XV-LETTRE POUR MONSIEUR DE CORNEILLE
CONTRE LES MOTS DE LA LETTRE SOUS LE NOMD'ArISTEU).
Je fis donc resolution de guérir ces Idolâtres.
ACHEZ-vous tant qu'il vous plaira, faites protestation de changer à tous momens de party, on vous le pardonne , vous passez pour homme qui reçoit aisément toutes sortes d'impressions. On dit que vous avez eu au commencement du Gid les sentimens d'un homme raisonnable, et que voué n'avez pu luy denier les louanges qu'il tiroit sans violence de tous les honnestes gens; pourquoy maintenant déférer au jugement de l'Observateur, à cause qu'il vous a tesmoigné approuver cinq ou six mauvaises Pièces rimées, que vous dites avoir faites : Jeune homme asseurezvostre jugement devant que de l'exposer à la censure publique, et ne hasardez plus de libelles sans les avoir communiquez à d'autres moins passionnés que l'Observateur ; j'advoûe qu'il vous doit beaucoup, mais il eust pu choisir un plus juste instrument de ses louanges que vous, il est peu curieux de sa réputation ; je commence à désespérer de son party, puis qu'il l'abandonne à des personnes qui le sçavent si mal soustenir ; c'est une preuve certaine de la fausseté d'une affaire, quand elle tombe entre les mains d'un ignorant. Aussi' n'avons-nous point veu d'autres personnes embrasser ses interests ; Claveret a esté
(i) Auteur inconnu. \
Ed. princ. S. i. n. d. In-8° de 3 pages, plus 2 nages contenant une épigramme de Martial, une traduction de cette épigrafnme, et une seconde épigramme.
le premier qui s'est esveillé, qui dans ses plus grandes ambitions n'a jamais prétendu au delà de Sommelier dans une médiocre maison, encore je luy fais beaucoup d'honneur : Celuy que j'attaque est un peu plus fortuné de biens, mais il faut apporter de la foy quand il s'Agist de son origine (j'ayme mieux parestre obscur que médisant) il eust pu réussir du temps des comparaisons, sa misérable éloquence me fait pitié, je ne peux consentir qu'un tel personnage se veuille dire du nombre des Autheurs et qu'il se mesle aujourd'huy de juger de la bonté ou de la fausseté d'une Pièce ; voyez le resonnement de ce visage, il se vante de vouloir guérir des Idolâtres. Monsieur le Médecin vous apportez de fort mauvais remèdes, et si vous estiez aussi peu versé dans le reste de vostre doctrine, il est périlleux de tomber entre vos mains, vous avez produit de si mauvaises raisons que vous n'avez pas commencé à me persuader, bien esloigné de me convaincre. Si vous me priez je donneray quelque chose à l'obligation que vous avez à la maison de Monsieur do Scudery, puis que vous portez ses intorosts au delà d'un homme désintéressé, il paroist que vous en avez receu quelque sensible plaisir, il est vray que vous estes de sa maison, et que vous assistez souvent aux Conférences qui s'y traitent, vous n'en revenez point qu'avec de nouvelles lumières ; et ce grand amas de belles figures que vous prostituez dans votre petit papier, valent bien que vous l'en remerciez, mais gardez bien qu'en voulant fuir le vice de mesconnoissant vous ne choquiez absolument la plus saine partie du monde. Monsieur de Corneille a satisfait tout le monde raisonnable, vous avec affecté avec trop de violence et d'animosité la diminution du crédit qu'il avoit acquis; et si vous eussiez eu assez de pouvoir vous eussiez terny la gloire d'un homme duquel vous avez autrefois recherché l'amitié, et de laquelle il vous avoit ho-
noré, vous ne la méritiez pas, puisque vous prenez si peu de soin à la conserver.
Au reste je vous veux advertir encore une fois d'un poinct qui ne vous sera pas Inutile. Monsieur l'Autheur, c'est de vous deffaire de vos comparaisons, lesquelles paroissent fort souvent dans vostre lettre, et choquent beaucoup de personnes, vous estes jeune, il y a espérance que vous vous gueriroz de vos erreurs, et direz un jour quo je n'ay pas peu contribué à vostre advancement. Adieu beau corps plein de playes, et si tu veux sçavoir mop nom, je ne fus jamais renégat. Adieu, console toy. I
Martialis. — Epig. L. 9, Epi. 83.
jr EGTOR et Auditor nostros probat, Aule libellos AJl Sed quidam exactos esse Poëta negat : Non nimium euro, nam caane fercula nbstrae Malim convivis quam placuisse cocis.
Traduction, a Monsieur Corneille.
ES vers de ce grand GID , que tout le monde admire , Charmant à les entendre, et charmant à les lire. . Un Poêle seulement les trouve irreguliers : Corneille mocque toy de sa jalouse envie , Quand le festin agrée à ceux que Ton convie, Il importe fort peu qu'il plaise aux Cuisiniers.
Epigramme,
I les vers du grand CID, que tant de monde admire, Charment à les ouyr, mais non pas à les lire, \ Pourquoy le traducteur des quatre vers Latins , Les a-fil comparez aux mets de nos festins ?
J'advoûe avoc luy, s'il arrive, '„ I, Qu'un mets soit au goust du convive,
Qu'il importe bien peu qu'il plaise au cuisinier; \
Mais les vers qu'il deffend d'autres raisons demandent, C'est peu qu'ils soient au goust de ceux qui les entendent , S'ils ne plaisent encore aux maistres du mestier.