A UNE SŒUR INCONNUE
Pourquoi hésitiez-vous? Le cœur est le bon guide; on le Miii en pleurant, mais en pleurant l'on vit et l'on monte, blessé mais héros, vers la cime où L'Ange nous attend qui doil nous enlever sur son aile ocellée, frissonnante et soudaine.
Etrangère venue au pays que ,j<' liais, quel vent du sort a l'ait flotter vos langes, et quelle croix portez-vous au calvaire terrestre .'
Votre esprit a crié aux miroirs que j'ai fait des au-delà souhaites, réverbéreurs magiques; votre esprit a crié ei reconnu son rêve sous les traits d'exception el de subtilité que j'emprunte au Vinci, pour revêtir mes fils de clarté langoureuse.
La gloire en soit à Dieu qui vous lit l'âme haute, je ne suis qu'un archet du violon enchante, et si j'ai réveillé les dormeuses mystiques, les idéalités en vous-même couchées, je ne fus qu'un clairon de la Diane céleste; la gloire en soit à Dieu.
Hélas! t ils. de Satan, daïmon, si je peux semer sur mou chemin de l'amour et du feu, et donner à mes sieurs la divine insomnie ; cœur errant, troubadour dont la voix se lamente avec le vent d'orage, Dieu ne me permet pas darder avec ces flammes, et les bras de mes sœurs vainement dans la nuit, rament de l'ombre; impuissamment tendus, ils ne m'étreignent pas.
Je porte vers un mont dont je ne sais le lieu, le Saint - Graal des idées de mes lointains ancêtres.
Oserai -je emporter une sœur avec moi, dans la fatale chevauchée?
La chimère que je monte, sans mors ni bride, est félone, l'enfer dont elle sort me guette et me harcèle.
Je n'ai plus que l'orgueil, l'épée d'or enterrée dessous la vase d'un delta. Je n'ai plus que l'orgueil, la tiare écrasée sous le sabot des grands taureaux. Je n'ai plus que l'orgueil, mais je l'ai gardé tel que du même pouvoir qui t'a conquise, femme prédestinée ; j'élève devant Dieu ma main où nul anneau ne signifie servage, et fils des premiers rois et fils des premiers prêtres, je bénis ton doux cœur qui a battu vers moi et j'attire du ciel les grâces sur ta tête.
Pourtant, si vous étiez la vierge désignée pour rafraîchir mes yeux de votre haleine pure, et que mon front pesant sur vos seins pût dormir; si vous étiez la fée dont la baguette d'or ouvre un chemin tranquille et sûr, au travers des forêts qu'emplissent de terreur les fauves du Réel; si vous étiez la sœur consolatrice et douce; si vous étiez la femme par les anges envoyée au secours de mon vœu. Oh! ne le soyez pas; mon malheur je le porte . je ploierais sous le vôtre, et l'ordre du destin me veut seul et plaintif Damné qui présente son cœur aux chocs de l'existence, pour en faire jaillir devant ceux que l'instinct obscurcit, l'étincelle allumée au flanc de Prométhée.
Je voudrais bien vous voir pourtant . fût-ce en image...
Quand l'automne viendra , mélancolique et roux , j'irai me recueillir au pays où vous êtes, et passerai un jour, distrait ou ennuyé, sous le balcon tranquille où
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vos rêves s'essorent. Plus tard, trop tard, quand la vie aura mis entre nous des barrières, serons-nous pas honteux, cœurs timides et corps froids, de n'avoir provoqué le bonheur qu'en pensée.
La'coupe que nous tend notre ange ou notre diable s'évapore ou se verse pendant l'hésitation. Avant de la vider, nous la sondons longtemps, ne la voulant qu'inépuisable.
Vous n'osez me prendre du temps, j'oserais prendre votre vie ! Oubliez, oubliez le héros dans mon œuvre entrevu et qui ressemble au Bien-Aimé; la passion vous tuerait qui ne m'emplirait pas.
Ne joignons pas nos lèvres, elles sont rouges, elles sont chaudes, verseuses de vertige, portes de volupté ; mais donnons-nous la main qu'enfants d'un même père nous nous serions donnée.
La vôtre tremble, je sens l'artère frapper la peau mince et lucide, et ce n'est pas l'instinct qui bat à mes tempes veinées, ce n'est pas le plaisir qui nous incite et pousse; nous qui semblons nous désirer; ma sœur, nous nous reconnaissons; écoutez celte voix, la voix du sang qui chante le glorieux moment du frère découvert, de la sœur rencontrée.
Oui, vous êtes ma sœur, puisque vous récitiez tout bas l'hymne de l'irréel que je chante à tue-tête. Oui, vous êtes ma sœur, car vous n'avez point exaucé les mortels balbutieurs d'amour et grossiers secoueurs de femmes. Oui, vous êtes ma sœur, et vous avez gardé, suivant la tradition royale de la Race, votre main retirée aux mains tendues d'en bas. Pour rencontrer un cœur, il vous fallait descendre, et vous avez senti le mien sans
vous courber. Oui, vous êtes ma sœur, et le devoir ordonne qu'un moment je m'arrête en ma voie chimérique pour baiser votre cœur, et puis pour le fermer comme un saint tabernacle après la messe dite.
Sororité, inceste, ou vertu ou péché, assomption ou bien chute, quel que soit le sort de notre amour naissant qu'il se lève sur nous en aurore mystique ou bien qu'il charrie l'ombre rouge et violette des couchants pathétiques, nous sortirons épanouis du rêve ou plus purs du péché.
Oui, plus purs! Les nobles âmes dans l'athanor de la passion se déganguent et se subliment : et, passant par un cœur orienté vers Dieu, le plus bourbeux courant s'épure!
La chair devient tremplin et nous lance éperdus au delà du formel, et ce même spasme, qui bructifie Bottom, projette l'OElohite vers la zone stellaire.
La vibration d'amour a des ondes sonores qui montent dans l'azur se bleuir en mourant ; de l'erotique choc de deux corps en émoi parfois s'essorent deux âmes en extase. Félix cidpa !
Faute heureuse, mais faute ; au sortir du plaisir, la douleur vigilante exige toujours son péage : le Rêve ne saurait substanter aucune âme ; le Rêve est un désir qui, comme le serpent symbolique, se mord sans joie.
Soyez ma sœur; et le long de la vie, allons, en nous tenant la main. Si l'inceste venait un jour joindre nos bouches, nous aurions du moins fait l'elïort d'un grand devoir, et nous aurions lutté, avant la déchéance, contre la terre et sa force instinctive , nous OElohites , fils d'Atlas et d'Ether !