‹ La Queste du GraalChapitre 3 sur 62 · LE REVE D'UN PECHE · texte numérisé non relu

LE REVE D'UN PECHE

C'est après un bain dans le ruisseau clair, en une heure de repos, étendue sous l'ombre des forêts troublantes qu'Artémis, aux jambes chastes, sentit le désir, serpent qui se cache dans les rêveries, picpier sa chair calme.

La princesse songe, non plus d'un passé d'orgueil satisfait, mais au présent et à de possibles joies.

Des cogitations étrangères à son habitude, des doutes sur l'excellence de ce qu'elle a résolu, des curiosités aiguës de ce qu'elle s'est interdit, des préoccupations de ce qu'elle dédaigne et fuit, se lèvent insensiblement en elle.

Sa pensée tourne ces pages du livre du sphinx qui bruissent comme un écho affaibli de baisers nombreux et sourds et d'où glissent les signets : fleurs séchées moins vite que les ardeurs qui les ont échangées; billets jaunis, survivants des amours mort-nés, gardant sur leur vélin le parfum et la caresse des corsages.

Dans un lointain perdu, le chœur des poètes chante

l'hymne d'amour éternelle, et les oreilles humaines sont

tendues à ces concerts qui semblent ceux-mêmes des

anges.

Les nabis, les aèdes, les sages et les fous passent mé-

lancoliques, avec sur leurs lèvres, ce refrain des cœurs: Love is my sin.

Le pli dédaigneux de sa bouche s'efface devant ce péché fécond, fumier auguste d'où sortent les dévouements et les odes ! Pourquoi a-t-elle refusé de boire aux eaux troubles, aux eaux lourdes de la passion, seul abreuvoir delà déplorable humanité"?

La Fontaine d'Amour apparaît et la cohue des mortels s'y presse. L'éphèbe y plonge ses lèvres sans duvet, la matrone ses rides, les patriarches leur barbe d'argent. Un ange ironique verse d'une grande urne de lapis la liqueur de fiel qui emplit la vasque.

Yoit-il des lèvres reculer, mordues par l'amertume du breuvage, il prend à sa ceinture une mince aiguière et la penche. Sitôt la foule se précipite plus avide. La goutte d'illusion suffit à faire voir leurs rêves, dans le liquide saumâtre , aux extatiques yeux des assoiffés d'amour.

Cette goutte de mirage, qui tend invinciblement vers l'absurde même, le désir humain, l'imagination la fait tomber sur la pensée de la princesse. Alors l'instinct étouffe l'idée et doucement, lentement, se substitue au vouloir. Déjà souriante, elle dit, mais si bas que les grands lys eux-mêmes ne l'entendent pas : Oh ! le mensonge des lyres !

Les bandelettes ïnystiques ne pressent point son front, et, gagnée, elle se coule en des rêveries ou la luxure, comme Shylock, finit toujours par réclamer la chair promise.

Il est encore un inconnu pour elle, la sensation sexuelle. Mariée, courtisée, elle ne sait pas le plaisir dn

Page 1