‹ La querelle du CidChapitre 67 sur 87 · SECONDE OBSERVATION · texte numérisé non relu

SECONDE OBSERVATION

Ceux qui par quelque désir de gloire donnent leurs ouvrages au Public. (Feuillet 3).

Quelque désir de gloire, etc... : Ce mot de, quelque, est icy mal situé, et ces deux termes, désir de gloire, qui le suivent luy sont improprement attribués; un désir de gloire, eust mieux valu que, quelque désir de gloire, attendu que ce mot de, quelque, n'est propre que pour former une proposition indéfinie et non pas une proposition spécifique et particulière comme est celle que nous examinons icy. , Que si le terme de désir, estoit généralement pris et indéfiniment énoncé sans estre spécifié ny déterminé, comme il est icy par une marque de singularitez qui est celle de la gloire, en ce cas la le mot de quelque, passeroit sons contredit, et ne jpourroit absolument régir celuy do désir, comme par exemple on peut dire indéfiniment, quelque désir, comme aussi, quelque passion, quelque vertu, quelque couleur, et en ces enonciations la qu'on appelle indéfinies ou indéterminées le mot de quelque, peut estre proprement employé, mais si on vient a limiter ce terme de désir, et le restraindre à une signification spécifique et singulière comme a faict TAutheur des Sentiments, et si encore on vient à spécifier ces autres termes universels, vertu, passion, couleur et définir nommément quel est ce désir, quelle est cette vertu, quelle cette passion, et quelle cette couleur, alors il faudra changer de voix, supprimer ce mot de quelque ou lui substituer un article nominatif, ou bien ce terme numéral Y un, qui emporte mesme désignation, et ainsi on dira la vertu de tempérance, la passion d'amour\ un désir de gloire, une couleur blanche, et non pas, quelque vertu de tempérance, quelque passion d'à-

mour, quelque désir de gloire, ces loquutions la n'estant pas élégantes ny conformes à la douceur du langage françois. Mais c'est trop chiquaner sur l'accusation d'un seul mot, et nous n'y aurions pas tant insisté n'estoit ce vœu de pureté verbale, que nous avons pris à tasche et duquel l'Académie a fait une publique et solemneile profession.

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