‹ La querelle du CidChapitre 21 sur 87 · XIII. — LA VICTOIRE DU SIEUR CORNEILLE · texte numérisé non relu

XIII. — LA VICTOIRE DU SIEUR CORNEILLE

ScUBERY ET ClAVERET

Avec une remonstrance par laquelle on les prie amiablement de ri exposer ainsi leur renommée à la risée publique <î>.

Çrfff. ;^ES Romains ont tousjours tiré quelque mauvais irKv^ présage du cri de certains oyseaux comme avant-. I*jft5p4}j coureurs d'une sinistre advanture. Et encore qu'il ne faille s'attacher à cette superstitieuse religion toutesfois cette mutine bravade de nos Poètes enflez plustost de vanité, que de gloire solide pour faire paroistre leurs escrits, et donnans passage à la vacuité de leur cerveau, ne semble rien tirer de ïion en conséquence, et pour vous en monstrer une preuve manifeste. Nostre histoire nous fqit foy que du temps que Charles VIII entreprit la guerre contre les Bretons, qu'avant cette sanglante deffaite plusieurs Corneilles, et autres oyseaux semblèrent donner le signal, se chocans si rudement dans l'air, que la terre fut couverte d'une charogne qui rendoit une tres-puante odeur.

Nous voyons l'énigme desveloppee. C'est ceste misérable Corneille déplumée par la cruauté de nos Poètes qui luy font la guerre ot quoy qu'ils ne soyent pas oyseaux, se battent toutesfois à coups do plumes, dont les blesseures sont plus dangereuses qu'ils ne les ressentent pas, mais n'admirez vous pas leurs folies exprimées il y a longtemps par nostre brave Poète Mantuan

(i) Auteur inconnu.

Éd. princ. A Paris, M.DC.XXXVII. In-8* de 7 pages, titre compris. Réimprimé d'après l'exemplaire du British Muséum (840, c' =■']

Non alias cceh ceciderunt plura screno, Fulgura, quant tumidi nunc exarsere potta,

Et comme poussé (Tune fureur divine il s'escrie tout d'un coup descouvrant la principale cause de ceste révolte, '

si mens non lava fuisset

Sape sinistra cava pradixit ah ilîice cornix, t

Voulant dire que ceste Corneille s'estant perchée sur un chesne (dont on couronnoit les anciens) par la vanité À encouru la disgrâce de tout le monde quelqu'un peut-estre s'estonnera de ce discours, mais qu'il en aprene la cause. M'estant de fortune trouvé devant l'horloge du Palais, ou un vendeur de denrée crioit a gorge desployee l'accomode- | ment du CID ; un honneste homme assez aagé ayant entendu l'accomodement de notre Sire, et croyant quec'estoit quelque affaire d'Estat, le voulut acheter, mais ne pouvant seulement comprendre le mot de CID, le Crieur le reprit : ce n'est pas la viande pour vous, ce sont ces maraux de Poètes (ainsi les qualifiat-il) qui se battent à coups de bec comme harangeres : Il y a desja huict jours que nous sommes à débiter leurs voiries. Comme la curiosité m'avoitfait arrester, j'escoutois cet entretien avec assez d'impatience, me voyant deschiffré ainsi de ceste canaille, qui passoit bien jusques là de dire que Scudery s'estpit fait mocquer do luy à ses dcspcns, comme portoit le bas du tiltre des Observations du CID. Je me résolus par un court advertisseinent d'en parler à ces Messieurs et principalement au sieur j Corneille, m'asseurant tousjours de ses bonnes grâces, et me disant son loyal amy : Lequel tout fraischement annobly, fait (comme il dit) esclatter sa renommée, non pas par des actes de vaillances, mais par desCrieurs de Gazettes, fidels héros de ses vertus héroïques, qui depuis un mois en ont rebattu les oreilles de tout le monde; Sans oublier Scudory

'qui picqué aussi de sa noblesse a premièrement attaqué le sieur Corneille en duel, comme homme de sa condition, se servant (contre la coustume) plustost de la pointe de sa plume que de son espee, qui est peut-estre un peuesmous-. see, estimant que la chaleur du temps requeroit plustost de combattre en chambre close, qu'au milieu d'un pré. Pour moy j'approuve la vaillance du sieur Claveret, qui en despit de l'en vie, encore qu'il lie fasse bravache de Gentil-homme, est encore plus courageux que le dernier, et s'escrie Quanttim acte valeo tantiim valet isie îoquendo :

Voyez comme il luy reproche cette rodomontade espagnole, • et comme Scudery ne veut avoir le dernier, ayant mesme respondu au Sieur Corneille qui luy avoit reproché de n'avoir facile intelligence du Latin, au contraire il luy monstre •qu'il avoit tort de le blasmer de ce que

Poetœ

Cum maie hudanti cantaverit ocyma amicus ;

et de fait il a raison de reprocher à Corneille son arrogance, veu qu'un chacun sçait bien que c'est luy.

Nuper in banc urbem pedibus qui venerat albis,

et mesme facetieusement on adjouste qu'Icare ayant voulu voler trop haut se noya, que la Corneille en pourroit bien faire de mesme, ne pouvant supporter Tesclat du Soleil. ,

Messieurs les Poètes, pour vous traiter en amys, comme je me persuade, ne descouvrez vous pas de quelle source est provenuë ceste envie quelqu'un cognoissant les caprices de vos fantaisies, a voulu se servir d'une querelle faite à plaisir pour vous diffamer : car sous prétexte de vous deffendre, vous avez publié vous mesme votre infamie, et chacun de vous se reproche ce qui est de plus messeant à sa condition : Je ne pouvois m'imaginer que nos Poètes vou-

lans passer pour des gentils hommes, se traitassent les uns les autres d'injures, comme des crocheteurs degreue à j coups de poings. C'est pourquoy ayant esgard à cette re- ! monstrance, je vous prie d'oresnavant traictez vous et vostro renommée un peu plus favorablement. Adieu.

Vous expliquerez s'il vous plaist les lieux incogneus à vostre advantage, attendant la response je ne declareray mon nom, prenez plus de peine à ce que

Non metttant tua cprmina scombros.

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