‹ La querelle du CidChapitre 24 sur 87 · XVI. — RESPONGE DE *** A · texte numérisé non relu

XVI. — RESPONGE DE *** A

SOUS LE NOM D?ArISTE (1). •

|E vous estonnez point du procédé que l'on pratique aujourd'huy contre vous : On veut resveiller une guerre qui a fait trembler tous les bons esprits de son temps, et qui n'en a laissé pas un dans le pouvoir de se dire neutre. Les Partisans de l'Observateur recognoissent sa faiblesse, et pour rendre son party plus nombreux, ils veulent attirer à luy des personnes qui ne se souviennent plus de leurs dissentions, et qui ne songent qu'au dessein qu'ils ont fait de ne plus tomber dedans une faute publique. Je croy que Monsieur de Balsac n'approuvera jamais l'orgueil qu'on tasche de luy attribuer. Et je ne doute point aussi que vous n'ayez esté marry de vous voir meslé dedans une dispute particulière; et que vous n'ayez tous d'eux eu en horreur le dessein de l'Anonime, qui veut embarasser des âmes des-interessees, et faire entrer dans la lice deux personnes toutes fraisches, afin de faire esquiver son amy qui n'en peut plus. Il me permettra dé luy dire qu'il n'a pas assez bien agy en cecy , et qu'il devoit ou s'attaquer absolument à vous, ou mesdire seulement de iMonsieur Corneille; sans par un galimatias qui ne veut rien dire, et par une confusion absurde, vous adresser le commencement d'une lettre injurieuse; et la poursuivre par des railleries et des impostures qui s'adressent directe-

(i) Auteur inconnu.

ÉD. princ. A Paris, M.DC.XXXVII. In-8" de 8 pages, titre compris.

ment à vostre Amy. Puisque je luy en eusse voulu; j'eusse bouffonne sur Melite, et eusse dit que ce ne fut jamais qu'une pièce fort foible, puis qu'elle n'eut la peine que d'effacer ^e peu de réputation que s'estoit acquis le bon homme Hardy, et que les pièces qui furent de son temps ne valoient pas la peine d'estre escoutees. Car la Sylvie et la Clfryseide (par exemple) estoient les saillies d'un jeune escolier qui craignoit encore le fouet; et le Ligdamon partoit d'une plume qui n'avoist jamais esté trenchée qu'à coups1 d'espée. J'eusse dit que la Gallerie du Palais n'estoit pas bonne, parce que le nom en estoit trop commun. Que la Place Royalle n'estoit pas meilleure, puis qu'il en avoit desrobé le-liltre à ce tres-fameux et tres-celebre autheur, MonseigneurJClaverel : et que la Suivante estoit une pièce qu'on j/e pouvoit gouster, parce que l'on en avoit jamais veu une qui fust faite avec de si grandes regularitez. Mais aussi n'eussay-je pas oublié les Eloges de tous les Poëmes qui furent représentez dedans les mesmes temps. Et sur tout j'eusse fait une Apologie pour la pauvre Sylvanire, dont les exemplaires ne périront jamais. J'eusse loué le duc d'Aussonne, et eusse dit que l'esprit de TAutheur y est miraculeux, puis que toute la pièce (qui est assez longue) n'a pourtant rien de plus achevé que ce qu'on voit dans un premier acte; et qu'il a voulu par le mesme Poëme bannir les honnestes femmes de la Comédie, qui n'ont pu jamais souffrir les paroles ny les actions de ses deux Héroïnes. Mais après aussi j'eusse examiné sa Virginie, et ayant laissé à Ragueneau le soin de faire une Satyre contre le coup fourré qui a fait rire tout le monde; J'eusse admiré la force d'esprit de son Héros, qui m'esprise une Princesse qui l'aime, et fait mesme le semblant de ne la pas entendre quand elle se déclare à luy ; et le tout à cause qu'il aime sa sœur. Mais je n'aurois garde d'enfoncer

sur leur amour, de peur d'y faire voir ou de l'inceste, ou de la brutalité ; et de dire qu'un Incognu, qu'il veut faire passer pour honiieste homme, ne voulust pas avoir de l'amour pour une belle fille ; à cause qu'il a de l'amitié pour une autre qui est bien moins scrupuleuse que luy. Apres je passerois à la Sophonisbe, que j'entends plaindre avec autant de justice, que Didon se plaint chez un Ancien, de ce qu'on la fait moins honrieste qu'elle ne fut. Je tascherois à recouvrir l'honneur de Syphax, qui fait moins pitié par le débris de sa fortune, et par le bouleversement de son trosne, que parce qu'il surprend un poullet que sa femme a envoyé à Massinisse. J'aurois blasmé toute l'importunité du second acte, ou Sophonisbe paroist tousjours; et passant plus avant pour imiter les Escrivains du temps, je me serois escrié à la Scène ou Massinisse apprend d'elle quand il commença d'en estre aimé. 0 raison de l'autheur que faisiez-vous alors? qu'estoit devenu ce jugement dont vous n'avez que l'apparence dans toutes vos pièces ? Massinisse avoit-il pas raison de craindre qu'on ne luy rendist ce qu'il avoit preste ? et quand Sophonisbe en verroit quelqu'un de meilleure mine; qu'elle ne l'estimast plus que luy, puis que c'estoit le sujet pourquoy elle l'avoit estimé plus que Syphax? En fin je n'escouterois point l'excuse qu'il allègue, puis qu'elle ne vaut rien, et aimerois mieux qu'il eust traicté l'histoire comme elle s'est passée, que comme elle a deu se passer, au moins à ce qu'il dit. Mais je ne voy pas que je fais presque la mesme chose que celuy que je blasme, et qui vous adresse sa lettre, puis que je fais revivre des fautes que j'avois pris tant de peine d'oublier. Vous cognoistrez pourtant que j'en use avec plus de raison que luy, qui va troubler le repos d'un Religieux jusques dans sa cellule. Pour moy qui suis au monde, et qui ay toujours loué en luy ce qui n'y a pas esté blasmable. Je vous advoûe

que le voyant hors du sens, j'ay commencé à perdre la bonne opinion que j'en avois conceuë; et sçachant de plus qu'il fait son possible pour fomenter la- discorde, je l'ay considéré comme ces meschans Politiques, qui n'estans pas assez puissans pour subsister d'eux-mesmes, taschent de brouiller les affaires, afin d'establir des fondemens à • leur fortune sur les ruines de ceux qu'ils n'eussent osé choquer ouvertement. Il fait battre deux ennemis forts et redoutables (au moins par ses conseils il tasche de vouloir relever celuy qui est presque abbatu) et ne considère pas que celuy qui a desja de l'avantage, parce qu'il c'est teu ; en aura encor de plus grandes quand il voudra parler : Et puis qu'il juge un bon esprit indigne de sa colère, il verra celui- cy avec un si grand mespris, qu'il ne voudra jamais penser à luy, puis qu'il ne songe qu'aux choses excellentes. Imitez-le, Ariste, et laissez aux honnestes gens le soin de respondre à la calomnie.

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