XXXV. — LETTRE de MONSIEUR DE SCUDERY
,a Messieurs de l'Académie Françoise,
Sur le jugement qu'ils ont fait du Cid, et de ses Observations (1>.
?£.' ^ESSIEURS, — Si j'avois creu que Tentréo de vostre
v ' o illustre Académie, oust esté permise à ceux qui
Ji n'ont pas l'honneur d'en estre, ma bouche nuroit entrepris ce que fait ma plume, et mon affection et mon devoir suivant l'usage de ceux qui plaident, m'auroient fait aller remercier mes Juges. Mais craignant d'entendre crier, Loin Prophane, en ce lieu consacré aux Muses, comme on faisoit autrefois, à certain Temple de la Grèce, j'ay mieux aimé faire voir mon respect que ma recognoissance. Toutesfois, n'ignorant pas, que le Ciel reçoit les vœux, des personnes qui ne sont pas encor'en estât; d'y entrer, j'ay pensé que mes tres-humbles remercimens, pourroient obtenir une gloire, dont je me prive moy mesme, parce que je m'en crois indigne. Je vous les offre donc (Messieurs) et pour les choses que vous approuvez en mes Observations, et pour celles que vous m'enseignez en me corrigeant. Je sçay qu'un homme qui marche seul, peut s'esgarer bien aisément, et que ce n'est pas sans subjet, que les Espagnols ont un proverbe, par lequel ils prient Dieu de les garder d'eux ,mesmes. Quand TEscriUire veut parler d'une ame reprouvée, elle dit que Dieu l'abandonne
(i) Éd. princ.' Voir la note de la page 452. — Cette Lettre de Scudéry va de la page 31 à la page 34.
à son propre sens, tant il est vray que la conduite est difficile, lorsqu'on ne, consulte que soy. Ce n'est ny dans la foule du peuple, ny dans la Grotte d'un Solitaire, qu'il faut chercher la souveraine raison : mais elle est tousjours où je l'ay trouvée, je veux dire, dans une Société de personnes excellentes. Voila (Messieurs) les sentimens que j'ay des Vostres ; et les grâces que je vous rends, pour la justice que vous m'avez rendue. Croyez donc s'il vous plaist, que la gloire et l'instruction, sont des choses trop pretieuses, et trop utiles, pour n'obliger pas celuy qui les reçoit de vous, à demeurer toute sa vie
Messieurs, ^
Vostre tres-hutnble et tres-affectionné serviteur. De Scudery.