‹ La Queste du GraalChapitre 10 sur 62 · PAULE · texte numérisé non relu

PAULE

— Oh ! je voudrais m'enfuir hors de l'humanité — soupira-t-elle — une si immense souillure m'apparaît que je n'ose plus penser, ni respirer ; le vent ne charriet-il pas du vice ! Oui, Nebo, vous ne mentiez pas, le mal sourd du sol et pleut des toits : atroces réalités, constatations détestables ; je ne pourrai plus rêver ; que c'est donc triste de savoir ! Cette coupe que le poète élève dans ses vers, je l'ai vue, horrible chope; cette vie de garçon, faite de boissons frelatées et de la première venue ; ces lettrés sans admiration, ces écrivains sans pensée, ces jeunes gens, je les ai vus, tous voyous, notaires ou maniaques. L'orgie, ennuyeuse turpitude , les viveurs, les êtres qui vivent le moins ! Au-dessous, l'instinct n'avait engendré que le viol, la société ouvre le lupanar ; la barbarie avait ses hordes qui tuaient pour piller, la civilisation a ses armées qui tuent, pour rien, pour l'honneur. L'Etat respecte les loisirs de deux cents assassins du grand trimar et expulse les bénédictins de Soleysmes ! Etres de joie, damnés ; lieux de plaisir, cercles de l'enfer ! Voilà donc le péché ! Je me suis accoudée sur les tables de la débauche, j'ai trempé mes lèvres aux vins du crime ; Phryné m'a dit ses secrets, comme le voleur ses ruses ; et, les yeux salis, l'attente déçue, condamnée à vivre dans un monde que je hais,

Page 1