‹ La Queste del Saint GraalChapitre 10 sur 91 · L AUTEUR ET L ŒUVRE XIII · texte numérisé non relu

L AUTEUR ET L ŒUVRE XIII

tcomme un prélude : ce sont les annonciations, la peinture de l'attente universelle,/ puis l'apparition du Bon Chevalier, /celle du Graal/et la dispersion de la Table Ronde, fin des joies et des fêîes mondaines,' La deuxième partie, ce sont les épreuves subies par chacun des personnages, et qui/èervent à définir leurs caractères, à classer leurs mérites./Enfin^dans la troisième partie, seuls les élus paraissenj^ c'est d'abord le conte messianique de la Nef de Salomon, puis les trois grandes scènes de la liturgie du Graal, analogues et pourtant savamment graduées, /qui conduisent finalement les héros, par-delà le monde des vivants, ^n une cité qui est le transparent symbole de la Jérusalem céleste.

Au service de ces conceptions larges et fortes, l'auteur de la Oneste a mis un incontestable talent d'écrivain. Plus habile à noter les nuances de la pensée abstraite ou des sentiments que le détail concret des choses, il a écrit quelques pages d'analyse psychologique qui sont parmi les meilleures du moyen âge. Mais les morceaux les plus achevés de son livre sont certainement les modèles de sermons qu'il y a enchâssés en . plusieurs endroits, notamment dans le rôle de Lancelot. Bien qu'il eût une imagination riche et singulière, il était, semble-t-il, plus orateur encore que poète ; ses meilleures phrases sont des périodes remarquables de netteté, d'ampleur et d'harmonie. Enfin sa langue est savante, recherchée et, pour le temps, particulièrement abondante en latinismes.

Ce livre subtil et artiste participa à la célébrité du Lancelot, auquel il était lié. Néanmoins il paraît avoir été très vite mal compris. Remanié, encombré de nouveaux personnages dont les aventures n'avaient rien de commun avec l'intention morale du premier auteur, il fut mis sous le nom de Robert de Borron et, en cet état, incorporé à la vaste compilation qu'est le Tristan en prose. Dans le même temps il fut utilisé par Manessier, le dernier des continuateurs du Conte del Graal de Chrétien de Troyes. Mais on en trouve jusqu'à la fin du moyen âge des copies assez fidèles, soigneuses, parfois somptueuses ; preuve que cet étrange et noble roman exerça sur les esprits une longue séduction, à laquelle on peut encore aujourd'hui n'être pas insensible.

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