L AUTEUR ET L CEUVRE XI
Ronde. Gauvain est le plus intéressant : ce n'est ni un scélérat ni un méchant \f\\ est brave, loyal, généreux, aimé de tous ; mais il est perverti par l'esprit mondain, par l'amour des femmes et laJûHe de la gloire militaire/^ la pratique de la religion est le moindre de ses soucis, et il refuse de renoncer à son erreur. Gauvain, c'est la chevalerie courtoise jugée selon l'esprit cistercien.
Lancelot représente ici le pécheur repentant. Depuis sa prime jeunesse il aime la reine Guenièvre, et cet amour, selon la loi de « courtoisie », l'a engagé à s'efforcer toujours vers plus de vaillance, de générosité et de gloire. Mais un jour, éclairé par des aventures singulières, il comprend soudain le crime de son amour et l'erreur de cette vie que le monde admire. Il se convertit, mais sans pouvoir se déprendre tout à fait de son illusion chère, comme si une longue existence passée dans le péché laissait l'âme meurtrie et impuissante à s'élever très haut. Il avait gardé dans le mal quelque chose de sa noblesse native, mais il garde aussi dans le bien quelque ■chose de sa coupable légèreté. Vertu trébuchante et chancelante, pénitent ballotté du repentir à la rechute, véritable « âme du Purgatoire ». Cette étude pénétrante, ingénieuse, d'un caractère où le bien et le mal se mêlent en nuances subtiles, fait de Lancelot, sinon le héros, du moins le personnage le plus vivant de la Queste.
Les élus enfin. Ils sont trois : l'un, Bohort, est le type du saint laborieux, exact, qui gagne le paradis à la sueur de son front ; Perceval, au contraire, symbolise l'ingénuité, la candeur, la simplicité enfantine ; Galaad, le dernier, est le héros parfait, conçu y à l'image de Jésus. Son nom même est un des synonymes mystiques du Christ ; ses aventures révèlent en lui un sauveur, un rédempteur, un juge : souvent elles laissent entrevoir une ressemblance symbolique avec des récits de l'Evangile. Un épisode même, celui de la Nef de Salomon, n'est autre chose qu'une adaptation de la célèbre légende de la Croix. On sait que cette légende faisait . provenir, à travers une série d'aventures, le bois de la Croix de l'Arbre de la Science : elle rendait ainsi plus sensible l'unité du grand drame qui, commencé par la faute d'Adam et d'Eve, s'achevait par la mort rédemptrice de Jésus. La Queste donne de ce poétique récit une version particulière, remarquable à plus d'un