l'autre, et que vostre personne est si peu considérable que vous ne devez jamais croire que Mr Corneïlle ayt eu envie de vous choquer. Vous croyez peut-estre. avoir fait un beau coup de mail quand vous dites, Ou pour contenter les Comédiens que vous servez. Chacun sçait bien de quel biais il faut prendre cette façon de parler. Et il est tres-vray que ses soins et ses veilles leur ont rendu de si bons et profitables services, que je leur ay ouy dire hautement que jusques icy ils doivent à luy seule ce que le Théâtre peut donner de bien : Vous ne ferez jamais de mesme Mr Claveret, et je ne m'estonne pas de vous entendre dire que vous ne vous piquez pas de faire des vers, je vous croy. Neantmoins vous dites au mesme temps que ce que vous avez produit ne vous a point fait rougir de honte, c'est seulement un tesmoignage de vostre effronterie, plustost que la bonté de vos ouvrages. Apres tout, Orateur et Poète de baie, souvenez vous de n'intéresser personne en vostre affaire, et que quand Mr Corneille a dit, Je ne dois quà moy seul toute ma renommée, il a parlé raisonnablement et véritablement, Songez seulement comme je vous ay desja dit à ce que vous estes. Que vous n'avez jamais rien fait de bien, que de vous estre teu depuis quatre ans. Que vous ne deviez pas rompre ce silence pour une si mauvaise chose. Que les sottises de vostre lettre faschent tous les honnestes gens. Que cela vous rend bernable par (.out pays. Que tout ce qu'elle contient est trop plat, et trop peu fort pour donner la moindre atteinte au Cid, ny faire croire que Monsieur Corneille en

soit seulement le copiste comme vous dites. Que je ne luy conseille pas de se donner la peine de vous respondre. Que vous estes auprès de luy ce que le Laquais est auprès du Maislre, et qu'un amy du Gid qui ne fit jamais profession d'escrire, et qui ne laisse pas de se connoistre aux bonnes choses, n'a fait cette lettre que pour vous advertir de pratiquer un proverbe Latin que vous vous ferez expliquer, et qui dit, Ne sutor ultra crepidam. Adieu Claveret, ne soyez pas curieux de sçavoir mon nom de peur de l'aprendre.

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