‹ La querelle du CidChapitre 76 sur 87 · ONZIESME OBSERVATION · texte numérisé non relu

ONZIESME OBSERVATION

La Nature et la Vérité ont mis un certain prix aux choses, qui ne peut estre changé par celuy que le hazard et l'opinion y mettent, etc.». Il est vray qu'on pourroit croire que les Maistres de l'Art ne sont pas bien d'accord sur ceste matière. Les uns trop amis, ce semble, de la volupté, veulent que le Délectable soit le vray but ue la Poësie Dramatique ; les autres plus avares du temps des hommes, et l'estimant trop cher pour le donner à des divertissemens qui ne fissent que plaire sans profiter, soustiennent que l'Utile en est la véritable fin. (Feuillet 16.)

Ne sont pas d'acord sur ceste matière, etc.: Ceste observation n'est qu'une suite de la précédente, l'Autheur des Sentimens ayant dict que la Nature et la Vérité ont mis un certain prix aux choses, il comprend icy soubs ce terme de, choses, les ouvrages de l'esprit et nommément ceux de la

Poésie qui comme toutes les autres disciplines sont plustost dictes inventions de l'Art que productions de la Nature, Comme aussi l'Autheur des Sentiments ayant dict les Maistrès de l'Art, semble les vouloir ranger soubs ceste catégorie la. Surquoy nous observons que le mesme Autheur a faict icy deux fautes, là première d'avoir mal pensé, l'autre do s'estre mal exprimé et par des termes destournés de leur propre signification, et certes son expression n'est pas bonne d'avoir compris en cest endroict la, soubs le terme de choses les ouvrages de l'esprit qui ne sont rien et qui n'ont point d'essence ny d'existence dans la Nature, Et nous luy avons faict voir que ces termes dont il s'est énoncé, Nature, Vérité, prix, choses, signifioient des choses reeles, et non pas de simples opérations de l'entendement comme sont les œuvres de la Poésie dont l'Autheur a voulu parler. Voila pour l'expression. Quant à la pensée elle est fausse d'estimer que la Nature ait donné un certain pria à des. subjects qui n'en peuvent recevoir, à des paroles .vagues qui ne sont rien que du vent et de l'air frapé, à de vaines imaginations, à de simples conceptions de l'intellect qui ne sont point dans l'ordre des choses naturelles, et qui n'ont de subsistance que dans le vuide et sur le néant. Certes les ouvrages humains que nous appelons artifices ne sont poinct soubs la Jurisdiction de la Nature, ses loix et ses ordres ne regardent que ses propres ouvrages, et comme elle constitue Yestre des choses, aussi elle n'ordonne que sur celles qui sont vrayement réellement et de faict.

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