QUATORZIESME OBSERVATION
Tout ce que l'Observateur dit de la juste grandeur que doit avoir un PoVmc contient une bonne et solide doctrine
fondée sur l'authoritê d'Aristotc, ou pour mieuxl dire, sur celle de la raison. (Feuillet 51.)
L'Autheur des Sentiments ayant icy enchery sur Vauthorité d'Aristote par celle de la raison en pensant mieux dire, c'est lors qu'il a plus mal parlé, son enonciation n'est pas juste, et c'est plustost un galymatias qu'un bon raisonnement de dire qu'tmc doctrine soit fondée sur Vauthorité de la raison comme si Vauthorité estoit un subject d'attribution à la raison, que l'une se dist ou dependist de l'autre, ou que ces deux termes ne fissent qu'un composé, (nous ne parlons pas icy de ceste raison commune et naturelle qui constitue la différence essentielle de l'homme, mais nous appelons raison en cest endroict toutes les preuves démonstratives ou probables qui se tirent des principes naturels par l'artifice du dicours humain). Vauthorité donc ne se dict point de la rauon et n'est poinct en la raison comme en son subject, mais l'authoritê se dict seulement et reçoit son attribution de celuy qui la establie et en la qualité duquel elle réside, ainsi Vauthorité se dict du Roy, du Magistrat, du Législateur, 'et de tous ceux qui ont pouvoir de Testa blir, et mesmes si on vient à déférer à l'opinion de quelques particuliers à cause de leur eminence et de leur crédit, on dira aussi Vauthorité d'Aristotc, Vauthorité de Platon, et non pas VcalhorUé de la raison, celle la ne pouvant prendre attribution de celle cy mais plustot elle lu y est en oposition. Que si Vauthorité se trouvoit conjoincte avec la raison, et que celle cy fust la cause impulsive de l'autre, en ce cas la on pouroit bien dire la raison de Vauthorité, comme on dict la raison de la loy, c'est à dire alléguer la raison qui a donné lieu à la loy, la raison de la coustume, la raison do l'edict du Prince et ainsi des autres ituthorités qui sont justes et raisonnables, mais de dire Vauthorité de
„ la raison* c'est parler à revers et vouloir rendr^ ces termes convertibles qui rie le sont pas.