XXXII. — OBSERVATIONS
SUR LES SENTIMENTS DE i/AcADEMIE FRANÇOISE {l).
J^^7^[.EUX qui par un désir de gloire se veulent rendre 2fë^gîC les Censeurs des ouvrages qui sont donnés au &Bém^ Public ne doivent pas trouver mauvais que le Public mesme se rende le juge de leur Censure, et comme ils entreprennent librement de corriger les œuvres d'autruyj et de soumettre à leurJurisdiction les livres et les Autheurs, ainsi est-il raisonnable que leurâ ouvrages souffrent la mesme correction et <^u'à leur exemple chacun se donne la liberté de les examiner par les regjles de sa propre raison, puisque sans authorité ils exercent une espèce d'inquisition sur les Lettres, il est bien juste que ceux qui en font commerce soient aussi les Inquisiteurs de leurs jugements, qu'ils corrigent leurs corrections, et qu'ils facent voir à ces nouveaux critiques que leur Censure mesme n'est pas exempte de reprehension.
Si en la correction de la Tragi-comédie du Cid les Cenceurs- Académiques eussent suivy les règles communes et ordinaires d'une juste censure, et si balançant leur Jugement entre les Loix de la Justice et celles de la Grâce, ils eussent corrigé les deffauts qui estoient reprehensibles et pardonné à ceux qui estoient remissibles leurs sentiments eussent passé sans reproche et tant de belles observations qu'ils contiennent eussent eu les louanges et les couronnes
(i) Auteur inconnu.. r
Manuscrit de 3 5 ff. non chiffrés et 1 f. blanc. Bibliothèque Sainte-Geneviève (Y, 458 (3) in-40 Rés. — Publié pour la première fois par M. Lormier, en 1879, à Rouen, pour la Société des Bibliophiles Normands,
qu'elles pouvoient mériter. Certes nous leur rendons ce tesmoignage que l'elegance et la beauté du style relevé de poinctes Egyptiennes et les raisons revestues de belles et spécieuses apparences pouvoient porter cet ouvrage jusques au dernier degré de l'admiration. Mais quand on vient à l'examiner, comme l'Académie a examiné la Tlragi-comedie du Gid, c'est à dire à la rigueur et par des règles sévères et tyranniques, par chicaner et pointilier comme elle a faict jusques aux moindres et plus légères particules; combien de taches dans cette, pièce, que de nuages parmy ces brillans, et que de plaies peinctures entresemées parmy ces Images de relief.
Que les critiques en jugent sur nos indices, et qu'à nostre délation ils examinent d'abord la première période de ces beaux sentiments Académiques, période qui devroit estre ornée et embellie comme l'entrée et le frontispice d'un ouvrage Corinthien et qui cependant n'est rien qu'un amas de paroles rudes, confuses, sans raison ny liaison.
Mais pour en bien juger, il la faut considérer en son jour et en sa propre situation, j